Géorgie : l'évacuation des bases russes à l'horizon 2008, histoire d'un accord mouvementé (juin 2005)
2013-12-11

Depuis un mois, chefs d'Etat, ministres des affaires étrangères, ministres de la défense, diplomates, experts et parlementaires de nationalité géorgienne, russe ou américaine multiplient les déclarations. Sans oublier l'OSCE, l'Union Européenne et l'OTAN. Le mérite de la conclusion de cet accord en revient à Salomé Zourabichvili et à Sergueï Lavrov, qui ont réussi à écarter les surenchères nationales, voire nationalistes, que la question des bases russes en Géorgie n'avait pas manqué de déclencher depuis 1991.

25 avril, Moscou

: les ministres des affaires étrangères, Salomé Zourabichvili pour la Géorgie et Sergueï Lavrov pour la Russie, concluent un accord de principe sur l'évacuation des bases russes d'Akhalkalaki et de Batoumi. Les signatures de Vladimir Poutine et de Mikhaïl Saakachvili sont attendues.

6 mai, Moscou

: les mêmes négociateurs annoncent que les pourparlers sont rompus faute de consensus sur la date d'échéance. La Géorgie, qui entrera en période d'élection présidentielle, et parlementaires ensuite, exige le 1er janvier 2008.

6 mai, Washington

: George W.Bush, qui s'apprête à visiter Moscou et Tbilissi, déclare que la question relève des relations bilatérales russo-géorgiennes.

7 mai, Tbilissi

: Salomé Zourabichvili informe les diplomates accrédités en Géorgie.

8 mai, Tbilissi

: le président géorgien Mikhaïl Saakachvili annonce qu'il ne se rendra pas aux cérémonies de célébration de la fin de la 2éme guerre mondiale à Moscou le 9 mai, suite au désaccord avec la Russie.

9 mai, Moscou

: George W.Bush rappelle à Vladimir Poutine que la Russie d'Eltsine s'était engagée en 1999 auprès de la Géorgie de Chevardnadzé à évacuer ses bases militaires de Géorgie (sommet de l'Organisation de la Sécurité et de la Coopération en Europe, à Ankara). Vladimir Poutine demande à George W. Bush de calmer Tbilissi.

11 mai, Moscou

: le chef d'Etat-Major russe, le général Youri Balouevsky déclare que quatre années sont nécessaires pour évacuer les deux bases, ainsi que 300 millions de dollars.

12 mai, Tbilissi

: la présidente du Parlement géorgien, Nino Bourdjanadzé, rappelle la résolution votée le 10 mars 2005 : en cas de désaccord persistant au 15 mai 2005, le pouvoir législatif donnera instruction au pouvoir exécutif de bloquer l'accès aux deux bases.

12 mai, Tbilissi

: le ministre géorgien de la défense Irakli Okrouachvili déclare que des restrictions d'accès aux bases russes seront appliquées si nécessaire.

12 mai, Moscou

: le porte-parole du ministère russe de la défense, Viatcheslav Sedov, ainsi que le président de la commission des affaires étrangères de la Douma, Constantin Kosatchev, qualifient les propos de Nino Bourdjanadzé de chantage. Le porte parole du ministère russe des affaires étrangères Alexander Yakovenko croit voir se développer en Géorgie "une hystérie anti-russe". Le ministre russe des affaires étrangères Sergueï Lavrov espère "ne pas à avoir à quitter le table de négociation".

12 mai, Washington

: une résolution de soutien à la Géorgie est déposée au Sénat américain, pour ses négociations avec la Russie et pour le recouvrement de son intégrité territoriale (Démocrates et Républicains, Bill Frist).

13 mai, Moscou

: une résolution est déposée à la Douma demandant l'arrêt de la délivrance des visas d'entrée pour les citoyens géorgiens et le renvoi en Géorgie des citoyens géorgiens ne disposant pas de visa, en cas d'application de la résolution du 10 mars 2005 du Parlement géorgien.

13 mai, Tbilissi

: les ministres géorgiens des Affaires étrangères, Salomé Zourabichvili, et de la Défense, Irakli Okrouachvili, déclarent conjointement qu'il n'y aura pas de restriction d'accès aux bases russes dans les prochains jours afin de laisser une chance aux négociations, et que de nouvelles propositions russes sont à l'étude.

14 mai, Moscou

: le vice-ministre russe des affaires étrangères, Valéry Loishtchinine déclare que la résolution du Parlement géorgien est contre-productive et rappelle les millions de dollars envoyés de Russie en Géorgie par les émigrés économiques géorgiens.

14 mai, Tbilissi

: le porte-parole de la Présidence de la République, Guela Tcharkviani, annonce des négociations les 16 et 17 mai, à Varsovie, entre Salomé Zourabichvili et Serguei Lavrov, en marge du sommet du Conseil de l'Europe.

15 mai, Vienne

: Sergueï Lavrov dément toute négociation à venir à Varsovie.

16 mai, Varsovie

: Salomé Zourabichvili et Sergueï Lavrov s'entretiennent sur les travaux des deux délégations d'experts géorgiens et russes.

16 mai, Tbilissi

: Nino Bourdjanadzé déclare que la Russie aurait accepté d'évacuer les bases en 2008, sans engagement au 1er janvier : la délivrance de visa géorgien aux soldats russes sera donc interrompue. Elle déclare également que la Géorgie devrait refusé la transformation de ces bases en centre commun anti-terroriste.

