Le drame de Tchernobyl
2003-04-16

Le drame de Tchernobyl



Une conférence s'est tenue à Paris le 4 mai 2002 sur "La Biélorussie, une tragédie moderne" en marge de l'exposition Signes de Biélorussie (commissaire Michel Wlassikoff).

Le 26 avril 1986, l'explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl plongeait la Biélorussie dans une des plus importantes catastrophes écologiques de l'histoire : 70 % du nuage radioactif s'est déposé sur le territoire national, 2000 agglomérations ont été évacuées dont 500 rasées. Deux millions de personnes sont, à
des titres divers, contaminées. On évalue aujourd'hui entre 600 et 800 000 le nombre de personnes atteintes de vieillissement précoce, tandis que les leucémies infantiles ont augmenté de plus de 100 % et les malformations de plus de 250 %.

De nombreux scientifiques avancent désormais l'hypothèse que 97 % de la radioactivité s'est échappée et non 3 % comme l'affirmaient les autorités soviétiques.

Pour ajouter aux malheurs de ce pays, le régime social et politique semble être un vestige "miraculeusement" conservé de l'ancienne union soviétique. Les formes démocratiques sont vidées de toute substance et les
droits les plus élémentaires sont bafoués.

Le cas du

professeur Yuri I. Bandazhevsky

illustre tristement cette réalité. Cet ancien Recteur de l'Institut étatique de Médecine de Gomel, spécialiste d'anatomie pathologique travaillant sur les
conséquences médicales des radiations sur la santé humaine, est emprisonné depuis le 18 juin 2001 à la section 21 de la colonie pénitentiaire de Minsk pour avoir révélé publiquement la gravité de la situation. Cet emprisonnement a été ordonné au
terme d'un procès tenu en 2001 devant la Chambre militaire de la Cour suprême de Biélorussie qui l'a déclaré coupable de corruption.

Amnesty International considère le Professeur Bandazhevsky comme un prisonnier d'opinion. Le 25 mai 2001, au
dernier jour de son procès devant la Chambre militaire, le Professeur Bandazhevsky a répété le message que son
gouvernement refuse toujours d'écouter : "Je comprends les conséquences des radionucléides sur le corps humain.
J'affirme que la santé de nos citoyens se trouve au bord du désastre."
En 1999, le Professeur Bandazhevsky avait
déploré l'absence de résultats de l'Institut de Recherche Scientifique et Clinique de Minsk, malgré l'injection d'une somme de 17 milliards de roubles par le Ministère biélorusse de la Santé au profit de cet Institut. Fort de son expertise sur les
dommages causés par les radiations, le Professeur Bandazhevsky s'opposait vigoureusement au retour dans les zones contaminées des réfugiés de Tchernobyl chassés de leurs foyers. Son opinion contredisait la version officielle, selon laquelle le
dossier Tchernobyl était clos.

Le Parlement Européen, qui lui a décerné le 7 juillet 2001 son "Passeport pour la Liberté" a
d'ailleurs fait écho à l'opinion du Professeur Bandazhevsky en "invitant le Président Lukachenko à réexaminer la politique gouvernementale consistant à renvoyer les personnes évacuées vers les territoires contaminés".

Le traitement réservé par la Chambre militaire au Professeur Bandazhevsky n'est pas un cas isolé, il relève d'un système de répression aux mains du président biélorusse. Depuis 1996, ce dernier gouverne par décrets, ignorant les nombreux arrêts de
la Cour constitutionnelle concluant à leur inconstitutionnalité.

Le 8 février 2001, la Commission des Droits de l'Homme de
l'ONU a d'ailleurs publié un rapport de M. Cumraswamy sur l'indépendance des juges et des avocats en Biélorussie
concluant sur le fait que : "Le Président de la République a donc un pouvoir discrétionnaire absolu en ce qui concerne la nomination et la révocation des juges".

Alors que la Banque Mondiale s'apprête à réaliser un programme d'aide de trois cents millions de dollars en Biélorussie, notamment pour lutter contre le sida et la tuberculose, il est encore temps de faire pression pour demander la libération du Professeur Bandazhevsky.