Biélorussie : pendant la campagne électorale, la dictature continue... (mars 2006)
2012-02-27

La répression et les manipulations de l'équipe Loukachenko s'exercent dans trois directions :
- L'emprisonnement de leaders de l'opposition, parfois très proches du candidat principal Alyaksandr Milinkevitch, comme Vintsuk Vyachorka, adjoint au directeur de campagne. Ces emprisonnements, généralement pour 15 jours, s'accompagnent d'une censure totale de la presse. Un des derniers quotidiens indépendants, Narodnaya volya, imprimé en Russie, a vu 250.000 de ses exemplaires saisis à la frontière le 5 mars et, comme par hasard, l'imprimerie russe qui l'imprime à Smolensk, ainsi que Tovaritch et BDG.Delovoya Gazeta, a dénoncé le contrat le 13 mars.
- Certaines catégories d'électeurs (dans les hôpitaux, foyers, casernes) sont autorisés à voter par anticipation depuis le mardi 14 mars. Mais pour certains, c'est devenu une obligation sous la pression, voire la coercition physique, du pouvoir. Il ne fait aucun doute que des mouvements de bulletins vont être opérés pendant ces 6 jours.
- La limitation des observateurs étrangers. Les observateurs étrangers, même s'ils sont des parlementaires de leur pays ou élus européens, soit ne reçoivent pas de visas, soit même s'ils sont porteurs de visas en bonne et due forme, sont refoulés. Au moment où ces lignes sont écrites (vendredi 17 mars matin), des députés géorgiens sont détenus à l'aéroport de Minsk. Il est clair que Loukachenko veut laver son linge sale en famille

Car il ne fait pas bon actuellement d'être étranger en provenance de certains pays accusés d'entretenir l'agitation, voire de préparer un coup d'état (voir plus loin). C'est le cas de la Géorgie, de l'Ukraine, de la Pologne et de la Lituanie. La journaliste ukrainienne Anna Gorozhenko, dûment accréditée, a par exemple été arrêtée et brutalisée durant un reportage en direct lors d'un meeting d'Alyaksandr Milinkevitch. Deux observateurs polonais de l'OSCE, dûment accrédités par le ministère biélorusse des affaires étrangères et porteurs de visas ont été refoulés. Un manifestant biélorusse a été arrêté simplement parce qu'il agitait un drapeau géorgien !

Mais le pire reste peut-être à venir. Le 16 mars, le président du Comité de la sécurité d'État, qui coiffe le KGB biélorusse (qui s'appelle toujours KGB, terme qui a disparu en Russie) a accusé la Géorgie d'être un camp d'entrainement pour des « terroristes », chargés de renverser le gouvernement de Loukachenko. Pour soutenir ses dires, il a montré un film ou l'on voit un comploteur supposé admettre qu'il avait suivi un entrainement en Géorgie, entrainement conduit par quatre arabes, d'anciens officiers de l'armée soviétique et des agents américains. Il a ajouté : « Les instructeurs américains nous formaient à perpétrer quatre attentats a l'explosif dans des écoles ». Au moins sept députés du Parlement géorgien sont détenus à l'aéroport de Minsk, l'un d'entre eux, Kakha Getsadze, étant accusé de préparer un coup d'état en Biélorussie.

En outre, le candidat Alyaksandr Milinkevitch appelle les Biélorusses à descendre dans la rue le soir des élections, le 19 mars à 20 h. Or, le même président de la sécurité a affirmé : « On se prépare non pas à des protestations pacifiques, mais à une action violente avec emploi d'engins explosifs, d'incendies en vue de provoquer le chaos », ajoutant que les personnes qui descendront dans la rue pour essayer de déstabiliser la situation tomberont sous le coup de l'article du code pénal traitant du terrorisme ! Voilà qui fleure bon l'Union soviétique ! Loukachenko n'est donc pas décidé à se laisser faire, mais on s'en doutait.

Face à cette détermination, l'Union Européenne, par la voix de son commissaire aux Affaires étrangères, Benita Ferrero-Waldner, trouve les violations de droit dans la campagne électorale « inacceptables », mais remet au lundi 20 mars la prise de toute décision. Car l'UE sait bien que derrière la Biélorussie, il y a la Russie. Si Loukachenko est souvent pour Poutine un partenaire encombrant, il n'en reste pas moins l'unique avant-poste à l'ouest qui lui reste fidèle, et qui, de plus, coopère activement dans le domaine militaire. L'Europe a besoin des ressources énergétiques de la Russie, aussi elle ne veut pas trop la fâcher.

Gilles Dutertre

NB. Dans un précédent article, il était envisagé de faire un compte-rendu quotidien des derniers jours avant les élections présidentielles biélorusses du 19 mars. Mais les événements et incidents ont été trop nombreux pour pouvoir être suivis au jour le jour. Vous pouvez en avoir une idée en cliquant sur le site de Charte 97 [URL : www.charter97.org/eng/news/]