Pologne : les "héritiers" de Solidarnosc reviennent au pouvoir (septembre 2005)
2011-10-10

Les élections législatives polonaises du dimanche 25 septembre 2005 ont confirmé les sondages en donnant une nette victoire aux partis du centre-droit. Il s'agit désormais de former un gouvernement de coalition entre les deux formations gagnantes de ces élections (le parti conservateur "Droit et Justice" et la "Plateforme civique") et de préparer les élections présidentielles que l'on attend désormais pour savoir qui dirigera réellement la Pologne.

Une très large victoire du centre-droit



Trente millions d'électeurs polonais ont été appelés aux urnes dimanche le 25 septembre afin d'élire 460 députés à la Diète (chambre basse) et 100 sénateurs pour un mandat de quatre ans. Quelque 10.700 candidats pour la Diète et 625 pour le Sénat, présentés par une vingtaine de partis politiques et associations électorales de citoyens, ont été officiellement recensés par la Commission électorale nationale dans une quarantaine de circonscriptions à travers le pays.

Le centre-droit l'a très nettement emporté lors de ces élections, dont la gauche au pouvoir est sortie laminée, comme le prévoyaient les enquêtes réalisées tout au long de la campagne.

Au cours des seize années écoulées depuis la chute du régime communiste, aucun gouvernement n'a été reconduit par les urnes et le scrutin de dimanche - le premier depuis l'adhésion à l'Union européenne - n'a pas dérogé à la règle.

Les Polonais ont donc choisi l'alternance en votant pour le parti conservateur Droit et Justice (PiS) à 27,6 % et pour les libéraux de la Plateforme civique (PO) à 24,7 %.

Une majorité des sondages, durant la campagne, avaient pourtant donné la tendance inverse: la PO légèrement en tête devant Droit et justice. Le 18 septembre 2005, à huit jours des législatives, le parti libéral Plateforme civique (PO) recueillait 34,5 % des intentions de vote, devant le parti Droit et Justice (PiS, droite catholique) crédité de 28,6 %. Quoi qu'il en soit,

ces deux formations obtiendraient au moins 303 sièges

sur un total de 460 à la chambre basse. C'est là la plus large victoire pour les héritiers de Solidarité depuis la transition démocratique de 1989.

Discrédité par de nombreux scandales de corruption, le parti social-démocrate SLD (post-communiste) au pouvoir, n'a obtenu que 11,2 % des suffrages. Les populistes anti-occidentaux tant de droite que de gauche, qui voici un an semblaient en passe de réaliser des gains importants, ont été marginalisés par la victoire de la droite. La quatrième place revient ainsi au parti populiste Samoobrona avec 10,5 % des suffrages. Il dépasse l'ultra- catholique et nationaliste Ligue des familles (LPR) qui obtient 9,9 % des voix. Le parti paysan (PSL) obtient 5,9 %. Aucun autre parti ne passe le seuil des 5 %.

L'abstention a été élevée

, puisque le taux de participation est seulement de 40,4 %, soit le plus faible depuis l'instauration du pluralisme en 1989.



Vers un gouvernement de coalition pour faire face aux problèmes polonais



La Plate-forme civique et le PiS, formations issues du syndicat Solidarité, avaient annoncé avant même le scrutin leur intention de former un gouvernement de coalition. Les deux formations libérales connaissent

quelques divergences de vue, principalement sur la fiscalité et la date de l'entrée de la Pologne dans la zone euro

, mais elles partagent les mêmes points de vue sur la nécessité de relancer et de redynamiser l'économie du pays, de réduire le poids de l'Etat et de lutter contre la corruption et contre le chômage, un des taux les plus élevés de l'Union Européenne avec 18 %. La Plate-force civique, malgré sa deuxième place, a fait connaître dimanche soir son intention de ne pas abandonner sa proposition phare sur un taux unique de fiscalité à 15%. "Nous ne pouvons pas y renoncer. Je ne peux pas y renoncer", a dit Jan Rokita, leader du PO, aux journalistes.

