Biélorussie : la présidentielle du 19 mars 2006, une élection entièrement verrouillée par Alexandre Loukachenko
2012-02-27

Le 19 mars prochain, sept millions de Biélorusses sont appelés à élire leur président de la République. Alors que le scrutin devait se tenir au début de l'été, - la précédente élection ayant eu lieu le 9 septembre 2001, la loi électorale avait fixé le mois de juillet comme date limite pour l'organisation d'un nouveau scrutin -, les cent quatre membres de la {Palata pretsaviteley}, chambre basse du Parlement, tous acquis à l'actuel président, Alexandre Loukachenko, ont voté à l'unanimité, le 16 décembre dernier, en faveur de l'organisation du premier tour de l'élection présidentielle le 19 mars 2006.

L'opposition a immédiatement dénoncé cette décision, accusant le pouvoir en place de ne pas lui laisser le temps de s'organiser et de faire véritablement campagne. Les parlementaires ont argué que l'été, période de vacances, était peu propice à la tenue de l'élection. Le politologue Valeri Karbalevitch voit dans le choix du 19 mars « un signe de faiblesse d'Alexandre Loukachenko », témoignant de la crainte du président biélorusse de voir l'opposition parvenir à s'organiser et surtout à rallier la population à sa cause. « Je vois deux arguments pour expliquer cette élection anticipée. C'est d'abord la peur d'Alexandre Loukachenko face à l'opposition qu'il veut empêcher de mobiliser ses ressources matérielles et humaines avant le scrutin, puis l'espoir que les élections législatives ukrainiennes de mars - qui auront lieu le 26 mars - détourneront l'attention de la Biélorussie », analyse Valeri Karbalevitch.

La campagne officielle a débuté le 21 février, ne laissant donc que quatre semaines à l'opposition pour faire campagne.

L'élection présidentielle



La loi électorale oblige chaque candidat à l'élection présidentielle à déposer au moins cent mille signatures pour pouvoir se présenter. Comme attendu, Alexandre Loukachenko est celui qui a déposé le plus grand nombre de signatures (1 905 631). Les forces de l'opposition ont, en vain, porté plainte devant la Commission centrale électorale pour irrégularité dans la collecte de ces signatures, dénonçant le fait que de nombreux chefs d'entreprises et d'organismes publics ont fortement encouragé leurs employés à soutenir la candidature de Loukachenko.

Les quatre personnalités candidates à l'élection présidentielle du 19 mars prochain sont :
- Alexandre Loukachenko, président en exercice depuis le 20 juillet 1994.
- Alexandre Milinkevitch, élu candidat unique de l'opposition démocratique le 2 octobre dernier lors du congrès des Forces démocratiques unifiées, organisation rassemblant une vingtaine de formations politiques et de nombreuses organisations non gouvernementales.
- Alexandre Kazouline, leader du Parti libéral-démocratique, ancienne formation d'opposition reprise en main par les autorités biélorusses après l'emprisonnement de son ancien chef, Mikola Statkevitch, accusé d'avoir organisé une manifestation contre le pouvoir en place.
- Sergueï Gaïdoukevitch, leader du Parti libéral-démocrate, formation nationaliste.

Plusieurs personnalités, tels Zenon Pozniak et l'académicien Alexandre Voïtovitch, qui avaient manifesté leur volonté de se présenter à cette élection, ont finalement renoncé estimant que le scrutin ne pouvait être que falsifié.

Alexandre Loukachenko, qui a reçu le soutien de Vladimir Poutine, s'est dit, en novembre dernier, convaincu de sa réélection. « Peut-il en être autrement ? » s'est-il très simplement interrogé. Le 19 janvier dernier, Batka (père en biélorusse), comme il aime à se faire appeler, a finalement accepté que l'OSCE puisse envoyer des observateurs pour le scrutin du 19 mars. Mais il ne cesse d'attaquer l'Union européenne pour sa prétendue ingérence dans les affaires biélorusses. L'organisation enverra quatre cent observateurs chargés de veiller sur la régularité du scrutin. Au début du mois de février, une délégation de l'OSCE en visite dans la capitale Minsk a dénoncé les violations des droits de l'Homme et le harcèlement mené à l'encontre des membres de l'opposition. « La situation en Biélorussie s'est encore détériorée concernant les droits de l'Homme », a déclaré la responsable de la délégation, Uta Zapf, déplorant la répression subie par les syndicats indépendants et « l'emprisonnement des figures politiques d'opposition ».

