Ossétie du Sud : 10 jours de tension (2005)
2011-11-28

Russie et Etats-Unis appelés par les béligérants

Le 20 septembre 2005, la république autoproclamée d'Ossétie du Sud (ancienne région autonome de Géorgie) s'apprête à célébrer le 15éme anniversaire de son "indépendance", internationalement non reconnue. Des tirs de mortier sont déclenchés au petit matin et frappent la population civile. Tskhinvali les attribue aux "forces de paix" géorgiennes ; Tbilissi dément. Des personnalités officielles de la Fédération de Russie, invitées pour l'évènement, entrent en Ossétie du Sud. A leur retour, elles sont bloquées par les autorités géorgiennes. Quel jeu joue Moscou ? Washington répondra-t-il à l'appel de Tbilissi ?

Le film des derniers évènements peut se résumer ainsi,

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Tskhinvali, 20 septembre

: les autorités d'Ossétie du Sud se préparent à une parade militaire, véhicules blindés et troupes terrestres à l'appui. Sont invités des députés russes, des représentants des républiques de la Fédération de Russie (Ossétie du Nord et Karatchaï-Tcherkess en particulier), des représentants de régions sécessionnistes (Abkhazie par son président Sergueï Bagapsh, Karabakh et Transnitrie).

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Ergnéti et Nikozi (villages géorgiens d'Ossétie du Sud), 20 septembre, 7 heures 15

: trois tirs de mortier (120 millimètres) sont envoyés vers Tskhinvali. Ils blessent une dizaine de civils, dont trois grièvement (source ossète).

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Didi Liakhvi, 20 septembre, après-midi

: le convoi de retour des officiels vers la Fédération de Russie est bloqué durant deux heures par le ministre de la défense géorgien (Irakli Okrouachvili) et par le chef d'état major géorgien (Lévan Nikolaïchvili). Le commandant des "forces de paix" russes (Marat Koulahmetov) est présent.

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Tbilissi, 20 septembre

: le président de la commission parlementaire de défense (Guivi Targamadzé) dément toute implication géorgienne dans les tirs de mortier.

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New York, 20 septembre

: devant l'Assemblée Générale des Nations Unies, la ministre géorgienne des affaires étrangères (Salomé Zourabichvili) demande l'implication de la communauté internationale dans la résolution du conflit en Ossétie du Sud,

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Tbilissi, 21 septembre

: le ministère géorgien des affaires étrangères proteste auprès du ministère russe des affaires étrangères pour la déclaration commune du président de la république d'Ossétie du Nord (Fédération de Russie) (Teimouraz Mamsourov) et du président de la république autoproclamée d'Ossétie du Sud (Edouard Kokoev) se réclamant de "l'unité du peuple ossète".

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OSCE, 21 septembre

: les tirs de mortier sur la population civile de Tskhinvali sont condamnés (Dimitri Roupel).

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Tskhinvali, 21 septembre

: le président de la république autoproclamée d'Ossétie du Sud suspend la participation ossète aux travaux de la commission quadripartie (Join Control Commission, Russie, Ossétie du Nord, Ossétie du Sud, Géorgie).

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Tbilissi, 21 septembre

: le président géorgien (Mikhaïl Saakachvili) condamne l'entrée sans autorisation d'officiels de la Fédération de Russie sur le territoire géorgien (auquel appartient l'Ossétie du Sud, selon les conventions internationales). Il condamne également les tirs de mortiers du 20 septembre et demande à l'OSCE d'investiguer afin d'en déterminer l'origine. Il propose une aide géorgienne pour soigner les blessés et demande la réunion de la commission quadripartie.

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Atchabéti et Kévkhi, nuit du 21 au 22 septembre

: les villages géorgiens d'Ossétie du Sud reçoivent des tirs de mortier (source géorgienne).

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Tbilissi, 22 septembre

: le ministre d'Etat géorgien chargé des conflits (Guiorgui Khaindrava) remet en cause l'efficacité de la commission quadripartie et celle des forces de paix commandée par un général russe (JPF, Join Peacekeeping Forces).

