Hongrie : bilan de quatre ans de pouvoir du Parti socialiste
2006-03-28

Deux premiers ministres durant la session 2002-2006



Ferenc Gyurcsany (MSZP) a succédé à Péter Medgyessy au poste de Premier ministre en septembre 2004. Ce dernier, ministre des Finances de 1996 à 1998 sous le gouvernement de coalition socialiste-libérale de Gyula Horn et n'appartenant à aucune formation politique, a démissionné de ses fonctions le 25 août 2004 après la crise qui l'a opposé aux formations de sa coalition gouvernementale à la suite de la défaite du Parti socialiste aux élections européennes du 13 juin 2004. Après le scrutin européen, Ferenc Gyurcsany, à l'époque ministre de la Jeunesse et des Sports, a présenté sa démission à Péter Medgyessy qui lui a alors demandé de patienter jusqu'au prochain remaniement ministériel par lequel il souhaitait remplacer le ministre du Travail et de l'Emploi, Sandor Burany (MSZP), et le ministre de l'Economie, Istvan Csillag (SZDSZ). Mais ce dernier, soutenu par sa formation, a refusé de quitter le gouvernement. Péter Medgyessy a alors pris la décision de le révoquer. L'Alliance des démocrates libres a immédiatement annoncé qu'elle retirait sa confiance au Premier ministre. Le 25 août 2004, Péter Medgyessy démissionnait de ses fonctions et était remplacé par Ferenc Gyurcsany.

Ancien consultant financier puis fondateur de la société Altus, le Premier ministre, âgé de quarante-quatre ans, fait partie des cent hommes les plus riches de Hongrie. Adhérent du Parti socialiste depuis l'année 2000, il a été nommé trois ans plus tard ministre de la Jeunesse et des Sports dans le gouvernement de Péter Medgyessy. En février dernier, 46% des personnes, interrogées par l'institut Szonda Ipsos Median, déclaraient avoir une image positive de Ferenc Gyurcsany, contre 41 % qui étaient d'un avis contraire.

Le bilan de quatre ans de pouvoir du Parti socialiste



Dans son discours sur l'état de la nation prononcé devant le Parlement et retransmis à la télévision, Ferenc Gyurcsany a dressé fin janvier le bilan de son gouvernement. Le Premier ministre s'est félicité de la hausse des investissements et des salaires (le salaire moyen est en Hongrie d'environ six cent cinquante euro), ainsi que de la baisse des impôts et de l'inflation (3,6 % en 2005). "La hausse des salaires, à un niveau jusqu'ici inconnu en Hongrie, a bénéficié à la majorité de la société" a-t-il affirmé, soulignant que, dans le même temps, les pensions de retraite s'étaient élevées de 25 %

L'augmentation de 50 % des salaires des personnels de la santé et de l'éducation a été l'une des premières mesures du Parti socialiste à son arrivée au pouvoir le 21 avril 2002. Les gouvernements sociaux-démocrates ont également baissé les impôts (la loi de finances 2006 adoptée en décembre dernier a entériné une nouvelle réduction des impôts de quatre milliards d'euro sur cinq ans), l'impôt sur le revenu est ainsi passé de 40 % en 2002 à 36 % et a été supprimé sur le salaire minimum. "Nous sommes entrés dans l'ère de la stabilité du forint, nous avons ramené le taux de TVA de 25 % à 20 % et baissé les impôts indirects" a déclaré Ferenc Gyurcsany. S'exprimant également sur ("les choses dont il n'est pas fier", le Premier ministre a évoqué le déficit public (6,1 % du PIB en 2005), le taux de chômage (7,3 % de la population active en 2005) et la réforme inachevée de l'administration publique (la Hongrie emploie huit cent trente mille fonctionnaires, soit seulement cent soixante dix mille de moins qu'en 1989).

Dans son discours, Ferenc Gyurcsany a également mis en avant les grands travaux développés par son gouvernement. "Nous construisons cinq autoroutes en même temps pour relier la campagne à la capitale Budapest", a-t-il déclaré, soulignant que le développement de ces infrastructures "n'était pas une dépense inutile mais un investissement pour l'avenir". La Hongrie était, avant 1989, quasiment dépourvue d'autoroutes alors que le pays constitue, par sa situation géographique, un axe important par lequel transitent vers l'Allemagne et l'Autriche de nombreuses marchandises en provenance de Grèce et de Turquie. Le Premier ministre a accéléré le programme de construction d'autoroutes. La liaison avec la Croatie et la construction de l'autoroute, permettant le contournement de Budapest, devraient être achevées prochainement.

Les analystes politiques et économiques se disent inquiets des promesses électorales émanant tant de la coalition au pouvoir que des forces de l'opposition dans la perspective des élections législatives des 9 et 23 avril prochains. En dépit de la croissance du PIB (4 % en 2005), ils considèrent que de trop nombreux cadeaux électoraux ont été faits ces dernières années, par les forces de droite (prêts immobiliers à taux bas financés par l'Etat pour l'Alliance des jeunes démocrates en 2002) comme par celles de gauche (augmentation des salaires et des pensions de retraite, aides aux entreprises d'Etat durant ces quatre dernières années). Ces cadeaux, s'ajoutant aux lourdes dépenses structurelles, ont mis en danger les comptes. La dette publique atteint 60 % du PIB et son déficit budgétaire est en constante augmentation. "Depuis 2002, le gouvernement n'arrête pas de prendre des mesures populistes", estime Laszlo Csaba, professeur à l'université d'Europe centrale de Budapest, pour qui le coût de ces mesures représenterait près de 3 % du PIB.

L'assainissement des comptes publics devra donc être l'une des priorités du prochain gouvernement. La Hongrie doit en effet absolument parvenir à un déficit budgétaire inférieur à 3 % en 2008 si elle souhaite pouvoir adopter l'Euro deux ans plus tard. La Commission européenne a récemment rappelé aux autorités les efforts qu'elles avaient à faire pour tenir leurs engagements et leur a demandé de présenter en septembre prochain un plan de réduction de son déficit budgétaire. Les deux principales formations se sont engagées en faveur d'une politique de soutien à l'activité et de lutte contre le chômage, une politique qui ne laisse pas présager d'une réduction des dépenses de l'Etat. L'Alliance des jeunes démocrates a déjà déclaré que 2016 lui semblait une date plus appropriée pour que la Hongrie rejoigne l'Union économique et monétaire et adopte la monnaie unique.

Corinne Deloy/Fondation Robert Schuman - 6 mars 2006