Bibliographie : "Même la neige était orange", portrait d'une révolution pacifique
2013-03-04

{« Même la neige était orange »} - la révolution ukrainienne, par Alain Guillemoles et Cyril Horiszny, éditions "Les petits Matins".

L'Ukraine a longtemps été laissée de côté par les entreprises et les pouvoirs publics français. Depuis la "Révolution orange" de l'hiver 2004-2005, cette situation évolue. Le Président Viktor Iouchtchenko et sa Première ministre, Mme Timochenko, sont venus ce mois de juin promouvoir leurs pays auprès des chefs d'entreprise et des officiels français.

Voici donc un livre publié au bon moment. Il permet au lecteur de se faire une idée plus claire de la vie politique et sociale en Ukraine. Avec ses 47 millions d'habitants à la frontière orientale de l'Union Européenne, ce pays joue, depuis son indépendance en 1991,le rôle d'un point d'équilibre stratégique entre l'Union Européenne et la Russie.

Alain Guillemoles, journaliste au quotidien La Croix, connaît bien le pays et introduit le lecteur dans les arrière-salles de la "Révolution orange". L'éditeur a apporté un soin particulier aux photos de Cyril Horiszny, qui accompagnent le récit sans le parasiter. L'ensemble crée la sensation de lire un grand reportage, au récit vif et accrocheur. On se "faufile" ainsi au bal des services secrets, on assiste aux réunions semi-clandestines des leaders de la révolution, on côtoie les manifestants dans la neige et le froid.

Un pays qui frôle la guerre civile



Le mouvement de protestation populaire et pacifique se déclenche le 20 novembre. Deux candidats s'affrontent au cours de l'élection présidentielle : Viktor Iouchtchenko, ancien premier ministre, considéré comme pro-occidental, fait face à Viktor Ianoukovitch, "poulain" du président sortant Leonid Koutchma. (voir [URL : 1437]). Alors que M. Ianoukovitch est proclamé vainqueur, la place centrale de Kiev est occupée par des dizaines de milliers de personnes, qui se relaient pour contester le résultat du scrutin présidentiel. En quelques jours, la volonté de changement va se propager dans les médias, pourtant contrôlés par le gouvernement, puis dans certains services officiels. Le pouvoir du président Koutchma se fissure rapidement. Le pays va alors frôler la guerre civile. Les gouverneurs des régions russophones de l'Est ( bassin minier du Donetsk et du Donbass), riches de leur charbon et de leur acier, commencent à évoquer une "partition". Les services de sécurité sont à couteaux tirés. Le scénario-catastrophe sera évitée par des leaders qui tiennent à préserver l'existence de leur pays.

Les interventions extérieures



Les médias français, comme Paris Match, se sont parfois interrogés sur la spontanéité du mouvement. La présence en Ukraine de nombreuses associations "démocratiques" financées par les Etats Unis a introduit la doute dans certains esprits. Mais Alain Guillemoles estime que "ces associations existaient dans le pays depuis de nombreuses années. Elles n'ont pas provoquées la révolution. Elles ont apportées leur savoir-faire au mouvement populaire". Des échanges avaient eu lieu avec les associations serbes et géorgiennes. "Mais il ne fait aucun doute que le mouvement a été initié par les Ukrainiens eux-même, et pas de l'étranger".

Il rappelle que le pouvoir russe est largement intervenu au cours de la campagne en faveur de Viktor Ianoukovitch (voyages officiels de soutien, envoi d' "experts" en communication électorale, reconnaissance immédiate de la victoire de Ianoukovitch).

Il est important de rappeler que l'OSCE, souvent critiquée, a pleinement joué son rôle en déclarant le second tour de l'élection présidentielle "non conforme aux normes internationales" (voir [URL : 1580]). Cette déclaration a en effet mis en garde les gouvernements occidentaux contre une reconnaissance immédiate de la victoire de M. Ianoukovicth, ce qui lui aurait permis d'asseoir sa légitimité.

L'intervention de la Pologne et des Etats Baltes, farouchement anti-russes, dans les négociations entre le gouvernement de Leonid Koutchma et les partisans de Viktor Iouchtchenko apparaît comme cruciale. La diplomatie française restera longtemps en retrait. Une illustration claire des bouleversements des rapports de force qui ont lieu actuellement au sein de l'administration de l'Union Européenne.

Le livre explore aussi le rôle des "mafias" dans le processus électoral, en particulier dans le financement des différents acteurs. Car les "clans" vont eux aussi choisir un candidat, certains estimant que les proches de Leonid Koutchma ont abusé de leur position. Les "familles" de Kiev, d'Odessa, de Donetsk, les grands et petits entrepreneurs sont aussi derrière les bouleversements politiques du pays. Il est, entre autres, stupéfiant d'apprendre que l'ancien Président américain, George Bush père, est venu en Ukraine à l'invitation de Viktor Pintchouk, l'un des grands businessman de Dnipropetrovsk, gendre de Léonid Koutchma.

Alain Guillemoles s'attarde malheureusement peu sur la personnalité de Ioula Timochenko, surnommée parfois "la princesse du gaz", mise en cause dans de nombreuses affaires, et devenue Premier ministre après la victoire de Viktor Iouchtchenko.


Un pays désormais tourné vers l'Union Européenne



"Je suis Président d'un pays heureux" déclarait Viktor Iouchtchenko lors de son passage en France. Si la situation économique en Ukraine ne s'est pas améliorée, son image est en passe de changer radicalement en France. Les grandes entreprises françaises manifestent leur intérêt pour ce marché, ignoré jusqu'à maintenant. Dans les domaines de l'énergie, de l'aéronautique, du BTP, des places sont à prendre. Auparavant considéré comme une "colonie" russe, le pays a démontré son attachement à un rapprochement avec l'Union Européenne. Les acteurs économiques occidentaux peuvent maintenant y trouver un accueil favorable et ne plus craindre les interventions intempestives de groupes aux intérêts très privés. C'est aussi une des conséquences de la "Révolution orange".


En librairie depuis le 17 mai. 13 x 20 cm / 172 pages / livre broché / ISBN 2-915879-02-8

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