La présidentielle de l'automne 2006 en Bulgarie : une élection sans surprises ?
2012-03-15

À quelques mois des élections présidentielles en Bulgarie, prévues à l'automne 2006, les sondages donnent l'actuel président G. Parvanov largement réélu. Faut-il pour autant en conclure que les jeux sont faits ? Rien n'est moins sûr. En quelques mois, la situation politique intérieure s'est délitée et le préféré des sondages - aujourd'hui - pourrait éventuellement se retrouver - demain - en position de « bouc émissaire » des frustrations d'une opinion publique désenchantée qui a déjà montré qu'elle était versatile. La chance du président sortant : une droite désunie et décrédibilisée ! Sa crainte : l'irruption d'un « cavalier blanc » capable de faire une bonne campagne populiste !

Dans les semaines qui viennent, plusieurs candidatures - déclarées, attendues ou potentielles - pourraient donc venir bouleverser les pronostics et renouveler les termes de la compétition. De plus, il faut attendre le rapport de l'Union européenne, prévu pour le 16 mai, dans la mesure où celui-ci devrait préconiser, soit l'adhésion pleine et entière du pays au 1er janvier 2007, soit son report au 1er janvier 2008. La teneur de ce rapport - et de ses probables réserves - pourrait avoir une influence directe sur l'orientation de la campagne électorale et le choix définitif des Bulgares. Cf. [URL : 2156].

Candidatures déclarées et candidatures potentielles



L'évidence Parvanov !



À gauche, il ne peut y avoir qu'une seule candidature naturelle : celle du président sortant. Cf. [URL : 2155]. Lors d'un récent entretien avec la presse, le Premier ministre, qui est également le chef du parti socialiste, a évoqué cette candidature comme une évidence et il est certain que tout le parti va se mobiliser dans les mois qui viennent pour assurer la réélection du président Parvanov à l'automne. Le BSP dispose d'une relativement bonne organisation dans tous le pays - héritage du défunt parti communiste bulgare - et de moyens financiers à la hauteur de ses ambitions électorales. Il dispose de plusieurs ministres et vice-ministres au gouvernement pour montrer que le parti s'implique concrètement dans les changements fixés. Cependant, du fait des engagements pris auprès des organisations financières internationales et auprès de l'Union européenne, le gouvernement risque de se trouver limité sur le plan budgétaire pour tenir les principales promesses électorales de la campagne des législatives 2005.

Dans sa course à la réélection, le BSP devrait également disposer d'un « allié » de poids, le DPS, même si cet allié - électoralement indispensable mais politiquement encombrant à bien des égards - aura tendance à faire monter les enchères au fil des mois. Ce dernier pourra-t-il aller (c'est une supposition provocatrice) jusqu'à revendiquer - en parole tout au moins - le poste purement honorifique de vice-président de la République ou bien se contentera-t-il, ce qui est beaucoup plus vraisemblable, d'engagements très concrets en faveur des multiples intérêts du parti, tant sur le plan local que national ? Le débat électoral ne fait que commencer et le DPS ne s'est pas privé de lancer déjà par l'intermédiaire de la presse quelques « petites phrases » sans équivoque. Il faudra compter avec lui dans les prochains mois surtout qu'il est le seul parti politique qui n'a pas besoin de présenter un candidat à la présidentielle pour exister politiquement.

Qu'on le reconnaisse officiellement ou pas, le DPS est désormais en situation de force sur l'échiquier politique bulgare et son leader charismatique - auprès de son électorat du moins -, Ahmed Dogan, est un fin politique. C'est son parti charnière - et son électorat obéissant - qui peuvent faire et défaire les présidents. G. Parvanov le sait d'autant plus que les analyses post-électorales ont montré qu'il devait une large partie de sa victoire au deuxième tour, en 2001, aux électeurs de ce parti, qui l'ont finalement préféré au candidat de la droite. La participation du DPS à l'actuelle coalition gouvernementale est violemment contestée par le mouvement extrémiste Ataka. Trop de concessions au DPS pourraient être contre-productives sur le plan électoral, surtout qu'une frange du parti socialiste considère toujours ce mouvement comme un « parti ethnique » et donc constitutionnellement illégal (1).

