Géorgie : destitution de Mme Salomé Zourabichvili, ministre des Affaires étrangères (octobre 2005)
2012-11-14

Epilogue d'un conflit entre le Parlement et la ministre des Affaires étrangères

À écouter Mme Salomé Zourabichvili, le président Saakachvili et la démocratisation de la Géorgie seraient en danger. Toute proportion gardée, ses propos ne sont pas sans rappeler ceux d'un autre ministre des affaires étrangères géorgien Edouard Chevardnadzé à Mikhaïl Gorbatchev, lors de sa démission.

Le premier ministre Zourab Noghaïdéli a annoncé le mercredi 19 octobre 2005 dans la soirée la destitution de la ministre des Affaires étrangères, Mme Salomé Zourabichvili, après entretien avec l'intéressée et les chefs de file de la majorité parlementaire. Guéla Bejouachvili, secrétaire du Conseil National de Sécurité, a été nommé en remplacement, le jeudi 20 octobre.

Mme Salomé Zourabichvili était intervenue à la télévision Rustavi-2 pour demander au Président la dissolution du Parlement, argumentant l'existence d'une campagne planifiée de type néo-communiste et destinée à entraver le développement démocratique en Géorgie.

Elle avait auparavant répondu aux critiques de la commission parlementaire des Affaires étrangères, présidée par Koté Gabachvili, et souligné :
- le retrait du droit de vote de la Géorgie aux Nations Unies causé par le non - paiement chronique des cotisations,
- le système de corruption existant au sein de nombreuses ambassades de Géorgie à l'étranger,
- les obstacles mis par la majorité parlementaire dès les premiers jours de sa nomination personnelle.

Mme Salomé Zourabichvili a enfin appelé à un rassemblement de 5 minutes, à 13 heures, le jeudi 20 octobre, à l'hippodrome de Tbilissi, afin d'aider le président Saakachvili à mettre fin aux pratiques néo-communistes en Géorgie. La manifestation a réuni plusieurs milliers de personnes. Mme Salomé Zourabichvili a exprimé son souhait de rester vivre en Géorgie (NDRL : pour mémoire, Mme Zourabichvili est ancien ambassadeur de la France en Géorgie). Le Parti Républicain l'a invitée à le rejoindre afin de jouer un rôle politique de premier plan.

Des relations politiques mouvementées



Les péripéties des relations entre la majorité parlementaire et Mme Salomé Zourabichvili sont anciennes et nombreuses :
- Le 12 octobre, le député du Mouvement National David Kirkitadzé avait reproché au ministère des Affaires étrangères un dépôt tardif de projet de convention sur les minorités ethniques, relayé par le vice-président du Parlement Mikhaïl Matchavariani.
- Le 17 octobre, la présidente du Parlement Nino Bourdjanadzé avait qualifié la réaction de la ministre des affaires étrangères de discourtoise et d'irrespectueuse.
- Le 18 octobre, un député de la majorité, Nika Gvaramia, avait estimé que puisque la ministre des Affaires étrangères avait choisi la confrontation avec le Parlement, elle avait décidé la fin de sa carrière politique.

Il a été également fait état de lettres au Parlement de la part de trois ambassadeurs, Revaz Adamia aux Nations Unies, Irakli Tchoubinichvili en Russie et Grigol Katamadzé en Ukraine, se plaignant de manque de communication avec leur ministre.

Enfin, une attitude trop conciliante vis-à-vis de la Russie était reprochée à Mme Salomé Zourabichvili.

Le Parti Républicain, dans l'opposition, avait estimé, par la voix de Lévan Bedzénichvili, que Mme Salomé Zourabichvili était l'une des meilleures ministres du cabinet Noghaïdéli, dont le niveau moyen était bas. David Gamkrélidzé pour les Nouvelles Droites, également dans l'opposition, avait également exprimé son désaccord avec la destitution.

Pour certains observateurs, il s'agit d'un épisode de la guerre des Reines qui oppose Nino Bourdjanadzé à Salomé Zourabichvili depuis l'origine de la nomination de cette dernière.

Pour d'autres observateurs, Mme Salomé Zourabichvili paie la situation interne de son ministère (éloigné des normes occidentales, tout comme les autres ministères géorgiens) et de la mentalité post-soviétique qui y règne encore.

La destitution de la ministre des affaires étrangères n'a pu s'effectuer sans l'accord du président Mikhaïl Saakachvili, particulièrement silencieux en la circonstance.

L'hypothèse du maintien de l'équilibre entre les trois tendances politiques de la majorité présidentielle, celle de feu Zourab Jvania (en perte d'influence malgré la présence de Zourab Noghaïdéli au poste de premier ministre), celle de Nino Bourdjanadzé (en déclin au sein du gouvernement, omniprésente au Parlement) et celle de Mikhaïl Saakachvili (forte au gouvernement, contrôlant mal les députés du Mouvement National, dont certains passent à l'opposition) peut être avancée.

Quels que soient les mérites et les torts de Mme Salomé Zourabichvili, l'ensemble des observateurs de la vie politique géorgienne soulignent le rôle privilégié qu'elle a joué lors des négociations sur l'évacuation des bases russes en Géorgie.

Peut-être a-t-elle porté trop d'ombre à trop de personnes ?