Albanie : les grandes orientations de la politique étrangère albanaise (2005)
2012-12-27

Le vainqueur des dernières élections albanaises, Sali Berisha, fraîchement nommé Premier ministre, vient de désigner son nouveau gouvernement. Il a confié à l'écrivain Besnik Mustafaj le poste de ministre des Affaires Etrangères. Par Armando Meta

Ancien ambassadeur d'Albanie en France (1992-1997), Besnik Mustafaj reprend du service dans un des fauteuils les plus prestigieux du gouvernement (cf. [URL : 2106])). Il a signé le premier traité d'amitié entre l'Albanie et un pays occidental depuis 1930, et ce fut avec la France. Initiateur des négociations sur l'entrée de l'Albanie au Conseil de l'Europe, il n'est pas étranger aux négociations et tractations avec les instances européennes.

Député du Parti Démocratique, qu'il a cofondé avec Sali Berisha, il a une longue carrière d'écrivain derrière lui, ses livres sont traduits en français, anglais, allemand, italien, grec, etc. En 1997, son livre Les tambours de papier a emporté le prix Méditerranée étranger de littérature. En France, il a aussi publié, chez Actes Sud, entre autres, Un été sans retour, et Entre crimes et mirages.

Dans cette interview, le nouveau ministre des Affaires Etrangères explique les grandes lignes de la politique étrangère qu'il compte mener, décidé à faire progresser la diplomatie albanaise. Il évoque les questions diplomatiques prioritaires, la politique régionale, le défi de l'intégration, le prochain vote à l'ONU...

Panorama : Quel sera le fil conducteur de votre politique étrangère ?



Besnik Mustafaj. L'orientation de la politique étrangère a été pertinente ces 15 dernières années, nous allons poursuivre dans cette voie. Le Parti Démocratique, alors dans l'opposition, a accordé son vote de confiance à la politique étrangère du gouvernement socialiste et je crois que le Parti socialiste, maintenant dans l'opposition, en fera autant. Le soutien des personnalités et députés socialistes ayant apporté leur contribution aux relations internationales, est précieux. L'action diplomatique doit suivre et soutenir la nouvelle étape du développement de l'Albanie. Notre action se concentrera visera la diplomatie économique, afin d'atteindre l'objectif du gouvernement en attirant les investissements étrangers ; la diplomatie culturelle, en affirmant notre identité nationale et faisant participer l'Albanie au processus global d'échange des valeurs culturelles et en soutenant les efforts d'amélioration de l'image de notre pays pour attier les touristes étrangers. Enfin, nous désirons activer réellement le rôle de l'Albanie dans les organisations dont elle est membre comme l'ONU, le Conseil de l'Europe, l'OSCE, la Coalition Antiterroriste, l'Organisation de la Francophonie et des dizaines d'autres conventions et structures intergouvernementales et ONG. La politique étrangère de l'Albanie sera guidée par le réalisme et le pragmatisme pour favoriser le développement interne du pays et pour l'accompagner dans le processus de son intégration à l'UE et à l'OTAN.

P. Est-ce que le système diplomatique a besoin d'être réformé ? Si oui, dans quel sens le sera-t-il ?



B.M. : Une réforme est nécessaire, sans qu'elle soit radicale. Il s'agit plutôt d'améliorer ce qui est déjà en place. Le but est de dépolitiser le corps diplomatique et de le professionnaliser, le réseau de nos missions doit être réexaminé pour mieux répartir la présence diplomatique albanaise dans le monde surtout dans les pays stratégiques. Une attention particulière sera accordée aux conditions de vie des diplomates.

P. Est-ce que le Premier ministre, Sali Berisha, et vous participerez avec le Président Alfred Moisiu à la session extraordinaire de l'ONU ?



B.M. Je participerai à la délégation officielle de l'Albanie à la prochaine session de l'ONU, le Premier ministre réfléchit à sa décision finale.

Les enjeux régionaux




P. Quel est votre vision, et celle du gouvernement concernant le rôle de l'Albanie dans la région ?



B.M. L'Albanie contribue par sa politique étrangère à renforcer la paix et la stabilité dans la région et nous pouvons consolider notre présence dans ce sens. De nombreux accords bilatéraux ont été ratifiés par le Parlement et signés par le gouvernement avec chacun des pays de la région. Ils attendent à être mis en application par des programmes concrets d'échange économiques, culturels ou autres. Nous encourageons les Albanais de la Macédoine à institutionnaliser leurs revendications légitimes en insistant sur l'application de l'Accord d'Ohrid. Un autre événement important et attendu est le référendum sur l'indépendance au Monténégro. Nous incitons les Albanais de cette région à la maturité, face à des sondages donnent des intentions de vote à égalité. Désireux d'élargir leurs droits culturels et de participer davantage au gouvernement du pays, ils doivent faire preuve de diplomatie et d'équilibre à l'égard des défenseurs de l'indépendance et ceux du système actuel.

P. Le choix du statut définitif du Kosovo constitue un réel défi pour cette région. Quelle sera la position de la diplomatie albanaise dans ce processus délicat ?



B.M. Le Kosovo est désormais détaché de Belgrade. Notre diplomatie n'est pas un facteur déterminant concernant l'avenir de ce pays. Nous sommes persuadés que l'avenir du Kosovo ne pourra être autre que son indépendance, ce que semblent croire de plus en plus les décideurs internationaux de la communauté internationale, qui l'administrent depuis 6 ans. Nous en sommes heureux, et l'Albanie doit montrer sa disposition à agir dans le sens demandé par la communauté internationale. Tirana et Belgrade n'ont toutefois pas leur mot à dire autour de la table de négociation de ce statut.

P. Lors d'un éventuel vote concernant une réforme de l'ONU, quel sera le choix de l'Albanie entre le modèle italien et celui allemand ? Le ministre des Affaires Etrangères italien, Gianfranco Fini a ouvertement demandé à l'Albanie de soutenir le projet italien. Votre avis ?



B.M. Il faut compter aussi avec la position des États-Unis, qui diverge des propositions italiennes et allemandes concernant la perspective de cette réforme. Nous n'avons pas encore fait notre choix de vote. Il y a encore du temps pour cela, l'Allemagne et l'Italie sont deux pays amis et notre choix tiendra compte des intérêts de l'Albanie. Je suis certain que quel qu'il soit, nous pourrons compter sur la compréhension de nos amis à Rome ou à Berlin.

P. Comment réagissez-vous aux réserves exprimées par Ismail Kadaré au sujet de votre nomination au poste de ministre des Affaires Etrangères ?

B.M. J'ai pris ses remarques au second degré, connaissant les raisons et motifs de ses considérations.



(Article publié par Courrier des Balkans sous le titre : Besnik Mustafaj, un écrivain à la tête de la diplomatie albanaise dans la revue albanaise Panorama. Traduit par Mandi Gueguen. Publié dans la presse : 7 septembre 2005. Mise en ligne : samedi 10 septembre 2005. cf. [URL : http://balkans.courriers.info/article5763.html])