L'improbable candidature de Siméon II



En 2001, l'ancien monarque a réussi un tour de force politique : créer un mouvement politique, gagner confortablement les élections législatives et devenir, dans la foulée, Premier ministre. Après quatre ans d'exercice et un bilan positif - sur les plans économique et international du moins - l'usure du pouvoir a fait son œuvre. Siméon de Saxe-Cobourg a globalement déçu l'opinion publique, qui ne voit plus en lui le « recours » qu'il incarnait quatre ans auparavant. Les miracles, surtout en politique, se reproduisent rarement. Sa cote de popularité est désormais plus basse que celle qu'il obtenait quand il était aux affaires.

Il faut dire que l'ancien monarque, dont la démarche politique visait à réconcilier les Bulgares après dix ans d'affrontements bipolaires, s'est attiré de facto quelques haines féroces : de la classe politique en général, de la presse, avec qui il a toujours eu des relations difficiles, et d'une grande partie de l'intelligentsia. Il est attaqué à la fois sur sa gauche et sur sa droite. Cet « acharnement croisé » est à la mesure des angoisses et des ressentiments qu'il continue de susciter.

Aujourd'hui à gauche, on se souvient que l'objectif initial de Siméon était de se présenter aux élections présidentielles de l'automne 2001. À l'époque, la Cour constitutionnelle avait décidé qu'il ne remplissait pas une condition inscrite dans la constitution : avoir vécu cinq ans dans le pays (2). C'est devant cette impossibilité qu'il avait alors créé un parti et s'était lancé dans la bataille des législatives de juin 2001, avec le résultat que l'on connaît. Le PSB peut toujours craindre que l'ancien monarque décide - si les circonstances lui redevenaient favorables - de se lancer dans cette nouvelle compétition présidentielle. Il reste un concurrent potentiel qu'il faut écarter pour ne prendre aucun risque.

À droite, Siméon est perçu comme le « fossoyeur » du mouvement qui se présentait devant l'opinion comme la seule alternative aux « communistes » du PSB. Non seulement il est tenu pour responsable de la défaite électorale de l'ancien Premier ministre I. Kostov, qu'il a écrasé aux législative de juin 2001, mais encore de la non-réélection du président Stoyanov, qui fut battu par l'actuel président Parvanov à l'automne de la même année (cf. [URL : 1773]).

On ne s'étonnera donc pas que la classe politique - de droite et de gauche - ait de solides ressentiments à son endroit. Difficilement attaquable sur le plan purement politique - c'est-à-dire sur son bilan au cours de la précédente législature - ses ennemis ont décidé de l'attaquer sur un point susceptible de le discréditer dans l'opinion : les biens qu'il a récupérés en sa qualité d'héritier de la couronne bulgare. Pour être bref, on lui reproche des « restitutions de biens » qui ne feraient pas la distinction entre biens de la famille royale et biens de la monarchie (donc, sous-entendu, propriété de l'État). Le biais est perfide car « le droit » en la matière peut être exploité de manière polémique quand il s'oppose à ce que l'opinion perçoit comme « le juste ». Le BSP avait déjà dans sa manche un projet de loi en ce sens, mais sa victoire limitée aux élections législatives de 2005 et son obligation de former une coalition gouvernementale avec le parti de Siméon l'ont empêché de le faire examiner par le Parlement. Une commission parlementaire vient d'être formée (à la proportionnelle des groupes) pour examiner les pièces du dossier et rendre un rapport. On peut imaginer que cette procédure servira de moyen de pression vis-à-vis de l'ancien monarque, si tant est qu'il ait vraiment la volonté de se présenter. L'opinion publique bulgare étant ce qu'elle est, une campagne de presse hostile à Siméon II, habilement orchestrée, serait de nature à ruiner ses chances de succès. Sensible à sa réputation, notamment sur le plan extérieur, il est certain que l'ancien monarque ne relèvera ce nouveau défi que s'il est sûr de le gagner. Ce n'est pas le cas aujourd'hui.

