Ukraine : Reporters sans frontières considère que l'affaire Gongadze n'est toujours pas élucidée (2005)
2013-12-12

Cinq ans après la disparition, le 16 septembre 2000, de Géorgiy Gongadze, rédacteur en chef du journal en ligne d'opposition {Ukrainska Pravda} ([->www.pravda.com.ua]), dont le corps décapité avait été retrouvé le 2 novembre 2000, {{l'enquête a révélé l'identité des exécutants de l'assassinat du journaliste}}. Le parquet n'a cependant toujours pas livré les noms des commanditaires, contrairement aux promesses répétées du président Viktor Iouchtchenko.

Le 8 août 2005, le procureur général Sviatoslav
Piskoun a annoncé que l'enquête était close.

Les
officiers de police Valeriy Kostenko, Mikola
Protasov et Oleksandr Popovych sont accusés
d'avoir enlevé et tué le journaliste
d'opposition.

Un quatrième suspect, le général
Olexi Poukatch, est toujours sous le coup d'un
mandat d'arrêt international. Myroslava et Lessia
Gongadze, la veuve et la mère du journaliste, ont
considéré que l'enquête devait rester ouverte
tant que les commanditaires et le général
Poukatch n'auront pas été arrêtés.

« Au cours des cinq années d'enquête, un nombre
incalculable d'erreurs et de manipulations ont
été relevées. Nous déplorons que les déclarations
officielles et répétées sur l'imminence de la
résolution de l'assassinat de Géorgiy Gongadze
soient restées lettre morte. Nous rappelons
notamment au président Viktor Iouchtchenko les
engagements qu'il avait pris devant la presse, le
1er mars 2005, affirmant que ' l'affaire Gongadze
était élucidée ' et qu'il s'agissait maintenant
de ' remonter aux commanditaires '. Nous ne
saurons nous satisfaire de la seule inculpation
des exécutants de ce crime sordide. Nous
attendons toujours que l'ensemble des
responsables, à tous les niveaux, soient
identifiés et punis »
, a déclaré Reporters sans
frontières.

De nombreuses informations ont été révélées par
la presse et la justice depuis le 3 mars dernier.
Le parquet a dévoilé que Géorgiy Gongadze avait
été enlevé en voiture, en bas de chez lui, par
trois policiers, accompagnés du général Poukatch.
Ce dernier aurait ensuite étranglé lui-même le
journaliste avant d'enterrer son corps dans la
forêt de Tarachtcha.

Par ailleurs,

un témoin clé de l'affaire, Iouri
Kravtchenko, l'ancien ministre de l'Intérieur du
président Léonid Koutchma, susceptible d'apporter
de nouveaux éclairages dans l'enquête, est mort
dans des circonstances particulièrement
troublantes.

Le 4 mars, appelé par le parquet à
témoigner dans le cadre de l'enquête, il a été
retrouvé mort, le jour même, dans sa maison de
campagne au sud de Kiev. Il se serait suicidé de
deux balles dans la tête.

Aucune information n'a par ailleurs filtré de
l'audition de Léonid Koutchma, le 10 mars, par le
procureur général ukrainien, l'ancien président
s'étant contenté de rejeter publiquement toute
implication dans ce crime.

Les relations entre la famille du journaliste
disparu et le nouveau pouvoir à Kiev restent
orageuses.

La Cour européenne des droits de
l'homme a déclaré recevable, le 31 mars, la
requête introduite par Myroslava Gongadze, la
veuve de Géorgiy Gongadze. Celle-ci reproche aux
autorités ukrainiennes d'avoir « négligé
d'enquêter sur cette affaire de manière cohérente
et effective » et d'avoir failli à « protéger la
vie de son mari »
. Le président Viktor
Iouchtchenko a déclaré à Myroslava Gongadze, lors
d'un entretien le 20 avril, qu'il connaissait les
noms des commanditaires de l'assassinat de son
mari.

Le 1er août, Myroslava et Lessia Gongadze ont pu
accéder au dossier judiciaire pour la première
fois depuis cinq ans et, le 24 août, le président
Viktor Iouchtchenko a décerné le titre de « Héros
de l'Ukraine » au journaliste Géorgiy Gongadze.

Le 9 septembre,

la veuve du journaliste a déclaré
que le président Viktor Iouchtchenko n'avait pas
la volonté d'élucider complètement cette affaire.


Quelques jours plus tard, l'avocat de Lessia
Gongadze, la mère du journaliste, a déclaré que
les résultats de la cinquième expertise ADN du
corps de son fils, effectuée par des experts
allemands, n'étaient pas concluants.

Géorgiy Gongadze a disparu à l'âge de 31 ans, le
soir du 16 septembre 2000. Son corps décapité et
mutilé a été retrouvé le 2 novembre suivant.

Le journaliste, durant les mois précédant sa
disparition, se sentait menacé. Il était
surveillé par les forces de l'ordre et suivi par
des inconnus dans une voiture portant des plaques
d'immatriculation de la police. Il disait
ressentir une « terreur morale » et avait dénoncé
une « provocation planifiée, dont l'objectif est,
au mieux, de m'intimider et, au pire, de
m'empêcher d'exercer mon métier »
(lettre ouverte
au procureur général d'Ukraine, Mikhaïlo
Potebenko, 14 juillet 2000). La justice n'avait
pas pris au sérieux les menaces dont il était
l'objet.


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