Les masques tombent en Ukraine
2003-07-07

Les masques tombent



Pendant longtemps, le président Koutchma a réussi à passer aux yeux de l¹occident pour un "rempart contre le retour du
communisme", voire comme un "libéral" soucieux d¹établir une équidistance entre l¹Est et l¹Ouest. La grave crise politique que
connaît l¹Ukraine ces derniers mois montre qu¹il n¹en est rien. Aujourd¹hui, les masques tombent.

Trois événements ont été à l¹origine de cette crise :
- La disparition du journaliste Georgy Gongadze le 2 novembre 2000 a longtemps été occultée par les autorités judiciaires et
politiques. Les rumeurs, de plus en plus insistantes, ont attribué la commande de ce meurtre
au chef de l¹Etat lui-même. Les nombreuses manifestations de solidarité avec le journaliste assassiné ont fini par attirer
l¹attention des médias internationaux.
- La répression brutale de la manifestation du 9 mars dernier a frappé l¹imagination de l¹homme de la rue : une "banale"
cérémonie à la mémoire d¹un poète national, a dégénéré à la suite de provocations policières soigneusement orchestrées, et a
provoqué des heurts violents avec les forces de l¹ordre. Cette brutalité, anormale pour le pays, a amené une comparaison
avec le pays voisin, la Biélorussie, coutumière du fait, et la peur a commencé à s¹insinuer dans les esprits.
- La divulgation, par un officier des services spéciaux, de plusieurs heures d¹enregistrement des conversations de M.
Koutchma, prises dans son bureau, a fait l¹effet d¹une bombe. Ces bandes, dont une petite partie a été livrée à la presse par
un des chefs de l¹opposition, Alexandre Moroz, révèlent un président cynique et autoritaire, et confirment un certain nombre
d¹informations dont disposait l¹opposition, mais que l¹opinion publique ignorait, compte tenu du muselage des médias et
notamment de la radiotélévision.

Ces révélations ont déstabilisé le président, qui s¹est enfermé quelques jours, à la fin du mois de mars, dans sa résidence de
Crimée, au point que certains observateurs ont pensé qu¹il songeait à démissionner, ou que sa santé le lâchait. Et puis, le
maître de Kiev s¹est ressaisi et a orchestré une contre-offensive pour conserver le pouvoir. Le principal adversaire à abattre
était le premier ministre, Ioutchtchenko, qui avait été nommé en février 2000, en grande partie sous la pression de l¹occident, en
échange de son aide financière. Son bilan économique était plutôt positif, mais il avait commis deux "fautes" politiques graves :
- Il avait commencé, avec son vice-ministre Mme Timochenko, à réguler le secteur de l¹énergie, ce qui dérangeait les
"oligarques" concernés, proches du Kremlin
- Il avait refusé de contresigner les accords passés par le président Koutchma en février dernier, à Dniepropetrovsk, avec la
Russie, qui livrait pieds et poings liés l¹Ukraine à son grand voisin, notamment en matière énergétique.

A l¹occasion du rapport annuel du premier ministre devant le Parlement, une majorité de rencontre a réussi à voter le 19 avril
une motion de défiance, qui a provoqué le départ de Ioutchtchenko. Les communistes - pourtant dans l¹opposition, mais
traditionnellement tournés vers Moscou - ont uni leurs voix aux groupes parlementaires fidèles au président, qui a maintenant
le champ libre pour gouverner avec un premier ministre plus conforme à ses vues.