Géorgie : attentats, la Russie dément l'implication de ses services secrets (juillet 2005)
2013-12-11

Trois policiers avaient été tués à Gori le 1er février 2005

Actions de mercenaires au service du plus offrant, tentatives de déstabilisation par la Russie, paranoïa géorgienne vis-à-vis des autorités russes, de multiples hypothèses viennent à l'esprit concernant les attentats qui secouent la Géorgie depuis 18 mois. Le ministre géorgien de l'intérieur affirme détenir des preuves formelles de l'implication des services secrets russes. Le ministre russe des affaires étrangères dément catégoriquement.

L'historique des évènements peut se résumer de la manière suivante :

01.02.2005



Un attentat à la voiture piégée touche les locaux de la police géorgienne de Gori, à 30 kilomètres de la capitale de la République autoproclamée d'Ossétie du Sud. Le bilan est de 3 morts et de 27 blessés (27, 23 ou 10 selon les sources). La charge, composée de plastic et de TNT, est estimée à 80 kilogrammes. Un système de déclenchement à distance a été utilisé.

Quelques heures plus tard, le secrétaire du Conseil National de Sécurité de l'Ossétie du Sud, Oleg Alborov, dément tout lien avec l'attentat.

Le Conseil National de Sécurité de la Géorgie se réunit dans la soirée. Une allocution télévisée est effectuée par le président géorgien Mikhaïl Saakachvili : il condamne "les ennemis de la Géorgie" et "les forces opposées à la paix". Il demande aux Géorgiens de "s'unir dans la lutte antiterroriste".

02.02.2005



Le Premier ministre géorgien Zourab Jvania et le ministre de la défense Irakli Okrouachvili, déclarent que des groupes criminels géorgiens et ossètes pourraient être impliqués et que les autorités autoproclamées d'Ossétie du Sud n'auraient aucun lien avec l'attentat.

17.07.2005



Sur renseignement, les forces du ministère géorgien de l'intérieur arrêtent deux personnes à proximité de Tskhinvali, Guia Valiev et Guia Zasiev, suspectées de terrorisme. Un troisième homme sera également mis sous les verrous, Joseph Kotchiev, propriétaire de la voiture piégée de Gori.

25.07.2005



Le ministre géorgien de l'intérieur, Vano Mérabichvili, déclare que les services secrets russes (GRU) sont mêlés à l'attentat de Gori.

Dès 2003, le colonel russe Anatole Sisoev aurait formé et entraîné un commando afin de préparer des actions en Géorgie. Ce commando aurait été composé d'André Zasiev, de Valéry Kozaev, d'Arthur Kozaev, d'Alexandre Tskhovrebov, d'Alexandre Bezhanov et de Vladimir Poukhaev, aujourd'hui recherchés.

Ils sont suspectés de plusieurs attentats en octobre et novembre 2004, sur la ligne électrique haute tension Kartlie 2, sur d'autres pylônes électriques haute tension, sur la voie ferrée à Kaspi et sur l'oléoduc Bakou - Tbilissi - Ceyhan à Khatchouri.

L'ambassade de Russie à Tbilissi dément catégoriquement toute implication des structures officielles russes sur le sol géorgien.

Après entretien avec le responsable des services de contre-espionnage (nouvellement créés et à l'origine des arrestations), le président Mikhaïl Saakachvili déclare "qu'il ne souhaite pas que les relations entre la Géorgie et la Russie tournent à la confrontation, que la coopération antiterroriste est indispensable entre les deux pays, et que ce type de commando nuit aux intérêts mêmes de la Russie". Il continue à croire que "seul un dialogue pacifique" parviendra à résoudre la question de l'Ossétie du Sud.

Le président de la commission défense et sécurité du Parlement géorgien, Guivi Targamadzé, déclare que "la Russie formerait et entraînerait des groupes de sabotage destinés à intervenir en Géorgie. Les effectifs concernés atteindraient 120 personnes".

26.07.2005



A Moscou, le ministère des affaires étrangères déclare que la partie russe est "étrangère à l'attentat de Gori" et que "les personnes dont les identités ont été citées par le ministre géorgien de l'intérieur n'ont jamais appartenu aux structures officielles russes".

A Tskhinvali, les autorités de la République autoproclamée d'Ossétie du Sud protestent contre l'arrestation des personnes suspectées, sans accord préalable de la Commission Quadripartie de Contrôle du cessez-le-feu (Géorgie, Ossétie du Sud, Ossétie du Nord et Russie).

A Tbilissi, le ministère de l'intérieur projette une vidéo mettant en scène le suspect Guia Valiev (de son vrai nom Valichvili) : il révèle que les services secrets russes (GRU) opéreraient en Ossétie du Sud au sein de la base des "forces de paix" de Tskhinvali. Cent quinze personnes y auraient été entraînées au tir, à l'usage des mines et à la manipulation d'explosifs, avant d'être envoyées à la base de la 58éme armée russe en Ossétie du Nord. Il révèle également avoir été impliqué dans l'attentat du 1er février 2005.

27.07.2005



Le ministre d'Etat géorgien chargé de la résolution des conflits, Guiorgui Khaïndrava, adresse aux trois autres membres de la Commission Quadripartie du Contrôle de cessez-le-feu en Ossétie du Sud, une proposition d'investigation commune concernant l'explosion de la voiture piégée de Gori.

Le ministère géorgien des affaires étrangères demande officiellement à la Russie d'aider les autorités géorgiennes à retrouver les membres du commando impliqués dans l'attentat.

*

Certains observateurs voient dans cet attentat quelque règlement de compte perpétré par une bande armée, héritière des chefs de guerre locaux et mécontente de perdre ses privilèges. L'Ossétie du Sud, région de non-droit entre la Géorgie et la Russie, reste objectivement propice à tous les trafics.

D'autres voient dans cette attaque frontale des forces de police géorgiennes (administration débarrassée massivement des éléments indésirables) et dans les attentats rémanents qui secouent la Géorgie, une tentative organisée de déstabilisation. A qui profiterait-elle, sinon à la Russie soucieuse de démontrer que rien ne peut se faire sans elle dans le Caucase Sud ?

Les derniers y voient un prétexte, soulevé par une partie des autorités géorgiennes, afin de cultiver un peu plus la russophobie ambiante et de susciter une action "musclée" en Ossétie du Sud.

Il serait présomptueux d'affirmer détenir la bonne grille de lecture. De toute évidence, le président russe Vladimir Poutine ne souhaiterait pas s'encombrer de gradés de services secrets ayant pris une initiative maladroite, le président géorgien Mikhaïl Saakachvili ne souhaiterait pas s'encombrer de "va-t-en-guerre" le poussant à un affrontement perdu d'avance. Comme pour l'évacuation des bases russes en Géorgie, la raison l'emportera certainement avec le temps et avec la détermination. Les Ossètes du Sud risquent d'en faire les frais : ce qui est négociable aujourd'hui, le sera-t-il encore demain et après-demain ?