« Il est difficile d'imaginer l'avènement d'élections libres et équitables dans les circonstances actuelles » a déclaré le secrétaire d'Etat adjoint américain aux Affaires européennes, Daniel Fried. Ce dernier s'est vu refuser un visa par les autorités biélorusses alors qu'il souhaitait se rendre à Minsk avec le Directeur général du Secrétariat général du Conseil de l'Union européenne, Robert Cooper. « Au cas où les élections ne seraient pas équitables, les États-Unis envisageraient d'autres mesures », a tenu à préciser Daniel Fried.

De son côté, l'Union européenne a appelé à la fin du mois de janvier les autorités biélorusses à veiller à ce que « l'élection présidentielle se déroule de manière libre et régulière », à ce que « tous les candidats puissent faire campagne librement » et enfin à ce que « la mission d'observation de l'OSCE puisse travailler sans entrave ». Elle a également mis en garde la Biélorussie contre l'éventualité, dans le cas où les normes démocratiques ne seraient pas respectées, de nouvelles sanctions économiques (gel des avoirs financiers par exemple) ou encore d'interdictions de visa pour certains responsables. Les dirigeants biélorusses sont déjà interdits d'accès au territoire de l'Union depuis le 10 juillet 1998. La Biélorussie est le seul Etat du continent européen à ne pas appartenir au Conseil de l'Europe qui, il y a neuf ans, a suspendu son statut d'observateur pour non-respect des normes démocratiques.

Alexandre Milinkevitch a été désigné candidat unique de l'opposition démocratique par les huit cent trente délégués et représentants du Congrès des Forces démocratiques unifiées qui s'est tenu à Minsk le 2 octobre dernier. Lors de ce rassemblement, qui s'est ouvert par la lecture d'un message d'encouragement émanant de l'ancienne secrétaire d'Etat américaine Madeleine Albright, Alexandre Milinkevitch a recueilli 399 voix contre 391 pour Anatol Lyabedzka (Parti de l'union civile). « Je ne me considère pas comme vainqueur », a-t-il déclaré à l'issue de sa désignation : « Je suis seulement arrivé légèrement devant des hommes qui sont mes égaux ». La division a longtemps constitué un handicap pour les forces d'opposition. C'est la première fois que, surmontant leurs différences, celles-ci parviennent à s'unir autour d'un seul candidat. « La victoire à l'élection présidentielle est impossible sans l'unification de l'ensemble des forces d'opposition », a déclaré Alexandre Milinkevitch, ajoutant : « Le véritable challenge auquel nous avons à faire face est celui de notre capacité à travailler comme une seule équipe ». Le candidat unique de l'opposition démocratique poursuit sa campagne de proximité tentant, avec les moyens dont il dispose, de rencontrer la population. « J'appelle tous les gens qui se sentent concernés par l'avenir de la Biélorussie et qui défendent l'idée de changements conduits pour le peuple dans notre pays. En dépit des pressions exercées par le gouvernement, je continue, ainsi que l'ensemble des forces pro-démocratiques, à sillonner le pays afin de rencontrer le peuple. Notre objectif est simple : rendre la liberté, la vérité et la justice à notre pays », répète Alexandre Milinkevitch.

Agé de cinquante-huit ans, le candidat unique de l'opposition démocratique est originaire de Grodno, ville de l'Ouest du pays. Il a étudié à l'université de Californie ainsi qu'au Centre européen George C. Marshall. Après avoir travaillé à l'Académie des sciences de la République socialiste soviétique de Biélorussie, il a enseigné la physique à Sétif en Algérie dans les années quatre-vingts avant d'exercer, entre 1990 et 1996, les fonctions de vice-maire de sa ville, notamment en charge de la culture, de l'éducation, de la santé, du sport, de la jeunesse et des relations internationales. En 1996, il devient directeur de Ratusha, association publique dissoute par la justice en 2003. N'appartenant à aucune formation politique, il fait partie de l'équipe de campagne de Semen Domash, candidat à l'élection présidentielle du 9 septembre 2001 et qui s'est finalement désisté en faveur de Vladimir Gontcharik. Maîtrisant plusieurs langues, dont le français et l'anglais, Alexandre Milinkevitch multiplie les déplacements à l'étranger pour faire connaître la situation dans son pays. Modéré et compétent, il tient des propos mesurés envers la Russie pourtant impliquée dans le soutien à Loukachenko et compte sur « la lassitude » de ses concitoyens qui souhaitent entretenir de bonnes relations tant avec l'Est qu'avec l'Ouest.

