Slovaquie : « Charmes slaves » ou les hymnes à la femme, exposition à Paris du 30 mai au 12 juin
2005-06-08

L'association Les Enfants du Danube expose les œuvres de cinq plasticiens modernes slovaques, du 30 mai au 12 juin 2005, à l'Espace 16 (16, place Denfert-Rochereau, Paris 14e).

Oto Bachorik

, sculpteur très attaché à la nature - particulièrement la montagne - et à la mythologie slave, part de formes simples qu'il imprègne d'une forte stylisation pour leur octroyer un sens profond. Ses bronzes, ancrés à la base, semblent s'élever avec une dimension eucharistique : «La Marche», «Equilibre», «La Nuit de Saint-Jean». Sa «Cathédrale», une madone, assise jambes croisées formant bénitier, bras tendus vers le ciel, fait penser à «La Ville», tableau de Josef Capek ; la prégnance de ces deux chefs-d'oeuvre s'inscrit dans la matrice génitrice.


Vito Bojnansky

insère la femme dans des espaces géométriquement structurés aux tons chauds, sur lesquels il plaque ça et là des fenêtres, voilées de blanc - mettant ainsi en place sa «stratégie de l'érotisme du regard» (la formule est du metteur en scène et plasticien français Vincent Vergone) -, d'autres aux couleurs froides - sa manière de donner à voir l'indicible -, qui impriment de multiples profondeurs à ses tableaux. Ses titres sont évocateurs : «Malentendu», «Pécheresses de nuit», «Amoureuse», «Peut-on faire l'amour ?», sans oublier sa perception générique de notre capitale, où il reproduit le vaisseau figurant dans les emblèmes, pour «Fenêtres de Paris», «Toits de Paris».


Juraj Cutek

, aérien et dynamique, joue sur les symboles avec un décalage ironique surréaliste. Ses traits arrondis et hardis rappellent ceux de Dali et Cocteau. En témoignent sa «Jeanne d'Arc» et ses «Muses de Montmartre» ; l'artiste nous confie que : pour la «II» - un centaure cheval-écuyère à la queue et au chapeau conique dorés - il s'est inspiré des femmes noires plantureuses qu'il a vues sur la Butte, et pour la «III» - une sirène blonde, aux nageoires vertes relevées, qui serait davantage une Diane - d'une danseuse des Folies Bergère. Il associe l'or, principe premier de la construction cosmique, de la sécurité humaine, par extension principe du bonheur, au brun, couleur de la terre-mère, et au vert, éveil des eaux primordiales, éveil de la vie.


Milan Lukac

, sculpteur et peintre, ayant poursuivi ses études aux Beaux-Arts de Paris (année 1985-86), bénéficié d'une résidence à Niort (1992, Lauréat «d'Eurocréation»), se singularise par son art de la récupération et de la dérivation. Il expose ici une série de gravures verticales très colorées aux contours subtils, harmonieux et symétriques : un bestiaire-flore imaginaire, foisonnant de fantaisie, qui nous incite à la rêverie. Un bel éloge à Dame Nature !


Yvan Pavle

travaille sur la matérialité de la peinture. Il place la femme au centre de ses intérêts, la décline aussi en huit variations symphoniques de «Torse nu» (acrylique et huile sur papier) où dominent les ocres, avec une constante : le pubis, point de focalisation, nimbé de blanc. Ce blanc se retrouve, sous forme de fumerolle qui fait jaillir un stylet bleu, dans «Lumière» (acrylique et huile sur toile), pour accentuer l'effet décalé sur deux plans de la moitié inférieure du tableau, rouge, avec la supérieure, ocre, des moitiés tachetées de bleu, séparées par un trait jaune vif. Ses «Ethérions» mélangent des éléments emprunts aux constructivistes russes et aux futuristes italiens. Les Slovaques subliment ainsi l'éternel féminin.

Danièle Monmarte.