Il n'est pas certain, toutefois, que le monarque ait dit son dernier mot dans cette future élection présidentielle, car il existe une alternative. La présentation par son parti d'un candidat - ou d'une candidate - pourrait brouiller les cartes et créer la surprise. Le NDSV devra trancher une question préalable : les membres de l'actuelle coalition gouvernementale tripartite - dirigée par le parti socialiste - doit-elle obligatoirement soutenir le candidat du parti socialiste ? Dans l'affirmative, ce serait certainement un gros sacrifice politique en termes de visibilité du NDSV dans l'opinion. On peut également se poser la question de savoir ce qu'il obtiendrait en échange, sur le plan politique évidemment.

L'inéluctable échec d'une droite divisée et décrédibilisée



Même si la « droite » bulgare réussissait le pari de présenter un candidat unique aux futures élections présidentielles - comme elle prétend vouloir le faire - les sondages actuels sont terriblement cruels. Ce candidat ne rassemblerait qu'environ 7 % des suffrages au premier tour et serait écarté du second.

Certes, l'indication fournie par ces premiers sondages est d'autant moins fiable que les négociations entre les alliés d'hier ne font que débuter. On peut penser que les sondages pourraient donner des indications différentes si un candidat était finalement désigné, non pas tant comme « le plus petit commun diviseur » d'une droite irréconciliable mais pour des qualités intellectuelles, morales et politiques incontestables. Si cette personne dispose d'une certaine notoriété, les citoyens pourraient se déterminer d'autant plus rapidement dans les prochains sondages. Si tous les partis qui se réclament de la droite, sans arrière-pensées, se rangent alors derrière ce candidat pour faire une campagne positive sur un programme proche des préoccupations des gens, le « candidat de la droite unie » aurait dès lors quelques chances de figurer plus honorablement dans les prochains sondages pré-électoraux.

Cela fait beaucoup de conditions pour une candidature unique de la droite bulgare. Et ce candidat peut-il même exister ? Il est permis d'en douter, quand on connaît les haines recuites qui séparent désormais les deux principaux protagonistes de cette droite moribonde : P. Stoyanov, l'ancien président de la République, pour l'ODS et I. Kostov, l'ancien Premier ministre, pour le DSB. D'autre part, si un tel candidat rassembleur existait, on peut douter que les différents partis de cette droite bulgare puissent se mettre d'accord pour proposer - en quelques semaines - un programme attractif.

Peut-on, dès lors, parler des chances d'un futur candidat unique de la droite - qui n'existe toujours pas - ou doit-on d'ores et déjà parler des divers candidats potentiels de la droite se présentant pour ce qui ne serait alors que des « candidatures de témoignage » ?

P. Stoyanov, manifestement plus soucieux de préserver son poste de président de son parti, qui lui permet d'exister politiquement, a indiqué qu'il ne se présenterait pas, pour ne pas donner l'impression qu'il cherche une revanche sur son successeur à la présidence de la République. Il sait surtout qu'il n'a pas la capacité d'atteindre son score précédent de l'automne 2001 et qu'il serait obligé de s'appliquer la sanction qu'il préconisa publiquement à l'égard de Nadejda Mihailova, la précédente présidente du parti, lors de l'échec des élections législatives de 2005, qui fut contrainte à la démission.

Quant à I. Kostov, il semble qu'il n'ait jamais vraiment assimilé - politiquement du moins - la dimension de sa défaite aux élections législatives de juin 2001 et qu'il n'en ait tiré les conséquences. Il se contente, depuis lors, d'un positionnement de « recours » hypothétique d'une « droite » qui n'existe plus.

À sept mois de l'échéance, est-il important de citer les noms d'autres candidats potentiels de la droite bulgare ? On ne le pense pas, dans la mesure où ils ne pourront figurer dans cette course, de toute façon, qu'au titre de la manifestation visible d'une certaine droite défunte, tant leurs objectifs semblent se limiter à grappiller quelques milliers de voix pour manifester, si ce n'est une existence politique, du moins une capacité de nuisance.

