Lituanie : la renaissance de Kernavé, berceau de la civilisation lituanienne
2005-05-10

Kernavé n'est aujourd'hui qu'un village typique lituanien de 320 habitants, situé à 35 km de la capitale Vilnius, dans un site magnifique au bord de la rivière Neris. Mais, suivant la tradition, plus ou moins étayée par l'histoire, Kernavé a été le berceau de l'État lituanien, première capitale de la Lituanie à l'époque féodale, une des dernières cités païennes d'Europe.

"Était-ce la résidence de l'un des premiers chefs lituaniens, de ceux qui, en soumettant quelques tribus voisines, auraient ébauché le noyau d'un futur État, un de ceux qui ont dirigé la région avant Mindaugas (vers 1251-1263) ? Le cœur le souhaite tant le site est beau, et l'archéologie le confirme. Elle confirme l'existence d'une ville de plusieurs milliers d'habitants qui connaissaient la technique du moulin d'eau, qui pratiquaient la poterie au tour, qui, avec des charrues à soc, faisaient pousser du seigle. Elle confirme aussi que des châteaux de bois furent érigés sur les collines, brûlés, reconstruits et à nouveau détruits, sans doute la dernière fois par les Chevaliers teutoniques vers 1390. Était-ce là Voruta, le château souvent mentionné dans les chroniques, où Mindaugas, le seul roi de Lituanie, reçut en 1253 la couronne royale ? On l'a dit, mais c'est douteux. Était-ce la capitale de Traidenis ? Les archéologues et les historiens n'ont pu, malgré de longues enquêtes, se mettre d'accord, mais la légende supplée les lacunes de l'histoire.

L'histoire ne nous dit pas combien de temps Kernavé a servi de résidence aux chefs lituaniens. La légende, quant à elle, prétend que Mindaugas y est né vers 1200, ainsi que Traidenis, qui régna de 1270 à 1283. L'histoire nous dit que le dernier grand-prince de Kernavé fut Alexandras Vygandas.

C'est de Kernavé que, selon toute vraisemblance, Mindaugas gouverna le « royaume de Lituanie » qui représentait la moitié du pays actuel. Sa politique constante fut de lutter contre les Chevaliers teutoniques, auxquels il disputa pendant tout son règne la possession de la Samogitie. Pour enlever à ses ennemis tout prétexte à intervenir dans ses affaires, il se convertit en 1251 : conversion politique qui devait lui assurer la tranquilité sur sa "frontière" ouest, mais qui lui valut la haine d'une partie de ses compatriots, pour qui il avait trahi la foi de ses ancêtres païens. Mais, en diplomate retors et en bon chef de guerre, Mindaugas sut alterner les combats et les traités, qu'il violait aussi aisément qu'il les signait. Son nom reste attaché à Kernavé."


Seuls 1,5 % du site couvrant 194,4 hectares ont été explorés. Mais il est déjà certain que le site représente un exceptionnel témoignage de quelques 10 000 ans d'implantation humaine, de la période paléolithique jusqu'au Moyen-Âge. C'est le seul site archéologique dans la région de la Mer Baltique, qui comprend cinq collines-forts, et 18 autres implantations, dont des sépultures. Les traces les plus anciennes datent des VIII-IXèmes siècles avant J.C, sur les berges de la rivière Neris, dans la vallée de "Pajauta".

Depuis juillet 2004, le site archéologique de Kernavé est inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l'Humanité par l'UNESCO, ce qui signifie une nouvelle vie pour le village, qui dépendait jadis du kolkhoze local.

Aujourd'hui, le musée archéologique est en cours de rénovation. Un musée des accordéons et le presbytère accueillant un musée de la résistance religieuse peuvent également se visiter. Mais surtout le kolkhoze est en train de se transformer en parc de loisirs médieval grâce à l'impulsion et à l'enthousiasme d'un Français, Patrick Lion, par ailleurspPrésident de l'agence de voyage francophone Taïga Euro Baltika. À terme, l'ambition est de faire de Kernavé une destination alliant loisirs et culture, puisant dans les racines de l'âme lituanienne. Nul doute que Kernavé va devenir une des destinations les plus visitées dans les années à venir, les Lituaniens ayant gardé une certaine nostalgie de l'époque où ils étaient le dernier peuple païen d'Europe. Mais les étrangers voulant mieux connaitre l'âme lituanienne se devront également de faire le "pélerinage" de Kernavé.

Pour plus d'information [URL : office@taigaeurobaltika.com] ou [URL : www.taigaeurobaltika.com]

Gilles Dutertre, avec l'aide de Patrick Lion et des extraits (entre guillemets) d'un article de Suzanne Champonnois, enseignante à l'INALCO : "Kernavé, Trakai, Vilnius, Kaunas : quatre capitales, un État lituanien".