Caractéristiques de la vie associative arménienne (2003)
2013-02-05

Caractéristiques principales de la vie associative



Les ONG ont connu en Arménie un spectaculaire développement, d'abord nourri des besoins humanitaires provoqués par le séisme de décembre 1988. La législation progressivement mise en place- avec, d'ailleurs, la participation et l'aide d'ONG locales et étrangères- est très favorable. On compte 1938 ONG au 1e janvier 1999, dont une moitié peut être considérée comme active. Ces ONG interviennent dans les secteurs suivants (par ordre décroissant d'importance) : assistance humanitaire, droits de l'homme, art et culture, enfance, jeunesse, santé, femmes, développement économique et éducation.

Il faut

distinguer l'action menée par les nombreuses ONG étrangères présentes en Arménie et celle des ONG locales.

Les premières travaillent souvent en partenariat avec les organisations d'assistance gouvernementale (USAID, USDA) ou internationales (UNICEF, PNUD, UNHCR, PAM, OMS, etc.) et opèrent essentiellement dans les domaines de l'assistance humanitaire et du développement économique. On peut cite les plus importantes d'ente elles : Action contre la faim, Aznavour pour l'Arménie, Armenian Relief Society, Care, Catholic Relief Services, Eurasia foundation, Found for Armenian Relief, Fund for Democracy and Development, MSF/ France et MSF/ Belgique, OXFAM, Save the children, Solidarité protestante France / Arménie, United Methodist Committee on Relief.

Quand elles opèrent dans les mêmes domaines, les ONG locales sont efficaces dans la mesure où elles travaillent en partenariat avec une ONG étrangère et/ou un gouvernement étranger. Elles apportent une connaissance du terrain qui a convaincu certaines ONG (OXFAM) de déléguer systématiquement la réalisation de ses projets à des ONG locales. En revanche, la viabilité de ces ONG est faible : elle n'ont ni les moyens matériels, ni les moyens financiers, ni les moyens humains de fournir une assistance durable dans les domaines humanitaires et du développement sans soutien, voire sans encadrement extérieur. Cette incapacité a été cruellement mise en lumière au cours d'une conférence organisée en décembe1999 par MSF.

L'action des ONG arméniennes comme groupes de pression ou promotrices d'intérêts longtemps négligés est plus efficace

: c'est dans le domaine de la défense des handicapés, de la protection de l'enfance, du rôle des femmes, de la défense des consommateurs qu'on trouve les ONG locales les plus actives et les plus efficaces. Elles sont un lieu essentiel de socialisation en l'absence de partis ou de syndicats structurés.

Sur la question des droits de l'Homme, il existe des organisations de défense des droits de l'Homme autonomes par rapport au pouvoir politique, notamment le Fonds Sakharov ou l'association Helsinki. Leur action est néanmoins limitée. Ces ONG n'ont pas su s'imposer comme acteurs valables dans l'élaboration des réformes concrètes (justice, code électoral) dans lesquelles les organisations internationales (BIDDH de l'OSCE, Conseil de l'Europe, etc.) jouent un rôle majeur. Elles se cherchent des causes symboliques pour gagner en notoriété, dans l'indifférence générale.

Si les ONG peuvent éventuellement servir de paravent à des activités occultes ou des détournements de fonds, il n'y a pas de catégorie majeure d'organisation de la société civile qui existerait hors du droit.

Le rôle des ONG dans la vie politique, économique et sociale obéit en fait à une triple dynamique

:
-réduction d'une assistance humanitaire quasi exclusivement fournie par des ONG étrangères ;
-transition problématique vers une aide au développement qui débouche sur peu de résultats durables en l'absence de relais locaux ;
-développement du rôle des ONG sur les questions de société : dans ce domaine, les ONG locales ont un rôle moteur et les ONG étrangères un rôle de conseil et d'expertise. La structuration de ces ONG, la constitution de réseaux les associant à des ONG étrangères, des partis politiques, des entreprises, des media, etc., semble un mouvement particulièrement prometteur.



(Source : La Documentation Française, Guide de la liberté associative dans le monde, sous la direction de Michel Doucin. 2000)