Le cas Akmatbaiev fragilise le pouvoir kirghize (avril 2006)
2010-04-08

Un air de déjà vu souffle sur Bishkek, la capitale kirghize. Le vendredi 28 mars, environ 1500 manifestants sont descendus dans la rue pour protester contre une décision de la commission électorale centrale (CEC). La candidature de l'homme d'affaires Ryspek Akmatbaiev aux élections législatives partielles du 9 avril prochain a été rejetée par la CEC.

Ces élections anticipées ont été mises en place pour trouver un successeur à Tynychbek Akmatbaiev, frère de Ryspek. Pour la CEC, Ryspek Akmatbaiev, ayant vécu ces cinq dernières années à l'étranger, ne remplit pas les conditions légales pour participer à la course à la députation. Son passé trouble et controversé d'homme d'affaires et son casier judicaire chargé ne plaident pas en sa faveur. Ses partisans, pour la plupart venus de sa région d'origine, se sont établis devant le siège du gouvernement.

Dans la timbale des revendications, ils ont ajouté la démission de Félix Koulov, premier ministre en exercice, l'accusant d'être l'instigateur de cette décision contre Akmatbaiev. Depuis le mois de janvier, les deux hommes sont en guerre : Koulov accuse Akmatbaiev de vouloir déstabiliser le pays. Ce dernier rétorque en impliquant publiquement le premier ministre dans le meurtre de son frère, intervenu lors d'un soulèvement dans une prison en octobre 2005.
Une cour de district, saisie sur cette affaire, a donné raison à Atmatbaiev, mais la CEC a immédiatement fait appel.

Anecdotiques, ces démêlés électoraux n'en sont pas moins significatifs de l'ambiance qui règne au Kirghizistan. Le pouvoir, affaibli par une année passée à jouer aux « sapeurs pompiers », comme l'a déclaré le président Bakiev, doit faire face à une montée des actes de protestations, certains fomentés par l'ancienne équipe dirigeante. Kourmanbek Bakiev est intervenu vendredi, lors d'une allocution télévisée, pour ramener le calme dans le pays, et ce, à la demande des manifestants. Il a assuré que les autorités kirghizes « contrôlaient la situation » et critiqué les membres du gouvernement qui privilégient, selon lui, la répression plutôt que le dialogue. Cette attitude démontre à quel point Bakiev prend ses distances avec son partenaire d'hier, Félix Koulov. L'arrangement qui les avaient unis lors des élections présidentielles de 2005 se fissure un peu plus chaque jour, alors que la colère se cristallise autour du premier ministre.

L'issue du conflit n'est pas simple. En soutenant la position de la commission électorale, le pouvoir prend le risque d'attiser la colère des partisans d'Akmantbaiev et de renforcer l'instabilité dans le pays. En allant outre cette décision et en permettant à l'ex-homme d'affaires de se présenter le 9 avril prochain, il discrédite les institutions, et par ricochets, sa propre légitimité.