Lettonie : À Riga, la police arrête la marche en mémoire des Lettons enrôlés dans les SS
2006-03-17

En 1998, le Parlement letton avait déclaré le 11 mars « Journée de la Légion » pour marquer la victoire des légionnaires lettons, enrôlés de force dans les Waffen SS, sur les soldats soviétiques près du fleuve letton de Velikaya. Mais il avait fait marche arrière deux ans plus tard, reconnaissant avoir commis une erreur. Pour certains groupes, le 16 mars n'en demeure pas moins l'occasion de commémorer ces anciens combattants.

Quelque 146.000 Lettons ont combattu dans les rangs nazis durant la seconde guerre mondiale et 52.000 sont morts au combat. À l'inverse, 130.000 Lettons se sont battus du côté de l'Armée rouge et 36.000 d'entre eux ont péri.

Il n'est pas inutile de rappeler ici qu'au début de la seconde guerre mondiale, l'Allemagne nazie et l'Union Soviétique étaient alliées, suite au pacte Molotov - Ribbentrop du 23 aout 1939, que la Lettonie avait déclaré sa neutralité le 15 Septembre 1939 quand l'Allemagne a attaqué la Pologne et que c'est l'Union Soviétique qui a agressé la Lettonie au matin du 15 Juin 1940, lorsque les troupes du NKVD ont attaqué les postes frontière de l'est du pays. L'entrée des troupes allemandes dans Riga le 1er Juillet 1941 a donc pu apparaître pour certains comme une libération.

Le 16 Mars 2005, des radicaux pro-russes de Rodina (Mère patrie) avaient essayé d'empêcher le défilé des ultras nationalistes du Klubs 415. Dans la mesure où la manifestation était autorisée, la police était intervenue lorsque les pro-russes avaient commencé à jeter des œufs contre les nationalistes. Trente-cinq manifestants avaient été interpellés des deux côtés. Les autorités russes, et derrière elles la presse aux ordres, toujours promptes à dénoncer les prétendues violations des droits de l'homme en Lettonie, s'étaient déchainées, allant jusqu'à accuser la Présidente de Lettonie de réhabiliter le nazisme.

La presse mondiale avait fait le déplacement à Riga pour ce 16 mars 2006, « espérant » voir la police taper sur les « antifascistes ». Elle a été déçue. Car cette année, la manifestation avait été interdite. Quelques 300 jeunes ultranationalistes se sont rassemblés devant le Musée des occupations, mais n'ont pas pu franchir les forts barrages policiers ; ils se sont dispersés une demi-heure plus tard.

Ce fut donc un non-événement. Ce devrait enlever un argument à la Russie dans sa paranoïa anti-Baltes, notamment anti-Lettone, et l'inciter à reconnaître enfin que l'Union Soviétique a bel et bien occupé les États Baltes et que des crimes ont été perpétrés durant ces 50 ans d'occupation.

Gilles Dutertre, à Vilnius.