Le littoral bosnien : la bande de Neum, 15 km sur la côte adriatique (2005)
2013-01-15

Les touristes qui longent le littoral croate le long de la Mer adriatique sont parfois étonnés de devoir passer deux postes frontières croates en l'espace de quelques kilomètres avant d'arriver à Dubrovnik (à 88 km au sud).

Même s'ils s'arrêtent, ils ne s'aperçoivent pas obligatoirement
qu'ils sont entrés en Bosnie-Herzégovine car les drapeaux sont (presque)
croates et ils peuvent le plus souvent payer en Euros ou en Kunas (la
monnaie croate).

Et pourtant, la Bosnie-Herzégovine dispose bel et bien de 15 kilomètres de
littoral, de part et d'autre de Neum, et ce petit bout de mer a une longue
histoire.

Au Moyen-Âge, le royaume de Bosnie a atteint son apogée sous le règne de
Tvrtko 1er (1377 - 1391) et comprend une bonne partie de la côte dalmate, y
compris les iles de Hvar et de Korula. Puis les Ottomans ont envahi la
plus grande partie de la region, notamment de la Croatie, jusqu'à la fin du
XVIIème siècle. Pendant ce temps, la République de Dubrovnik lutte contre
l'influence de la République de Venise qui possède une partie du nord de la
Dalmatie. De façon à se préserver de cet encombrant voisin et de ne pas
avoir de frontière commune avec Venise, la République de Dubrovnik cède un
accès à la mer à l‚Empire Ottoman par la paix dite de Passarowitz en 1718,
qui, paradoxalement, consacre la victoire de l'Autriche sur les Ottomans.
Une zone tampon est née : c'est Neum.

C'est la raison pour laquelle, en dépit de quelques guerres, dont la plus
récente remonte à 1992 -1995, la Bosnie-Herzégovine dispose de cette
fenêtre sur l'Adriatique. Toutefois, Neum n'est pas un port et le village
initial ne s'est transformé en station balnéaire, sans vraiment de charme,
que dans les années 1960-1970. Peuplée à 96 % de Croates, la ville voit
son commerce de passage fleurir grâce à des prix plus bas que chez ses
voisines croates et à des autorités certainement moins regardantes sur les
copies de CD ou DVD pirates ou les contrefaçons de grandes marques.

Gilles Dutertre, membre du COLISEE résidant a Sarajevo, avec l'aide du
Country guide "Petit Futé" - Bosnie, édition 2003.