17 mai, Varsovie

: Salomé Zourabichvili annonce que les délégations d'experts se réuniront à Tbilissi le 23 mai. La délégation géorgienne sera conduite par Mérab Antadzé, la délégation russe par Igor Savolsky.

17 mai, Moscou

: le porte-parole du ministère russe des affaires étrangères déclare qu'une évacuation des deux bases russes serait possible en 2008.

19 mai, Moscou

: le chef d'Etat-major russe Youri Balouevsky annonce que l'armement et les matériels des bases d'Akhalkalaki et de Batoumi seraient redéployés en Russie et en Arménie.

20 mai, Batoumi

: 4 soldats russes sont arrêtés deux heures. Selon les sources géorgiennes, ils étaient ivres. Selon les sources russes, ils ont été arrêtés sans raison.

21 mai, Tbilissi

: le vice-ministre des affaires étrangères Guiorgui Gomiachvili annonce sa démission. Il estime que certains chefs de file de la majorité présidentielle au Parlement (Mouvement National - Démocrates) exercent trop de pression et procèdent à trop de critique vis-à-vis de la ministre des affaires étrangères. Le Parlement avait récemment refusé la nomination de Guiorgui Gomiachvili au poste d'ambassadeur en Suisse.

23 mai, Moscou

: Vladimir Poutine déclare que la présence militaire russe en Géorgie n'est pas importante pour la sécurité de la Russie et que Moscou ne s'opposera pas à la demande d'évacuation. Il se dit en accord avec l'État-major militaire. Par contre Tbilissi devrait comprendre que l'installation de nouvelles troupes étrangères en Géorgie déplairait à la Russie.

23 mai, Tbilissi

: Salomé Zourabichvili intervient à huis clos auprès des chefs de file du Parlement géorgien. Le leader du Mouvement National, Guiga Bokéria, déclare que la ministre des Affaires étrangères dispose du plein support du Parlement dans les négociations avec la Russie.

23 mai, Bakou

: le ministère des Affaires étrangères d'Azerbaïdjan proteste auprès de la Russie, suite aux déclarations du chef d'Etat-major russe précisant qu'une partie de l'armement et des matériels aujourd'hui en Géorgie serait évacué vers l'Arménie.

25 mai, Tbilissi

: Mikhaïl Saakachvili déclare que la Géorgie n'a nullement l'intention d'accueillir de nouvelles troupes étrangères sur son territoire, qu'il convient de mettre fin à l'éventuelle hystérie qui aurait entourée les négociations russo-géorgiennes et que des progrès réels ont été atteints dernièrement par les experts.

25 mai, Tbilissi

: Salomé Zourabichvili déclare que la Géorgie est disposée à apporter une assistance modérée à la Russie lors du processus d'évacuation.

30 mai, Moscou

: Salomé Zourabichvili et Sergueï Lavrov signent un communiqué commun. Il annonce l'évacuation totale des bases russes avant la fin 2008, selon le calendrier suivant :
- 15 juin 2005 : évacuation de la manufacture militaire russe de Tbilissi (blindés),
- 31 août 2005 : évacuation des facilités militaires hors bases (Etat-major russe à Tbilissi, radar de Kojori, camp d'entraînement de Gonio) et évacuation de 40 blindés (dont 20 chars d'assaut),
- 31 décembre 2006 : évacuation du matériel militaire d'Akhalkalaki,
- 31 décembre 2007 : évacuation du matétiel militaire de Batoumi.

Il annonce également le principe d'un centre commun anti-terroriste constitué à partir de l'infrastructure de Batoumi, celui du contrôle international (OSCE) de la base déjà évacuée de Goudaouta (Abkhazie), celui du règlement des délimitations de frontières russo-géorgiennes en 2005 et enfin celui de la résolution des conflits en Abkhazie et en Ossétie du Sud dans le respect de l'intégrité territoriale de la Géorgie.

30 mai, Tbilissi

: Mikhaïl Saakachvili qualifie la signature de l'accord de Moscou d'évènement historique après 200 ans de présence militaire russe en Géorgie. Il annonce le lancement d'un plan social pour la population locale d'Akhalkalaki (majoritairement composée d'Arméniens).

31 mai, Tbilissi

: le chef de file de l'opposition parlementaire des Nouvelles Droites, Pikria Tchikhradzé, émet des réserves sur la création d'un centre commun russo-géorgien anti-terroriste en Géorgie. Le chef de file du Parti Républicain, lui aussi dans l'opposition, Davit Berdzénichvili, dénonce le risque de voir les services secrets russes remplacer les troupes régulières russes à Batoumi.

31 mai, Bruxelles

: le Haut Représentant de l'Union Européenne, Javier Solana, le Secrétaire général de l'OTAN, Jaap de Hoop, et le Président de l'OSCE, Dimitri Rupel, saluent dans un communiqué commun l'accord russo-géorgien sur l'évacuation des bases russes.

31 mai, Tbilissi

: Salomé Zourabichvili déclare qu'une nouvelle ère commence dans les relations russo-géorgiennes et que les présidents Vladimir Poutine et Mikhaïl Saakachvili peuvent maintenant finaliser l'accord cadre entre leurs deux pays ("framework agreement").

1er juin, Tbilissi

: le ministre géorgien des finances, Valéry Tchétchélachvili, précise que le budget 2005 de la Géorgie ne permet pas d'allouer cette année des fonds à l'évacuation des bases russes. Les États-Unis seraient disposés à apporter une assistance financière "raisonnable".


Le plus court chemin de Tbilissi à Moscou passe par Washington.

Mirian Méloua.



- Voir aussi 29.04.2005 : [URL : 1803]