Malgré le peu d'espoir de voir le scrutin se dérouler de façon libre et transparente, le candidat unique de l'opposition démocratique souhaite néanmoins témoigner aux yeux des Biélorusses comme à la face du monde de l'existence d'une réelle opposition et donc d'une alternative politique dans son pays.

Il s'est rendu en France le 9 janvier dernier, et a reçu le soutien officiel du ministre des Affaires étrangères français, Philippe Douste-Blazy. Il bénéficie du soutien de l'ensemble des pays de l'Union européenne et des Etats-Unis. Le 30 janvier dernier, en visite à Bruxelles, il a rencontré le chef de la diplomatie européenne, Javier Solana, la Commissaire européenne aux Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, et le président du Parlement européen, Josep Borrell. Il a aussi pu assister à la réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne. « Jusqu'à présent, l'opinion internationale ne s'était jamais intéressée à la situation en Biélorussie. C'est important qu'elle le fasse maintenant parce que les médias gouvernementaux cherchent à convaincre les Biélorusses que l'Occident s'est détourné d'eux » a déclaré Alexandre Milinkevitch à des journalistes polonais. L'Union européenne a décidé - mesure exceptionnelle - de financer le lancement d'une radio indépendante qui émettra vers la Biélorussie. Ce programme sera réalisé par un consortium de radios russe, allemande, lituanienne et polonaise.

Chaque candidat ne dispose, en effet, que de deux prestations télévisuelle et radiophonique de trente minutes et aucun n'est à l'abri de se voir interdire d'antenne si les autorités le décident, parce qu'elles jugeraient, par exemple, son allocution trop critique envers le pouvoir en place. En revanche, Alexandre Loukachenko peut s'exprimer autant qu'il le souhaite dans des médias acquis à sa cause. Ainsi, le 27 janvier dernier, s'est-il octroyé quatre-vingt-dix minutes d'antenne sur trois chaînes de télévision au cours desquelles il a accusé les forces d'opposition d'avoir reçu de l'argent de l'Occident pour organiser des troubles après l'élection présidentielle du 19 mars prochain. Interdit de mener une campagne électorale digne de ce nom dans son pays, Alexandre Milinkevitch s'est exprimé sur de nombreuses chaînes de télévision des pays frontaliers (Lituanie, Ukraine, Pologne et même Russie), ainsi que sur la chaîne Euronews, espérant ainsi toucher ses compatriotes. Les candidats sont également autorisés à publier leur programme électoral dans sept journaux (Sovietskaya Respublika, Narodnaya Gazeta, Znamya Yunosti, Belorusskaya Niva, Zyyazda et 7 Dnei).

Une enquête menée par un institut d'opinion indépendant a montré qu'un quart des Biélorusses, en majorité des ruraux et des retraités, souhaiteraient la réélection d'Alexandre Loukachenko, un autre quart, essentiellement des jeunes et des citadins, réclament ouvertement un changement de politique. La moitié de la population, très préoccupée par sa survie économique et privée de liberté d'expression, n'exprime pas d'opinion et pourrait créer la surprise. C'est à cette partie des Biélorusses qu'Alexandre Milinkevitch s'adressera en priorité pour tenter de les convaincre qu'il n'y a pas de fatalité et que rien ni personne n'a le droit de priver les Biélorusses de la liberté et de la démocratie auxquelles ils aspirent. Tous les pays démocratiques espèrent que cette élection ne sera pas, une fois de plus, une caricature de démocratie. Le score d'Alexandre Milinkevitch en sera vraisemblablement la mesure.