La tentation extrémiste : Volen Siderov



Sauf empêchement, Volen Siderov, le leader du Rassemblement national Ataka, se présentera aux élections présidentielles de 2006. L'émergence de ce mouvement extrémiste lors des élections législatives de juin 2005 (3) a été un choc pour la classe politique bulgare, qui n'avait rien vu venir.

Même si ce rassemblement hétéroclite semble avoir atteint un palier électoral - si ce n'est une certaine limite - le mouvement Ataka pourrait de nouveau créer la stupéfaction à l'automne 2006 en se transformant en exutoire protestataire de ce que la Banque mondiale appelle dans ses volumineux rapports sur les pays post-communistes les « perdants des réformes », autrement dit, les perdants de la transition. Cette catégorie de la population, il faut le répéter, constitue encore une majorité au sein de l'électorat bulgare, même si elle a tendance à se résorber petit à petit depuis quelques années. Elle recrute sans distinction de niveau social ou culturel, d'âge ou d'appartenance idéologique.

Comme le disent avec retenue plusieurs observateurs bulgares, soucieux de l'image du pays véhiculée à l'étranger, V. Siderov est une « personnalité complexe » (slojna litchnost) dans le paysage politique national. Pour ses plus farouches opposants politiques, qui ne s'embarrassent pas de circonlocutions oratoires, c'est un « dangereux paranoïaque » qui exploite le créneau du national-populisme. Pour ses supporters, c'est au contraire le « rédempteur » de la Bulgarie et le « libérateur » des « vrais » Bulgares. Il portera bientôt l'estocade fatale aux profiteurs et prévaricateurs de la classe politique qui pillent le pays depuis quinze ans.

V. Siderov, cinquante ans, est aujourd'hui député. Jeune, il aurait commencé des études supérieures dans un séminaire orthodoxe. Dans les années 1980, on le retrouve photographe au musée de la littérature bulgare. Au début des années 1990, il se lance dans le métier de journaliste (4). Il arrive à se faire nommer au poste de rédacteur en chef du quotidien de l'opposition anti-communiste Democratsia (5). Après en avoir été exclu, on le retrouve au groupe de presse 168 heures, puis rédacteur en chef adjoint du journal Monitor d'où, selon la rumeur, il aurait été licencié pour les idées racistes et antisémites qu'il propage dans ses livres (6).

Sur le plan politique, il fait déjà preuve d'un certain opportunisme et tente sa chance auprès de plusieurs partis politiques. En 2001, il aurait vainement postulé pour prendre la tête de liste du NDSV dans la région de Yambol. En 2003, il est candidat à la mairie de Sofia pour le minuscule parti agrarien de Yané Yanev, qui fait aujourd'hui partie de la coalition de l'ODS. Début 2005, il se rapproche de l'autre figure du « populisme à la bulgare » : George Gantchev (7).

Ses ambitions politiques vont s'affirmer au fur et à mesure qu'il anime un talk-show sur une chaîne câblée, SCAT-TV, qui lui a servi - et continue de lui servir - de caisse de résonance pour son discours « anti-tout » (8). Avec son émission intitulée Ataka, qui remporte un vrai succès d'audience, il rode ses arguments auprès de l'opinion. Il a trouvé un « créneau porteur », qu'il va parfaitement savoir exploiter lors des élections législatives de juin 2005.

Mais, à y bien réfléchir, un « succès » de V. Siderov au premier tour des élections présidentielles de 2006 est-il si défavorable au président sortant ? Cette hypothèse catastrophe conduirait immanquablement l'ensemble des forces politiques à soutenir le président Parvanov au deuxième tour pour « faire barrage au fascisme ». Se dessinent alors les contours du scénario roumain de l'élection présidentielle de novembre-décembre 2000, où le président Ion Iliescu avait dû affronter l'extrémiste Corneliu Vadim Tudor (9) au second tour du scrutin ou encore le scénario français de 2002, où J. Chirac avait affronté J-M. Le Pen.

