Selon RSF, la liberté de presse en 2005 est plus grande au sud Caucase, et en particulier en Géorgie, qu'en Russie
2008-01-07

À partir des réponses à une cinquantaine de questions, {Reporters Sans Frontières} évalue chaque année la situation de la presse sur les cinq continents du monde. En 2005, ses 130 correspondants locaux, 14 associations de défense de la liberté d'expression, des journalistes, des chercheurs, des juristes et des militants des droits de l'homme ont participé à l'enquête : 167 pays sont classés, certains pays n'ont pu l'être, faute d'information.

Sept pays arrivent en tête ex-aequo : le Danemark, la Finlande, l'Irlande, l'Islande, la Norvège, les Pays-Bas et la Suisse.

Un pays ferme la marche : la Corée du Nord.

L'Asie centrale (Turkménistan, Ouzbékistan, Afghanistan et Kazakhstan) est l'une des régions les plus difficiles au monde pour l'exercice de la liberté de la presse, avec l'Asie orientale et le Moyen-Orient.

La Biélorussie ferme la marche des pays de l'ex-URSS (152ème).

La situation s'est dégradée en Azerbaïdjan (141ème), où les mesures d'intimidation se sont multipliées avec l'assassinat d'un journaliste indépendant.

Malgré le "trou noir" d'information que représente la Tchétchénie, la Russie a progressé de deux rangs (138ème).

L'Ukraine a progressé de la 138ème à la 112ème place.

L'Arménie a régressé de la 83ème à la 102ème place.

La Géorgie



Le classement de la Géorgie, malgré une régression de la 94ème à la 99ème place, paraît à première vue le "moins mauvais" des pays de l'ex-URSS, à l'exception des États baltes.

Pourtant, depuis la Révolution des Roses, les réalités économiques entourant les médias n'ont certainement pas été sans influence et ont conduit à des réalités éditoriales tentées de "faire" l'opinion.

Un premier groupe de médias, composé des canaux de télévision Rustavi-2 et Le Soleil (Mzé), surtout regardés à Tbilissi, et du quotidien 24 Heures (24 Saati), s'est créé depuis une dizaine d'années. Opposé au pouvoir d'Edouard Chevardnadzé, le canal Rustavi 2 a contribué à la Révolution des Roses. Le groupe est aujourd'hui aux mains d'hommes d'affaire proches du pouvoir politique (Irakli Okrouachvili, ancien ministre de l'Intérieur, actuellement à la Défense) et en est devenu un soutien implicite.

L'autre canal de télévision de référence, l'Espoir (Imedi), de teinture plus traditionnelle et plus conservatrice, est surtout regardé en province. Il appartient à l'homme d'affaire Badri Patarakatsichvili et n'est pas particulièrement critique vis-à-vis du régime.

À eux deux, ils monopolisent l'audience (et les recettes publicitaires), ce qui fait dire à certains journalistes géorgiens que "les télévisions géorgiennes sont aujourd'hui sous contrôle et donnent généralement dans le politiquement correct", même si les débats politiques sont toujours présents à leurs programmes.

La situation de la presse écrite est semblable à celle des pays en voie de développement : beaucoup d'appelés et peu d'élus. Les impératifs économiques ne permettent pas toujours d'entretenir avec pérennité les gazeti issus d'une tradition séculaire d'humour et d'ironie, démarche souvent muselée dans d'autres pays de l'ex-URSS.

Le coût des médias électroniques reste relativement onéreux en Géorgie et leur croissance en est entravée, à l'exception de ceux qui bénéficient du soutien d'ONG étrangères, ouvertement ou non.

Le 7 juillet 2005, 76 journalistes géorgiens appartenant à une vingtaine de médias, signaient une protestation dénonçant les pressions exercées par le pouvoir, en Adjarie, en Iméréthie, en Kakhétie (1), en Kartlie et en Shida Kartlie (2). Les causes en sont difficiles à analyser, pressions politiques centrales ou locales, pressions liées à la corruption (3), conditions économiques limitant le nombre "d'aspirants" journalistes, atteinte fondamentale à la liberté de presse ou combinaison de plusieurs de ces contraintes ?

Quelques jours plus tard, deux organisations professionnelles de médias étaient créées, le Conseil des Médias (4) et le Conseil de la Presse (5) : le premier réunit tous les canaux de télévision et le journal quotidien 24 Saati, le second réunit la partie de la presse écrite plus critique vis-à-vis des autorités.

Sans être idyllique, la liberté de la presse en Géorgie et dans le Caucase Sud demeure plus grande que dans les autres pays de l'ex-URSS, à l'exception notable des pays baltes (6).

Notes



(1) Guela Mtivlichvili, journaliste à Imédi (et membre d'Human Rights Georgia, HRIDC) aurait été physiquement agressé dans les locaux du gouverneur de Kakhétie en décembre 2005, après avoir été sévèrement battu par des inconnus en juin et après qu'une grenade ait été lancée anonymement devant sa maison en novembre.

(2) Shida Kartlie est la dénomination géorgienne de l'Ossétie du Sud. En août 2004, un journaliste (Revaz Okrouachvili) y était arrêté pour trafic de narcotique. En septembre 2005, deux journalistes y étaient agressés : Sasa Tsitsikachvili du canal de télévision 202 et Irakli Kakabadzé du journal La Nouvelle Version (Akhali Versia).

(3) L'emprisonnement d'un journaliste (Chalva Ramichvili) pour tentative de corruption a fait grand bruit en août 2005 : il aurait essayé d'extorquer 100 000 dollars à un député du Parlement géorgien.

(4) Le Conseil des Médias réunit tous les canaux de télévision privés (Rustavi-2, Mzé, Imédi, 202, etc ... ) et étatiques, ainsi que le journal quotidien 24 Heures. Il se fixe un certain nombre d'objectifs :
- protéger les standards professionnels,
- réagir à la violation des standards professionnels,
- promouvoir l'indépendance des politiques éditoriales,
- protéger les intérêts des médias dans les relations avec les autorités.

(5) Le Conseil de la Presse réunit les titres de la presse indépendante : Résonance (Résonanzi), Demain (Khvalindéli Dré), Nouvelle Version (Akhali Versia), etc... Il se fixe pour objectif de protéger les médias de la pression des autorités.

(6) Source concernant le classement mondial 2005 de la liberté de la presse : Reporters Sans Frontières.





Voir aussi

:

- [URL : 1557]

- [URL : 1739]

- [URL : 1973]