Un système politique entièrement verrouillé



La Biélorussie vit sous un régime présidentiel dans lequel Alexandre Loukachenko détient tous les pouvoirs. Nostalgique de l'ère soviétique et adepte de ses méthodes répressives, ce président de pouvoir absolu dirige le pays d'une main de fer et règne en maître sur ce pays dont il contrôle l'ensemble de l'administration et de la société. Les candidats aux élections, législatives ou locales, sont généralement des hommes ou des femmes sans aucune expérience politique, désignés par l'administration présidentielle et les commissions électorales sont traditionnellement composées exclusivement de représentants du pouvoir en place. Directeurs d'entreprises publiques, responsables de kolkhozes ou de sovkhozes, militaires, directeurs d'hôpitaux, fonctionnaires, responsables d'administrations locales sont tous liés au régime actuel auquel ils doivent leur place. Le fort régime biélorusse contrôle également les partis politiques - de nombreux opposants politiques sont emprisonnés - les syndicats, les associations et les médias. La Fédération biélorusse des syndicats, comptant plus de quatre millions d'adhérents, a ainsi été transformée en 2002 en organisme d'État et sa direction a été confiée à Leonid Kozik, proche d'Alexandre Loukachenko. Les rares médias indépendants sont tous en sursis, sous la menace constante d'une fermeture arbitraire ou d'une asphyxie économique. Le pays ne possède aucune radio ou télévision indépendante et seulement 1 % de la population dispose d'une antenne permettant de capter des chaînes de télévision étrangères. Seule Euronews dispose d'un créneau horaire de diffusion en langue russe sur le câble biélorusse Enfin, 15 % à 30 % des Biélorusses seraient connectés à Internet.

La Biélorussie détient le triste record du plus grand nombre de résolutions du Parlement européen condamnant ses agissements. La plus récente date du mois de septembre 2005 et condamnait le régime pour avoir, ces dernières années, dissous plusieurs formations politiques, vingt-deux quotidiens - dont le journal indépendant, Narodnaya Volya - et plus de cinquante organisations non gouvernementales militant en faveur de la démocratie. Ces quatre dernières années, le nombre de journaux indépendants est passé de soixante à dix-huit. Actuellement Nasha niva est la seule publication indépendante à survivre, ce journal ne diffusant cependant qu'à cinq mille exemplaires.

Alexandre Loukachenko a mis en place une idéologie d'État, un système de valeurs anti-libérales. Le libéralisme est défini comme une « idéologie symbole de l'inégalité sociale entre les hommes, du profit et de l'individualisme » enseignée dans les établissements d'enseignement secondaire et supérieur ou dans les entreprises. Un chargé de l'idéologie officie au sein de chacune d'entre elles. « L'idéologie doit empêcher la formation d'une brèche contestataire au sein des structures de l'Etat. La mobilisation des administrations est donc à la fois un moyen de contrôler l'activité des cadres, tout en donnant une cohérence idéologique à la politique présidentielle et en évitant l'emploi de méthodes trop brutales à l'égard des employés de l'Etat » écrit Alexandra Goujon, maître de conférence à l'Université de Bourgogne.

Le 2 décembre dernier, les députés ont voté à l'unanimité une loi prévoyant des peines de prison allant jusqu'à trois ans d'enfermement pour toute personne « fournissant aux étrangers des informations discréditant la République de Biélorussie et son pouvoir ». En outre, la participation à une formation politique non enregistrée ou interdite par la justice est désormais passible d'une peine allant jusqu'à deux ans de prison et la « participation à des désordres » peut entraîner jusqu'à trois ans d'enfermement. Enfin, toute personne participant à un « complot pour s'accaparer du pouvoir » peut être condamnée de huit à douze ans de prison. « Les leaders des formations d'opposition politisées donnent consciemment de fausses informations sur les processus politiques en Biélorussie. L'objectif de telles déclarations est de pousser les milieux politiques occidentaux à infliger des sanctions à la Biélorussie. Les forces destructrices veulent utiliser la campagne pour prendre le pouvoir et changer le régime constitutionnel en organisant une révolution à l'instar de celles de la Géorgie en 2003, de l'Ukraine en 2004 ou du Kirghizstan en 2005 », a déclaré le chef du KGB biélorusse, Stepan Soukhorenko, lors de sa présentation de la loi au Parlement.

Mis au ban de la communauté internationale pour ses atteintes aux droits de l'Homme, seul chef d'État à être interdit de séjour dans l'Union européenne et aux États-Unis - une mesure qui, avant lui, n'avait frappé que l'ancien président de l'ex-Yougoslavie, Slobodan Milosevic - Alexandre Loukachenko a tellement isolé son pays du reste du monde que très peu d'analystes politiques envisagent comme possible que la Biélorussie connaisse, à l'occasion de l'élection présidentielle du 19 mars prochain, une révolution démocratique à l'image de celles qu'ont connu la Géorgie (novembre 2003) et l'Ukraine (novembre-décembre 2004).