La déliquescence actuelle de la droite bulgare incite à ne pas prendre cette supposition à la légère. Un récent sondage indique même que V. Sidérov - avec 8 % des voix seulement, il est vrai - ferait mieux qu'un éventuel candidat unique de la droite qui n'obtiendrait que 7 %. L'écart est faible, certes, mais c'est une tendance qui, si elle se confirmait, est inquiétante.

Sans aller jusqu'à prendre en considération ce qui commence à se murmurer à Sofia, et qui va manifestement trop loin - c'est-à-dire que la candidature de V. Siderov est de nature à assurer la victoire du président sortant au second tour - les observateurs seront attentifs aux positionnements politiques des uns et des autres et à d'éventuelles surenchères au cours de la campagne électorale. L'électorat hétérogène de V. Siderov fait des envieux et, à défaut de savoir garder un électorat sur le long terme, certains savent désormais - quitte à jouer les apprentis sorciers - comment attirer celui-ci.

La presse bulgare n'a pas manqué de souligner la courtoisie avec laquelle le maire de Sofia, B. Borisov, aurait facilité une manifestation importante d'Ataka le 3 mars, le jour de la fête nationale bulgare. Si V. Siderov ne suscite aucune sympathie au sein de la classe politique bulgare, son électorat flottant pourrait attirer les convoitises.

L'étrange Monsieur Borisov



Le parcours personnel et politique du « général » Boïko Borisov (10) est pour le moins étonnant. Cette success story à la bulgare révèle - en creux pourrait-on dire - une dimension essentielle de l'instabilité chronique du système politique bulgare : la propension de l'électorat à favoriser le choix d'un individu « charismatique » au détriment d'un choix politique et programmatique. Héritage du passé et méfiance viscérale à l'égard des programmes qui promettent « des lendemains qui chantent » ou résultat de l'immaturité d'une population privée de points de repère démocratiques et qui réagit de manière émotionnelle ? C'est en tout cas un rude constat pour l'ensemble des partis politiques qui essayent de « coller » au modèle occidental. Ce ne sont pas, en effet, les mesures qui sont proposées pour résoudre les problèmes qui semblent intéresser l'opinion, mais plutôt un individu qui, charisme aidant, va dire ce que l'opinion a envie d'entendre, dans un environnement qu'elle ne comprend plus. La critique a déjà été faite, en son temps, à l'égard de Siméon II et de son « discours populiste » de 2001, dont la presse - notamment étrangère - s'était fait l'écho. Alors, après le retour de « l'enfant roi » qui allait faire des miracles, faut-il craindre l'arrivée d'un « jeune et beau général » (11) qui va remettre de l'ordre ?

Pour certains, son passé rend le personnage « sulfureux », pour d'autres, il est l'exemple type de l'homme honnête qui fait son devoir - là où il se trouve - de manière consciencieuse et tenace. Désormais en tête de tous les sondages de popularité, celui qui est devenu récemment le nouveau maire de Sofia, fait désormais figure d'outsider dans la course à la présidence. Même s'il s'en défend, il n'est pas à exclure qu'il déclare sa candidature dans quelques semaines. L'annonce de la création en juin ou en juillet d'un « parti » serait un signe manifeste dans cette direction. B. Borisov représente d'ailleurs actuellement la seule « candidature potentielle » dangereuse face au président sortant.

De prime abord, la tentative n'est pas gagnée d'avance dans la mesure où, toujours d'après les sondages, si les électeurs avaient à départager les candidats Parvanov et Borissov lors d'un second tour des présidentielles, 41 % voteraient en faveur du président sortant contre 31 % pour le général Borissov. Mais nous sommes en mars 2006 et l'élection aura lieu à l'automne. La dynamique politique qui est en train de se mettre en marche semble pourtant plus en faveur du général que du président sortant. Surtout si une partie de la droite venait à le soutenir.

