La situation de Mme Zourabichvili, ancienne ambassadrice de France et ministre des Affaires étrangères de Géorgie, est examinée en Conseil d'Etat
2013-12-11

Après la tribune libre publiée par le journal Le Monde le 17 mai 2004, le Canard Enchaîné publie le 27 avril 2005 des informations relatives à la situation de Mme Zourabichvili, et en particulier l'examen en Conseil d'Etat d'un recours la concernant. Le Quai d'Orsay confirme ce dernier point.

L'historique des informations publiques se présente de la manière suivante :

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13 septembre 2003, Paris :

nomination au Journal Officiel de Mme Salomé Zourabichvili au poste d'ambassadeur de France en Géorgie. Elle rejoint Tbilissi début novembre.

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22 janvier 2004, Davos :

annonce par Mark Malloch Brown (Nations Unies, UNDP), George Soros (milliardaire américain) et Mikhaïl Saakachvili (président de la République de Géorgie) de l'utilisation du fonds international CBF (Capacity Buiding Facility) pour financer les réformes administratives et légales en Géorgie.

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9 mars 2004, Paris:

entretien entre les présidents Jacques Chirac et Mikhaïl Saakachvili.

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11 mars 2004, Paris :

annonce par le Quai d'Orsay de la mise à disposition de Mme Zourabichvili auprès du gouvernement géorgien.

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11 mars 2004, Tbilissi :

annonce par la présidence de la République de la nomination de Mme Zourabichvili au poste de ministre des affaires étrangères.

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20 mars 2004, Tbilissi :

nationalité géorgienne accordée à Mme Zourabichvili, qui bénéficie ainsi de la double nationalité.

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22 mars 2004, Tbilissi :

présentation par le président Mikhaïl Saakachvili de Mme Zourabichvili au personnel du ministère des affaires étrangères.

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22 mars 2004, Tbilissi :

M. Koté Kublashvili, directeur du fonds CBF pour la partie géorgienne, déclare à la presse : " ... 5000 officiels géorgiens bénéficieront du fonds CBF ... le président de la République, le président du Parlement et le Premier ministre recevront 1500 dollars par mois chacun. Les ministres, le secrétaire du Comité National de Sécurité et le Procureur Général recevront 1200 dollars ... les premiers salaires seront versés en avril ... il est espéré qu'à partir de 2007 le budget de la Géorgie permettra de financer des salaires plus élevés sans recourir à des donneurs étrangers ...".

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17 mai 2004, Paris :

publication par le journal Le Monde d'une tribune libre de Jacqueline Séjean, secrétaire générale CFDT du ministère des affaires étrangères : " Ambassadrice ou ministre il faut choisir ... Mme Zourabichvili continue-t-elle à être rémunérée par l'administration française ?".

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18 mai 2004, Paris :

en réponse à une question de la presse, le Quai d'Orsay déclare : "... les modalités pratiques de cette mise à disposition, qui revêt à l'évidence un caractère exceptionnel, sont en cours d'élaboration ...".

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28 décembre 2004, Tbilissi :

vote par le Parlement du budget 2005, 1900 millions de lari de recette et 2 200 millions de lari de dépense (1 dollar pour 1,8 lari). Le ministère des affaires étrangères (réputé fort de 300 personnes, hors ambassades à l'étranger, en décembre 2003) se voit attribuer un budget de 31,8 millions de lari.

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27 avril 2005, Paris :

publication d'un article par le journal Le Canard Enchaîné, après contacts auprès de Maurice Gourdault - Montagne (conseiller diplomatique du président Jacques Chirac) et auprès de Jean-Pierre Lafon (en poste auprès de Michel Barnier, ministre des affaires étrangères) : "Un ministre étranger salarié par le Quai d'Orsay ... toujours est-il que son traitement d'ambassadeur (un peu moins de 15 000 euros, indemnités et primes comprises) continue à lui être versé par le Quai. Plus tard, cette somme sera affectée sur les crédits de coopération ...".

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27 avril 2005, Paris :

en réponse à une question de la presse, le Quai d'Orsay déclare : "Dès lors que cette situation singulière s'inscrivait dans le cadre de la coopération entre la France et la Géorgie, il a été décidé de placer Mme Zourabichvili sur un contrat d'assistance technique ... cette décision fait actuellement l'objet d'un recours contentieux devant le Conseil d'Etat d'un syndicat du ministère des affaires étrangères ...".

Analyse du Colisée



Quel que soit l'agacement provoqué en France par les multiples articles de presse décrivant un destin exceptionnel ou provoqué en Géorgie par la présence d'une diplomate française dans le gouvernement géorgien, quelles que soient les difficultés rencontrées dans la redynamisation du personnel du ministère géorgien des affaires étrangères et dans la conduite d'une politique hypothéquée par la pression de la Russie, quels que soient les résultats obtenus en 16 mois (après tout, la décision d'évacuer les bases militaires russes en Géorgie d'ici le 1er janvier 2008 a bel et bien été prise), le droit doit être respecté. Les salaires versés par le ministère des affaires étrangères de la République française doivent aller exclusivement aux fonctionnaires français.

Le Canard Enchaîné le rappelle à bon escient.

Au-delà du cas personnel de Mme Salomé Zourabichvili, la situation de la Géorgie mérite peut-être attention. Depuis plus d'une décennie, l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie ont déclaré leur sécession avec l'appui de la Russie. La dette extérieure, 1857 millions de dollars, représente 1,8 fois les recettes du budget annuel. Les conséquences en sont que 50% de la population vit sous le seuil de pauvreté, et que 20% d'entre elle (1 million de personnes) a émigré en quinze années pour raisons économiques.

Les intérêts de la France ne commandent-ils pas qu'aux frontières de l'Union Européenne les conflits se résolvent pacifiquement et les flux de migration économique se canalisent ? Les intérêts de la France sont-ils complètement étrangers à l'oléoduc Bakou - Tbilissi - Ceyhan, où oeuvrent Total et les principales banques françaises ? Encore faudrait-il ne pas les oublier.