L'Ukraine, un état autoritaire et policier
2003-07-07

Un Etat autoritaire et policier qui n'ose pas dire son nom



La situation que vit l'Ukraine - où les forces de police sont d¹environ 600.000 hommes - ne saurait être mieux décrite que
par Madame Julia Timochenko, ancien vice-premier ministre de l'Ukraine chargé en particulier de la réforme du secteur de
l'énergie.

Le destin de cette femme est peu banal. Membre éminent de l'oligarchie ukrainienne, elle a un certain temps fait partie du
"système" que dénonce avec constance l¹opposition. Son limogeage du gouvernement, puis son arrestation, ont fait d'elle
d¹un seul coup une "héroïne", dont l¹effigie a été promenée, aux côtés de nombreuses victimes de "l'oppression", lors des
manifestations de rues. Mme Timochenko été arrêtée pour des raisons officiellement avancées comme relevant de la
"malversation". En réalité, elle-même se définit comme "une prisonnière d'opinion". Elle a adressé au Financial Times, en
date du 14 Mars 2001, quelque temps après son arrestation, une "lettre à l'éditeur", qui constitue un véritable réquisitoire.

Nous publions ce texte dans son intégralité. Son titre "Koutchma construit consciemment un régime totalitaire en
Ukraine"
en dit long sur le caractère du régime politique ukrainien.

Monsieur,

D'après la lettre de Leonid Koutchma, président de l'Ukraine, que vous avez publiée le 27 Février, on pourrait croire qu'il
est un leader progressiste dont les réformes sont sabotées par d¹obscures forces anonymes.

Il est difficile de considérer M. Koutchma comme un réformateur sérieux, car il a entravé toutes les réformes et les efforts
contre la corruption entrepris par le gouvernement ukrainien dans le secteur de l'énergie. Le président a plus particulièrement
bloqué le programme de "l'énergie propre", entrepris par mon cabinet lorsque j'étais vice-premier ministre. Ce programme
était en bonne voie pour détruire les plans clandestins dans l'industrie du charbon, qui est peut-être le secteur le plus
corrompu de l¹économie ukrainienne.

Le président a régulièrement ignoré les demandes de mon cabinet concernant des investigations et des poursuites d'individus
impliqués dans le vol d'importantes sommes d¹argent provenant de cette industrie qui appartient en grande partie à l¹Etat. Au
contraire, le président s¹est activé à dissimuler les crimes de ces responsables qui sont membres de son propre cercle de
politiques et d'économistes.

Par la suite, le président a ignoré tous les efforts du gouvernement pour la privatisation du secteur ukrainien de l'énergie. Il
s'est ouvertement opposé à la vente des entreprises de ce secteur à des investisseurs occidentaux, parce qu¹elles présentent
un caractère "stratégique" pour l'Etat. En même temps il prépare des accords avec la Russie pour lui céder ces entreprises en
échange d¹un soutien politique.

D'après les événements actuels, la Russie contrôlera bientôt le secteur énergétique ukrainien et aura ainsi la possibilité de
mettre la main sur les affaires intérieures et extérieures du pays.

Dans sa lettre, M. Koutchma a insisté sur son intérêt pour les principes démocratiques et la liberté d¹expression. En réalité,
M. Koutchma a fait tout son possible pour détruite la liberté de la presse en Ukraine.
Je vous adresse cette lettre parce que je n¹ai aucune occasion de contacter la presse de mon pays. Le président Koutchma
exerce un contrôle absolu sur le système juridique et les organismes d¹application des lois, et je suis emprisonnée à cause
d'accusations fausses que l¹on ne peut prouver devant aucun tribunal impartial.

M. Koutchma conçoit peut-être l'importance de la démocratie de l'économie libre, et il comprend vraiment comment d¹après
ces valeurs il est possible de substituer rapidement les forces démocratiques aux règles totalitaires qui régissent l¹économie et
la vie de notre pays.

Toutefois, en se protégeant ainsi que son clan, formé de communistes et d¹oligarques, il a démontré finalement qu¹il ne veut,
en Ukraine, ni démocratie, ni réformes. Il construit consciemment un régime totalitaire.

Je crois que le régime de M. Koutchma peut aller jusqu¹à m'éliminer physiquement, pas seulement politiquement, mais j'ai fait
mon choix et continuerai à le combattre avec des méthodes démocratiques. Le président Koutchma dit que j¹ai commis un
crime. Mon seul "crime" a été de combattre la corruption, l'économie souterraine et le totalitarisme créés par le président de
l'Ukraine.


Julia Timochenko, prisonnière d'opinion et ancien Vice-premier ministre d¹Ukraine

(Copyright The Financial Time Limited 2000 . Texte original en anglais ; traduction française du COLISEE)