Après ses études secondaires, le jeune Borisov a rejoint l'Académie du ministère de l'Intérieur, mais seulement au sein du département Prévention et lutte contre les incendies. En effet, comme son grand père avait été liquidé par les communistes lors de leur arrivée au pouvoir après la guerre, il était catalogué comme « fils d'ennemi du peuple » et ne pouvait pas prétendre rejoindre l'un des deux autres départements, Police et Renseignement, réservés aux candidats plus sûrs politiquement. La presse bulgare s'est fait l'écho de rumeurs selon lesquelles il aurait été un agent de la sinistre Darjavna Sigournost (DS), la police politique communiste, au sein de la 6e Direction chargée de la surveillance de la communauté bulgare d'origine turque. Il aurait été également chargé de la protection de Todor Jivkov, l'ancien secrétaire général du parti communiste bulgare, mais seulement après que celui-ci ait été écarté du pouvoir.

C'est en sa qualité de directeur d'une entreprise privée de sécurité prospère qu'il fait la connaissance de Siméon II, qui prépare son retour en Bulgarie. À ce moment là, chargé de sa protection rapprochée, on peut le voir sur de nombreuses photos parues dans la presse, juste derrière l'ancien monarque. Il assure cette fonction de « garde du corps » jusqu'à sa nomination en 2001 par Siméon II, devenu Premier ministre, comme secrétaire général du ministère de l'Intérieur avec le grade de « général ». À ce poste-clé, B. Borisov va faire régulièrement la une de la presse bulgare, notamment avec des déclarations fracassantes sur les « insuffisances » du système judiciaire et surtout sur l'incompétence de nombreux magistrats qui relâcheraient les criminels arrêtés par la police. Sa notoriété auprès de l'opinion va aller crescendo au fil des mois, jusqu'à dépasser celles du Premier ministre et du président de la République.

Ses ennemis - assez nombreux et d'horizons politiques divers - ne manquent pas de chercher à l'atteindre par des révélations sur son passé ou sur ses fréquentations « douteuses », notamment avec le dénommé Roumen Nikolov, son ancien collègue au ministère de l'Intérieur, « recyclé » depuis 1989 dans diverses entreprises liées au crime organisé. Par son action au ministère de l'Intérieur, B. Borisov a manifestement gêné certains milieux où gravitaient les élites prédatrices bulgares. En 2003, à la suite d'une campagne de presse, il présente même sa démission au Premier ministre qui la refuse. En sa qualité de secrétaire général du ministère, il a pu, il est vrai, nouer des contacts avec de nombreux hauts responsables étrangers chargés de la lutte contre la criminalité - aux États-Unis comme en Europe - qui ont apprécié globalement son action, si ce n'est son efficacité dans le traitement de certaines affaires. À l'étranger, le général B. Borisov n'est donc pas un inconnu.

Lors des élections législatives de juin 2005, comme la loi le permet, le mouvement de Siméon II le place comme tête de liste dans deux circonscriptions. La rumeur court qu'il ferait l'objet d'un « contrat » commandité par la pègre d'un pays voisin. Le candidat suspend alors sa campagne et compte sur sa notoriété pour convaincre les électeurs. Il est élu triomphalement, mais démissionne immédiatement de son mandat de député, en disant que la politique ne l'intéresse pas (13). Les motifs exacts de sa rupture avec le NDSV et l'ancien monarque ne sont pas très clairs.

Quelques mois après sa démission du Parlement, il se présente en candidat « indépendant » aux élections municipales partielles organisées à Sofia. Le lendemain de son élection, sa première action - devant les caméras de la télévision bien sûr - sera de faire reboucher par les services techniques de la ville quelques uns des nombreux « nids de poules » qui parsèment l'un des principaux boulevards de Sofia et exaspèrent depuis longtemps les automobilistes. Au delà de ces quelques anecdotes - révélatrices quand même du personnage - il est intéressant de noter que le candidat « indépendant » B. Borisov a bénéficié d'un excellent report des voix des électeurs centristes du NDSV et de ceux des différents partis de droite (14) lors de ces élections municipales partielles. L'effet « Tous contre le BSP ! » semble avoir remaruablement marché en sa faveur et pourrait être de bonne augure pour lui lors d'une éventuelle échéance électorale plus importante

François Frison-Roche , chargé de recherche au CNRS (CERSA - Université Paris 2)/manuscrit clos le mercredi 29 mars 2006.