Méfiant, Alexandre Loukachenko a entièrement verrouillé son pays. Comprenant que les peuples des anciennes Républiques soviétiques, telles la Géorgie ou l'Ukraine, se sont appuyés sur leur histoire, leur langue et leur culture pour réclamer plus de démocratie et revendiquer le droit de vivre comme ils l'entendaient, celui que les États-Unis qualifient de « dernier dictateur d'Europe » a, par exemple, interdit le drapeau national, qu'il a remplacé par l'ancien drapeau de la République soviétique de Biélorussie, et l'usage de la langue biélorusse. « La bataille se déroule sur deux fronts : celui de la démocratie, fondée sur des valeurs universelles, et celui de l'indépendance de notre pays. Ces deux aspects sont liés. Car si notre pays ne devient pas d'abord un État indépendant et souverain, comment pourra t-il devenir une vraie démocratie ? », s'interroge l'opposant Oleg Minkin. « Il est probable que la Russie se prépare à annexer la Biélorussie. C'est une annexion glissante. Pour l'éviter, nous devons sans attendre créer notre propre État. Nous ne sommes pas des nationalistes dangereux. Nous voulons seulement l'indépendance de notre peuple », ajoute t-il. Il y a deux semaines, Vladimir Poutine indiquait qu'un « processus d'intégration » Russie-Biélorussie était en cours.

Alexandre Loukachenko doit beaucoup à son voisin russe. Le pays, qui importe 90% de ses ressources énergétiques, ne pourrait en effet pas vivre sans l'aide économique de la Russie qui lui vend 46,7 dollars les mille m3 de gaz que l'Ukraine doit payer 230 dollars. L'ancien gouverneur de la Banque centrale du pays et actuel directeur de l'institut d'études socio-économiques, basé à Vilnius (Lituanie), Stanislav Bogdankevitch, estime que les cadeaux directs de la Russie représentent près d'un quart du PIB biélorusse. Selon lui, « les trois quarts des entreprises biélorusses n'ont aucune rentabilité et cent vingt entreprises produisent à elles seules plus de la moitié du PIB du pays ». Le pays a connu une forte croissance économique en 2005 (8,6 %) et affiche de bons indicateurs économiques (moins de 2 % de la population active est au chômage), ce qui n'empêche pas 20% de sa population de vivre sous le seuil de pauvreté. Enfin, si les salaires sont payés régulièrement, les prix restent très élevés.

En novembre 1996, deux ans après sa première élection à la présidence (20 juillet 1994), Alexandre Loukachenko a organisé un premier référendum lui permettant de prolonger de deux ans le terme de son mandat et d'élargir ses prérogatives, et ce alors que la loi électorale interdisait toute modification de la Constitution du pays par référendum. Il a été ensuite réélu à la tête de l'Etat pour un mandat de cinq ans, le 9 septembre 2001, au premier tour de scrutin avec 75,65 % des suffrages, contre 15,65 % à son principal adversaire, le candidat de l'opposition, Vladimir Gontcharik. Cette élection n'a pas été reconnue comme valide par les observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et a été vivement contestée par l'opposition.

Le 17 octobre 2004, lors des élections législatives, elles aussi dénoncées comme frauduleuses par les observateurs chargés de veiller sur le scrutin, la Constitution lui interdisant de se présenter une troisième fois à l'élection présidentielle, Alexandre Loukachenko a organisé une consultation populaire sur la question suivante : « Autorisez-vous le Président de la République de Biélorussie Alexandre Loukachenko à être candidat à la Présidence de la République de Biélorussie ? ». Par un référendum illégitime et selon des résultats jugés falsifiés par l'ensemble des organisations internationales chargées d'observer le scrutin, les trois-quarts des électeurs (77,3 %) se seraient prononcés en faveur de l'adoption d'un amendement à la Constitution, levant ainsi la limitation du nombre de réélection à la Présidence de la République pour une seule personne. La participation s'est élevée à 90 %. Alexandre Loukachenko estime donc pouvoir briguer un troisième mandat.

Corinne Deloy/Fondation Robert Schuman

- [URL : http://www.robert-schuman.org/oee/bielorussie/presidentielles/default.htm]


Résultats de l'élection présidentielle du 9 septembre 2001



- Participation : 83,9 %
- Alexandre Loukachenko : 75,6 %
- Vladimir Gontcharik : 15,4 %
- Sergueï Gaïdoukevich : 2,5 %

Source : Agence France-Presse



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