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Moscou, Tbilissi, Tskhinvali, 22 et 23 septembre

: un envoyé spécial du ministère russe des affaires étrangères (Valéry Kényaïkine) rencontre le ministre d'Etat géorgien chargé des conflits et le président d'Ossétie du Sud.

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Tbilissi, 23 septembre

: le Conseil National de Sécurité de la Géorgie tient une réunion exceptionnelle. Il demande un rôle plus actif des Etats-Unis dans la résolution du conflit. Un Conseil de Coordination pour l'Ossétie du Sud est mis en place, présidé par le Premier ministre (Zourab Noghaïdéli) et composé du ministre de la défense, du ministre de l'intérieur et du secrétaire du Conseil National de Sécurité.

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Gori, 24 septembre

: le président géorgien qualifie "d'intéressants" les détails de l'enquête de l'OSCE sur l'origine des tirs de mortier du 20 septembre et estime que la Géorgie n'aurait eu aucun intérêt à les provoquer.

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Tskhinvali, 26 septembre

: par lettre à l'ambassade américaine de Tbilissi, le président de la république autoproclamée d'Ossétie du Sud attribue "les tirs de mortiers du 20 septembre" et "les tirs de fusils d'assaut U-16 du 19 septembre" à la partie géorgienne. Il s'élève contre l'utilisation d'armes américaines vis-à-vis de la population civile ossète.

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Tskhinvali, 27 septembre

: le président de la république autoproclamée d'Ossétie du Sud blâme publiquement le commandant en chef des "forces de paix" géorgiennes pour avoir donné l'ordre des tirs de mortier du 20 septembre. Le commandant géorgien avait été nommé le 10 août dernier sans l'assentiment des autorités ossètes.

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Tskhinvali, 28 septembre

: le ministre ossète des affaires étrangères (Boris Tchotchiev) déclare que l'autorité de la commission quadripartie (JCC) doit être renforcée.

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Tbilissi, 28 septembre

 : la ministre géorgienne des affaires étrangères déclare que l'OSCE manque d'efficacité dans la résolution de la crise : "il avait été demandé à son Etat Major, à Vienne, que la démilitarisation de la zone de conflit soit une réelle priorité. Ce n'est pas le cas".

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Moscou, 28 septembre

: les secrétaires des Conseils Nationaux de Sécurité russe (Igor Ivanov) et géorgien (Guéla Béjouachvili), le ministre adjoint russe des affaires étrangères (Valéry Lochitchine) et le ministre d'Etat géorgien chargé des conflits (Guiorgui Khaïndrava) se rencontrent.

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Moscou, 29 septembre

: le ministre d'Etat géorgien chargé des conflits déclare que "l'équilibre de la commission quadripartie n'est pas propice à la paix" (d'un côté la Russie, l'Ossétie du Nord et l'Ossétie du Sud, de l'autre la Géorgie), que le rôle de l'OSCE est trop faible, que l'Union Européenne et les Etats-Unis doivent jouer un rôle plus important.

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Tbilissi, 29 septembre

: des parlementaires géorgiens de la majorité présidentielle préparent une résolution demandant aux "forces de paix" russes de quitter le territoire géorgien en Abkhazie avant février 2006 et en Ossétie du Sud avant juillet 2006. La présidente du Parlement (Nino Bourdjanadzé) précise qu'un vote devrait avoir lieu d'ici quelques jours.

Tout comme lors des négociations relatives à l'évacuation des bases russes de Géorgie, l'implication de Washington est certainement déjà plus forte qu'il n'y parait. Pourtant la question de l'Ossétie du Sud est loin d'être résolue : région autonome de Géorgie comme par le passé, république autonome au sein d'une Fédération de Géorgie, république indépendante de plein droit ou fusion avec la république soeur du nord au sein de la Fédération de Russie ? Les quelques dizaines de milliers d'Ossètes d'Ossétie du Sud ne sont-ils pas l'enjeu d'un combat parfois loin de leurs intérêts ?