Géorgie : Zourab Jvania, homme d'Etat (1963-2005)
2013-11-11

Texte actualisé le 25 novembre 2007

Destinée dramatique d'un homme décédé le 3 février 2005 à 41 ans, fortement impliqué dans la politique menée par Edouard Chevardnadzé (que ce dernier aurait bien vu à sa place à la présidence de la République), précurseur en 2001 de la Révolution des Roses par sa démission de la présidence du Parlement (suite au traitement d'une affaire de corruption), et acteur principal de la politique menée par Mikheil Saakachvili.

Zourab Jvania (Zurab Zhvania en anglais) est né le 9 décembre 1963 à Tbilissi, et y est décédé le 3 février 2005 (1).

Etudes



En 1985 il est diplômé de la Faculté de Biologie de l'Université d'Etat de Tbilissi. De 1985 à 1992, il est chercheur au Laboratoire de physiologie animale et humaine à cette même faculté.

Carrière politique

:

De 1988 à 1993, il préside le Parti des Verts de Géorgie et co-préside l'Association européenne des Partis Verts. En 1991, il s'oppose au mouvement du président Zviad Gamsakhourdia.

De juin à novembre 1992, il co-préside la Commission Ecologie du Conseil d'Etat de Géorgie. Il rejoint en 1993 le mouvement d'Edouard Chevardnadzé, l'Union des Citoyens de Géorgie, dont il devient Secrétaire Général.

De 1992 à 1995, il est membre du Parlement et élu vice-président de la Commission des affaires étrangères. En 1995, il est élu président du Parlement. Il démissionne le 1er novembre 2001 à la suite d'un désaccord sur le traitement d'une affaire de corruption.

En 2002, il fonde l'Union des Démocrates. Lors de la Révolution des Roses, l'Union des Démocrates s'allie avec les Démocrates de Nino Bourdajanadzé et avec le Mouvement National de Mikheil Saakachvili. Le 23 novembre 2003, il est nommé ministre d'Etat par interim (fonction équivalente à celle de Premier ministre) par la Présidente de la République par intérim, Nino Bourdjanadzé.

Après l'élection de Mikheil Saakachvili à la présidence de la République, il devient Premier ministre de la Géorgie en février 2004. Il conduit différents remaniements ministériels équilibrant la présence de ses propres partisans et celle des partisans de Mikheil Saakachvili (2). Il reste Premier ministre jusqu'à sa mort.

Zourab Jvania s'est impliqué dans les évènements d'Adjarie en 2004, qui ont vu le départ d'Aslan Abachidzé et le retour de cette région dans le giron de Tbilissi. Il s'est également impliqué en Ossétie du Sud, où il était perçu comme un modéré, partisan du dialogue et d'une forte autonomie, mais intransigeant quant à l'appartenance territoriale de la région à la Géorgie.

Le lancement des chantiers de modernisation de l'Etat géorgien sont à mettre à son actif, même si les ministres concernés ont été en première ligne (rénovation de la fiscalité, privatisations), ainsi que ceux qui concernent le développement économique.

Personnalité

:

D'ascendance pour partie arménienne, Zourab Jvania avait la réputation de comprendre les minorités ethniques en Géorgie. Marié, il avait 3 enfants, parlait géorgien, russe, anglais et allemand.

- Mikheil Saakachvili : "Je perds mon ami le plus proche, le conseiller le plus avisé et le plus grand de mes alliés".

- Edouard Chevardnadzé : "Homme de talent, exceptionnellement instruit, dont le travail de Premier ministre était un modèle", "S'il était resté à la tête du Parlement en 2001, il serait probablement devenu président".

- Alexandre Rondéli (Fondation Géorgienne des Études Stratégiques et Internationales) : "C'était un homme politique hors pair, à la fois déterminé et courageux, mais ausi expérimenté et souple".

- Paata Zakareishvili (Centre pour le Développement et la Coopération) : "Il était respecté, mais avait aussi des ennemis en politique".

- Thorniké Gordadzé (Institut d'Etudes Politiques de Paris) : "N'étant ni tribun hors pair, ni héros charismatique, ni leader mystique, caractéristiques indispensables pour tout chef politique de premier plan dans le monde post-soviétique, Jvania a tout de même réussi à se maintenir parmi les hommes les plus influents de la Géorgie durant ces dix dernières années", "Doté d'un grand talent politique, d'une apparente froideur et de décontraction, il était devenu le maître incontesté des négociations".

- Margarita Akhvlédiani (journaliste géorgienne) : "Lui, c'était l'éminence grise, pas le leader charismatique".

- Daniel Vernet (journaliste, Le Monde) : "Son intelligence politique et sa connaissance des méandres de la scène géorgienne, où il avait fait ses premières armes voilà quinze ans, étaient précieuses pour le jeune président entré plus récemment dans la vie politique".

Notes

:

(1) Au matin du 3 février 2005, Zourab Jvania est retrouvé mort dans un fauteuil par son garde du corps, apparemment empoisonné au monoxyde de carbone émis par un chauffage au gaz défectueux. Raoul Iousoupov, adjoint au gouverneur de la région de Kvémo-Kartlie, chez qui il était, est retrouvé mort dans la cuisine. Après enquête par les autorités géorgiennes, et contre-enquête avec l'appui du FBI, la version de l'empoisonnement est confirmée officiellement. Des rumeurs, entretenues par le frère de la victime en 2005 et par Edouard Chevardnadzé en 2006, font état d'une mort qui n'aurait pas été accidentelle. En septembre 2007, Irakli Okrouachvili, ancien ministre de l'Intérieur et de la Défense, fait état publiquement de la mort de Zourab Jvania dans un autre lieu que celui où fut retrouvé le corps : il est emprisonné et libéré après s'être rétracté.

(2) Les ministres partisans de Zourab Jvania, comme Guiorgui Baramidzé et Zourab Nogaideli, sont à l'origine plus expérimentés que les partisans de Mikheil Saakachvili, comme Irakli Okrouachvili, Zourab Adéichvili, voire Guéla Béjouachvili.

*

Sources multiples :

- biographie officielle,

- médias géorgiens dont Civil Georgia.


Voir aussi

:

-[URL : 1678]

-[URL : 1679]

-[URL : 2301]