Notes




- (1) Voir l'article 11, alinéa 4 de la constitution.
- (2) Voir l'article 93, alinéa 2 de la constitution et la décision de la cour constitutionnelle n° 3 du 8 février 2001, A.C. n° 16/2000.
- (3) Voir notre article [URL : 1935]
- (4) En 2000, alors qu'il est au journal «Monitor », il aurait reçu un prix de journalisme décerné par l'Union des journalistes bulgares.
- (5) Sur cet aspect des choses, étonnant à bien des égards, on peut lire l'interview de Yordan Vasiliev, l'ancien directeur de Democratsia sur : [URL : www.standartnews.com/archive/2005/08/17/english/interview/index.htm]
- (6) En 2002, V. Siderov écrit un livre, « Le boomerang du mal », qui fait l'apologie du racisme et de l'anti-sémitisme.
- (7) G. Gantchev a été le candidat populiste des années 1990 en Bulgarie. Ancien escrimeur, il est candidat aux élections présidentielles de 1992, où il obtient 16, 77 % des voix ; de 1996, où il progresse à 21, 87 % et de 2001, où il retombe à 3, 36 %. En 1991, il fonde un mouvement politique, le BBB (Bizness blok bulgare) qui remporte 1, 3 % des voix (aucun siège), puis 4, 7 % en 1994 (13 sièges) et 4, 9 % en 1997 (12 sièges).
- (8) Voir notre article « Ataka, décryptage d'un radicalisme à la bulgare » (en deux parties) sur : [URL : http://newropeans-magazine.org/index.php?option=com_content&task=view&id=2685&Itemid=86] et [URL : http://newropeans-magazine.org/index.php?option=com_content&task=view&id=2685&Itemid=86]
- (9) Le président I. Iliescu avait gagné les élections avec 66, 83 % des suffrages exprimés contre 33, 17 % à son concurrent.
- (10) Boïko Metodiev Borisov est né le 13 juin 1959 à Bankia près de Sofia. Il est diplômé de l'École supérieure du ministère de l'Intérieur en 1982, spécialité : Prévention et lutte contre les incendies. De 1985 à 1990, il poursuit ses études dans la même structure, devenue l'Académie de police, dans laquelle il soutient un mémoire sur « L'entraînement psychologique et physique au sein du commandement opérationnel ». Il est ensuite « chef de département » dans cette Académie. En 1990, il quitte le ministère avec le grade de major. En 1991, il crée la société de sécurité Ipon 1. Il est 5e dan de karaté et a participé à de nombreux tournois à partir de 1978. Il a été entraîneur de l'équipe nationale de cette spécialité. Divorcé, il a une fille.
- (11) Il y a quelques années, une certaine presse a élu le général Borisov, homme le plus « sexy » de l'année.
- (12) Candidat « indépendant », B. Borisov a été élu maire de la capitale bulgare le 6 novembre 2005, au second tour du scrutin, avec 68, 5 % des suffrages exprimés (223.577 voix) contre 31, 5 % à la socialiste T. Dontcheva. La participation s'est élevée à seulement 30, 41 % (326.381 suffrages valides). Cette élection a été organisée pour poursuivre jusqu'à son terme normal le mandat de l'ancien maire démissionnaire, c'est-à-dire 1 an et 1/2 environ.
- (13) Dans la mesure où le cumul des mandats n'est pas autorisé, le maire de Sofia a dû donner sa démission après avoir été élu au Parlement.
- (14) Selon les analystes, il aurait obtenu environ 78 % des voix des électeurs du NDSV, 89 % des voix de l'ODS et 70 % des voix du DSB.








Voir aussi :
- [URL : 2155]
- [URL : 2156]