Le referendum du 16 avril 2000 en Ukraine
2003-07-07

Le référendum du 16 avril 2000 a été une grande manipulation



(Extrait du rapport du comité ukrainien "Helsinki 90" sur la situation générale des droits de l'homme en 2000)

Le 16 Avril 2000 a eu lieu un référendum au cours duquel on a voté sur des changements constitutionnels en Ukraine.

En résumé, le Comité a été obligé de constater que le procédé de préparation et d¹exécution du référendum, considéré comme "national", n¹a rien a voir avec les normes habituelles de la démocratie. La campagne organisée de mensonge, qui, dès le début, a accompagné la "volonté nationale", est tout à fait étonnante.

"L'initiative nationale", comme on l'appelle, de collecte de signatures pour la réalisation du référendum, a été menée par des fonctionnaires des administrations locales avec une pression ouverte : on menaçait les fonctionnaires de perdre leur poste s¹ils ne forçaient pas un nombre suffisant de leurs subordonnés à signer pour la tenue du référendum. Pendant la période de collecte des signatures précédant le vote, une campagne de propagande, menée avec des fonds publics, tendait à convaincre les électeurs de répondre affirmativement à toutes les questions.

Pendant le vote, la pression exercée sur les électeurs a
atteint une ampleur sans précédent dans l'Ukraine indépendante. Les observateurs du Comité ont enregistré une application généralisée de la pratique suivante: les chefs des corps constitués (dans toutes les écoles, établissements d'enseignement supérieur, hôpitaux, entreprises d¹Etat, etc.) ont forcé leurs subordonnés à participer au vote, sous peine de renvoi. Pendant le vote, aucun contrôle public n¹a été pratiqué. Le 16 avril 2000, le principe du contrôle par des observateurs indépendants a été respecté, mais pas vraiment efficace.

Il s'est produit une duperie d¹une envergure sans précédent, qui menace tout le succès de la démocratie en Ukraine dans la dernière décade.

Le contrôle des autorités sur les mass media est pratiquement total. Ainsi en Ukraine emploie-t-on des méthodes autoritaires sous couvert de démocratie. Les relations de l¹Etat et des citoyens sont identiques à ce qu¹elles étaient à l¹époque communiste, où le citoyen avait peur d¹exprimer une idée personnelle, et où toutes les initiatives des chefs de l¹Etat étaient formellement révélées par "l'initiative nationale", et obligatoirement approuvées par les citoyens.

L'Ukraine a commencé par certaines étapes un total retour à l¹autoritarisme. Le référendum du 16 avril 2000 est sans équivoque un grand pas sur le chemin opposé à la démocratie. Jusqu'à une période récente, on espérait que le référendum resterait consultatif, que ses résultats n¹auraient pas force de loi. Cependant on a su récemment que le président Koutchma a présenté au Parlement un projet de changement de la Constitution et d¹autres lois, basés sur les résultats du "vote national". Au nom de "tout le peuple de l¹Ukraine" une tentative
est faite de forcer le Parlement à changer la Constitution en faveur du président.

Si les changements proposés sont acceptés, un précédent dangereux sera créé. Ce sera réellement la fin du système parlementaire en Ukraine, comme le président aura
une vraie opportunité de ne pas tenir compte de la Constitution et à chaque moment de faire des changements à sa convenance, employant les procédés connus : chantage grossier auprès des électeurs, vote non contrôlé, et chantage auprès des députés sur la nécessité d¹exécuter "la volonté du peuple".

Tout s¹est passé de la même façon en Biélorussie où la
situation est semblable en bien des points. Il en est de même dans d¹autres Etats post-soviétiques (Ouzbékistan, Kazakhstan, Turkménistan), où ont été institués, avec les mêmes mécanismes, des régimes autocratiques.