Pologne : les catholiques-conservateurs forment un gouvernement minoritaire (novembre 2005)
2012-02-07

Quelques semaines après leur écrasante victoire aux élections législatives, le parti Droit et Justice et les libéraux de la Plateforme civique consacrent leur division.

Dimanche soir 30 octobre, des négociations de la dernière chance, organisées entre les dirigeants de ces deux formations à l'archevêché de Gdansk pour former une large coalition, se sont soldées par un échec. Une entente aurait permis de former une majorité confortable de 288 députés. En conséquence de quoi, le président de la Pologne, Aleksander Kwasniewski, a nommé lundi 31 Kazimierz Marcinkiewicz à la tête d'un gouvernement catholique-conservateur minoritaire, présenté comme un cabinet « technique ».

Les divergences programmatiques entre les deux formations majoritaires, ont été aggravées par la compétition entre leurs deux leaders en vue de la présidentielle du 23 octobre. La rupture a été consacrée par le refus des conservateurs d'élire un libéral à la présidence de la Diète comme il en avait été convenu auparavant. Droit et Justice a imposé son propre candidat, Marek Jurek, qualifié de "monarchiste nationaliste" par le quotidien Gazera Wyborcza, en obtenant le soutien des populistes anti-libéraux de Samoobrona (Autodéfense) et des ultracatholiques de la Ligue des familles polonaises (LPR). En retour, le chef de Samoobrona, Andrzej Lepper, a été élu vice-président de la Diète. Il convient de rappeler que l'appoint des électeurs populistes avait assuré la victoire du conservateur Lech Kaczynski à la présidentielle contre celui des libéraux, Donald Tusk, président de la Plate-forme civique.

Le nouveau gouvernement est dominé par le parti Droit et Justice, dirigé par Jaroslaw Kaczynski, dont le frère jumeau Lech a battu Donald Tusk au second tour de l'élection présidentielle. Il remplace le gouvernement de gauche de Marek Belka, balayé du pouvoir lors des législatives du 25 septembre. Sa pérennité est loin d'être assurée : il doit présenter le 10 novembre sa déclaration de politique générale et obtenir la confiance du Parlement, alors que Droit et Justice ne dispose que de 155 députés sur 460 à l'issue des législatives. Marcinkiewicz a dit entretenir encore l'espoir de parvenir à un accord avec les libéraux : "Après la prestation de serment, j'espère mener des pourparlers avec la Plate-forme civique pour m'assurer que nous ayons le meilleur programme possible".

Un gouvernement « de techniciens »



- Le poste du ministre des Affaires étrangères a été attribué à Stefan Meller, un francophone de 63 ans né en France. Ancien ambassadeur de la Pologne à Paris, il était jusqu'à présent ambassadeur à Moscou.
- Le portefeuille des Finances a été confié à Teresa Lubinska, 53 ans, doyenne de la chaire des finances à l'université de Szczecin.
- L'ancien journaliste Radoslaw Sikorski, également ex-vice-ministre de la Défense et des Affaires étrangères, devient ministre de la Défense. Diplômé d'Oxford, il est partisan de liens étroits avec les États-Unis.
- Le ministère de l'Intérieur a été attribué à un des piliers de Droit et Justice, Ludwik Dorn, jusqu'à présent président du groupe parlementaire de Droit et Justice au Parlement.
- Grazyna Gesicka devient ministre du Développement régional, un poste stratégique pour la répartition des aides européennes. Membre de la Plate-forme civique, elle a participé aux négociations avec Droit et Justice.

Hervé Collet, d'après des dépêches d'agences.