Élections législatives en Albanie : retour au pouvoir de l'ancien président Sali Berisha (2005)
2012-12-27

Bien que les résultats définitifs ne soient pas encore proclamés par la commission électorale, il apparaît que l'ancien président Sali Berisha sort vainqueur des élections législatives qui se sont tenues le dimanche 3 juillet en Albanie. 55 sièges de députés reviendraient au Parti démocratique de Sali Berisha, contre 42 au Parti socialiste de Fatos Nano, Premier ministre sortant. Fatos Nano et Sali Berisha, avant le scrutin, estimaient tous deux que ce scrutin était l'occasion ou jamais de montrer le chemin effectué par l'Albanie depuis la fin de l'ère communiste en 1990. Le pays de 3,2 millions d'habitants figure parmi les plus pauvres d'Europe et les précédentes élections ont été entachées de fraudes et d'irrégularités. Mais, {bis repetita}, les observateurs internationaux ont critiqué le déroulement du scrutin du 3 juillet, entaché par des problèmes d'organisation et des soupçons d'irrégularités.

Sali Berisha s'apprête à revenir au pouvoir après huit ans d'opposition. Sa campagne électorale a été menée contre la corruption, les monopoles et le crime organisé, dont il tient responsable le gouvernement socialiste de Fatos Nano. Le leader du Parti démocratique a déjà déclaré dans le quotidien albanais Tema qu'il s'apprêtait à former "un gouvernement de coalition de droite avec le Parti républicain, les Réformateurs et la Démocratie chrétienne". Responsable des manipulations financières de 1997, qui ont provoqué le chaos dans le pays, Berisha a su se forger une nouvelle image, celle du réformateur. Il a mené campagne sur les thèmes de la "gouvernance aux mains propres" et du "changement".

Un parcours politique mouvementé



Cardiologue, médecin de l'élite des dirigeants communistes de l'Albanie stalinienne, Sali Berisha s'est engagé dès le départ dans les mouvements de contestation démocratique du début des années 1990.

Président du Parti démocratique (PD), il accède au pouvoir en 1994, mais tout se gâte très vite pour ce favori des Occidentaux, excellent francophone. Tandis que l'Albanie s'enfonce dans la misère et la corruption, le régime présidentiel instauré par Sali Berisha se transforme en une véritable dictature personnelle. Des opposants sont emprisonnés, parfois torturés, la police secrète, le Shik, fait régner la terreur.

L'effondrement des"pyramides" financières, durant l'hiver 1996-1997, va précipiter sa chute. La faillite de ces sociétés qui promettaient des intérêts allant jusqu'à 25 pc ruine la population, qui avait massivement déposé ses économies. Certains avaient même vendu leur maison pour participer à l'euphorie financière. Le sud du pays est le premier à se soulever, et l'Albanie connaît un début de guerre civile. Les anciens communistes du Parti socialiste (PS), conduits par Fatos Nano, que Sali Berisha avait fait emprisonner, reviennent triomphalement au pouvoir.

Totalement discrédité après les émeutes de 1997, Sali Berisha a tenté de reprendre le pouvoir par la force en septembre 1998, en organisant un putsch avec l'aide de réseaux kosovars. Ce nouvel échec a précipité l'éclatement du camp démocrate, mais après une longue traversée du désert, la persévérance de Sali Berisha semble enfin couronnée de succès.

Hervé Collet, d'après une dépêche d'Associated Press et un article de La libre Belgique


Sali Berisha : mener une opération "mains propres" en Albanie



Extrait de l'interview réalisé par Jean-Arnault Dérens pour le Courrier des Balkans, au lendemain du scrutin, le 4 juillet.

CdB : Comment jugez-vous la situation actuelle de l'Albanie ?



SB : "C'est très difficile. Il existe de la corruption partout dans le monde, mais l'Albanie est le seul pays d'Europe où la corruption a été érigée en système. D'après le dernier rapport de la Banque mondiale, la corruption a augmenté de 300 % depuis 1997. C'est une chute terrible du niveau de l'État de droit. Les citoyens et les entreprises versent chaque année 1,4 milliards de dollars de bakshish à l'administration. L'Albanie est devenue un protectorat du crime organisé, dirigé par le gouvernement. J'ai présenté ce soir à la presse quatre candidats de notre parti qui ont battu des ministres aux législatives, dont le ministre de l'Intérieur, qui est un pilier du crime organisé, pas seulement en Albanie mais dans tous les Balkans. Ce sont des gens encore plus dangereux que le clan de Zemun en Serbie."

 CdB : Qu'allez-vous faire pour lutter contre ces fléaux ?



SB : "J'ai promis de diminuer de 50 % le taux des taxes dès la première semaine de mon gouvernement. Les gens attendent des mesures concrètes. Je vais beaucoup couper dans les dépenses de l'administration, me battre contre la corruption, en commençant par ce qui se passera dans mon propre gouvernement. Nous devrions suivre le modèle allemand : le premier jour de session du Bundestag, tous les députés décident collectivement de renoncer à leur immunité parlementaire. Nous allons amender la loi sur les conflits d'intérêts, la durcir. Durant la campagne électorale, il y a eu deux lignes, celle de Fatos Nano, qui parlait de 1997, et la mienne, celle des mains propres."

Lire la totalité de l'interview sur [URL : http://www.balkans.eu.org/article5634.html]


Voir également :
- [URL : 2333]