La Pologne s'interroge aujourd'hui sur l'ampleur de la libéralisation économique à mener et sur le niveau de protection sociale que le plus grand des dix derniers adhérents de l'Union européenne peut financer. La "thérapie de choc" administrée en 1990 a placé le pays sur les rails d'une transition parfois brutale, au point que certains sociologues distinguent une "Pologne A", qui a bénéficié à plein de la libéralisation, d'une "Pologne B", délaissée. Certes, l'économie polonaise semble avoir tiré profit de l'entrée dans l'UE, en mai 2004. Le PIB a crû de 5,3 % en 2004 et pourrait encore progresser de 4,4/4,5 % cette année et l'année prochaine. Mais cette croissance masque mal le point noir de l'économie polonaise, le chômage.


Le président polonais, Aleksander Kwasniewski, a annoncé qu'il allait entamer dans les trois jours des consultations avec les partis politiques sur la formation d'un nouveau gouvernement. "Mardi soir ou mercredi matin au plus tard, nous pourrons engager des discussions avec les partis vainqueurs et répondre à la question de savoir qui sera le prochain Premier ministre", a dit Kwasniewski à la télévision publique. Et

le futur chef de gouvernement pourrait bien être l'un des jumeaux Kaczynski, en l'occurrence Jaroslaw

, qui dirige Droit et justice avec son frère Lech.

La Pologne dirigée par les jumeaux Kaczynski ?



Les deux formations de centre-droit victorieuses dimanche, la PO et PiS, seront de nouveau opposées

le 9 octobre pour le premier tour de l'élection présidentielle.

Certains pensent que les jumeaux Kaczynski s'apprêtent à diriger la Pologne, bien que Donald Tusk (PO) soit encore donné favori pour les présidentielles. Lech Kaczynski n'est pas bien loin derrière et les sondages pourraient s'inverser comme lors des élections législatives.

Pendant la campagne des législatives, les jumeaux Kaczynski ont promis une "révolution morale" à la Pologne après quatre années de gouvernement de gauche, marquées par des scandales de corruption à répétition.

Défenseurs des valeurs catholiques et familiales, partisans d'une protection sociale élevée

, les frères Kaczynski ont courtisé à la fois la droite catholique et les électeurs traditionnels de la gauche, qui les ont pourtant détestés pendant des années.

Au-delà de leurs idées politiques,

Jaroslaw et Lech Kaczynski ont souvent rebuté les électeurs avec leur style direct et sans concession

. Cette attitude rend d'ailleurs certains commentateurs sceptiques quant à leur capacité à diriger la Pologne. "Les Kaczynski sont forts dès qu'il s'agit de faire des gestes symboliques, mais si l'un d'eux prend la tête du gouvernement, cela pourrait devenir en permanence une lutte acharnée", prévient le sociologue Jacek Raciborski.

Ils ont acquis une première notoriété dès 1962, en jouant le rôle de sympathiques garnements dans un film polonais intitulé "Les deux qui volèrent la Lune". Ils ont ensuite

participé dans les années 80 aux combats du syndicat Solidarité

. Après la chute du régime communiste, les ambitieux jumeaux ont souvent agi en coulisses pour favoriser les alliances entre les différentes formations de droite. Lors de la première élection présidentielle démocratique de 1990, leur soutien à Lech Walesa fut crucial dans la victoire de l'ancienne figure de proue de Solidarité. Après avoir occupé de hautes fonctions auprès de Walesa, les jumeaux Kaczynski se brouillèrent avec le président polonais en raison de leur opposition à la "thérapie de choc" administrée à l'économie polonaise, ce qui pourrait inquiéter les investisseurs alors que les deux frères s'apprêtent à accéder au pouvoir.

Quant à l'ancien président polonais et ancien dirigeant du syndicat Solidarité,

Lech Walesa

, il n'a pas caché qu'il aurait préféré voir la Plate-forme civique devancer Droit et justice. "Il est difficile de croire que le PiS l'a emporté, parce que j'avais soutenu la Plate-forme. Si cela s'avère, je serai mécontent, parce que cela ne mènera à rien de bien. Ni les dirigeants du PiS Jaroslaw et Lech Kaczynski ni leur parti ne sont à mêmes de relever les défis. La Plate-forme aurait fait mieux, parce qu'elle compte des gens sensés."


Synthèse des articles et dépêches du dimanche 25 et lundi 26 septembre 2005 (CEST, Reuters, AFP, Echos de Pologne, fondation Robert Schuman, LEXPRESS.fr avec Reuters), réalisée par Bénédicte Gramond / COLISEE