La coalition gouvernementale des forces de gauche devance de peu l'opposition de droite au premier tour des élections législatives en Hongrie (9 avril 2006)
2010-04-19

La coalition gouvernementale des forces de gauche, actuellement au pouvoir, est arrivée en tête du premier tour des élections législatives qui s'est déroulé le 9 avril en Hongrie.

Le Parti socialiste (MSZP), emmené par l'actuel Premier ministre Ferenc Gyurcsany, a recueilli 43,21 % des suffrages et son allié gouvernemental, l'Alliance des démocrates libres (SZDSZ), formation dirigée par Gabor Kuncze, 6,50 %. Le Parti socialiste devance de peu le principal parti d'opposition, l'Alliance des jeunes démocrates-Union civique (FIDESZ-MPP), formation de l'ancien Premier ministre (1998-2002) Viktor Orban, qui obtient 42,03 % des voix. Enfin, contrairement à ce que prévoyaient les enquêtes d'opinion, le Forum démocratique (MDF), ancien allié de l'Alliance des jeunes démocrates, réussit à passer la barre des 5 % indispensables pour être représenté à l'Orszaggyules, chambre unique du Parlement. La formation libérale dirigée par Ibolya David recueille 5,04 % des suffrages. Le Parti pour la justice et la vie (MIEP), ancien allié parlementaire du gouvernement dirigé par Viktor Orban (1998-2002), obtient 2 % des voix.

À l'issue du premier tour, 212 des 386 sièges du Parlement, soit 54,92 % de l'ensemble, ont été attribués : 113 à la coalition gouvernementale (105 pour le Parti socialiste, 4 pour l'Alliance des démocrates libres et 4 pour la coalition formée par les deux formations) et 99 aux forces de l'opposition (97 pour l'Alliance des jeunes démocrates et 2 pour le Forum démocratique). Sur ces 212 sièges, 66 ont été désignés au système majoritaire.

L'Alliance des jeunes démocrates a réalisé ses meilleurs résultats dans la partie occidentale du pays, obtenant notamment la majorité absolue (50,84 %) dans le comitat (équivalent du département) de Vas. Le Parti socialiste est mieux implanté à l'Est du pays et recueille 50,94 % des suffrages dans le comitat de Borsod-Abauj-Zemplen. La formation gouvernementale s'impose également à Budapest où elle obtient 45,37 % des voix, contre 36,39 % pour l'Alliance des jeunes démocrates. Dans la capitale, l'Alliance des démocrates libres recueille 12,73 % des suffrages et le Forum démocratique, 5,49 %.

La participation s'est élevée à 67,83 %, soit 2,6 points de moins que lors du premier tour du précédent scrutin législatif du 7 avril 2002, un résultat cependant supérieur à celui enregistré lors des scrutins de 1994 et 1998. Comme l'avaient annoncé les analystes politiques et comme lors des dernières élections législatives, la participation a plutôt été favorable au Parti socialiste. Les Hongrois vivant à l'étranger se sont fortement mobilisés puisque 82,33 % d'entre eux ont rempli leur devoir civique.

« Quel que soit le regard que je porte sur ces résultats, les Socialistes ont gagné le premier tour » a déclaré dimanche soir le Premier ministre, précisant toutefois « Les élections ne sont pas encore terminées mais nous livrerons ce combat et nous en sortirons victorieux ». Ferenc Gyurcsany, qui jusqu'alors n'avait jamais été candidat à une élection et dont le parti avait été longtemps devancé de près de dix points dans les enquêtes d'opinion par l'Alliance des jeunes démocrates, peut se féliciter d'avoir su redonner confiance à une grande partie des électeurs. Pour être déclaré vainqueur de ces élections législatives, le Premier ministre devra toutefois confirmer ce résultat dans deux semaines. Si le Parti socialiste pourrait bénéficier de désistements en sa faveur de la part de son allié, l'Alliance des démocrates libres, le résultat obtenu par le Forum démocratique rend le deuxième tour des élections très incertain. « Je jure que j'annoncerai dans deux semaines la victoire de ceux qui ont voté pour un deuxième gouvernement Ferenc Gyurcsany » a affirmé le Premier ministre, estimant que les Hongrois avaient montré qu'ils souhaitaient réaliser une première depuis la fin du communisme dans le pays : reconduire un gouvernement en place.

Longtemps devancé par l'Alliance des jeunes démocrates, le Parti socialiste avait, au fil des semaines, rattrapé son retard jusqu'à devancer son principal adversaire dans les enquêtes d'opinion à partir de la mi-mars. La campagne électorale avait été écourtée après que le Premier ministre eut décrété, le 3 avril dernier, l'état d'urgence en raison des importantes inondations affectant la Hongrie, et plus largement l'Europe centrale. Seul le débat télévisé entre les deux principaux candidats au poste de Chef du gouvernement, prévu pour le 5 avril, avait été maintenu. Selon la presse et les instituts d'opinion, Ferenc Gyurcsany a dominé son rival, Viktor Orban, lors de cette confrontation.

« Nous avons réussi à garder nos chances ouvertes pour une victoire au deuxième tour. Rira bien qui rira le dernier » a déclaré le chef de l'opposition Viktor Orban dimanche soir. Le leader de l'Alliance des jeunes démocrates a estimé que sa formation devrait recueillir 75 % des voix lors du deuxième tour pour remporter seule les élections législatives, un cas de figure qu'il a jugé « possible ». Par ailleurs, il a annoncé, en cas de défaite le 23 avril prochain, sa volonté de démissionner de la présidence de sa formation, position qu'il occupe depuis dix-huit ans.

À l'issue de ce premier tour, les « petites » formations politiques que sont l'Alliance des démocrates libres et le Forum démocratique se voient confortées dans leur rôle d'arbitre du scrutin. La stratégie d'indépendance choisie par le Forum démocratique semble lui avoir été plutôt favorable. En revanche, elle pourrait, dans le cas où l'Alliance des jeunes démocrates ne parviendrait pas à s'imposer seule au deuxième tour, compliquer les négociations que la principale formation de l'opposition aurait alors à mener en vue de former un gouvernement. Dimanche soir, la présidente du Forum démocratique Ilboya David a refusé d'indiquer si elle envisageait une future alliance de sa formation avec d'autres partis à l'issue du scrutin.

Le deuxième tour des élections législatives hongroises se déroulera le 23 avril prochain dans l'ensemble des circonscriptions où aucun candidat n'a obtenu la majorité. Il reste donc très incertain et un renversement de tendance n'est pas à exclure. Dans tous les cas de figure, le résultat du scrutin constituera une première dans l'histoire de la Hongrie. Si le score de sa formation au premier tour est confirmé au soir du 23 avril, le Premier ministre Ferenc Gyurcsany sera le premier Chef de gouvernement à conserver son poste. En revanche, si l'Alliance des jeunes démocrates parvient à s'imposer, Viktor Orban deviendra le premier Chef de gouvernement à revenir à la tête de l'État.


Corinne Deloy/Fondation Robert Schuman


Résultats du premier tour des élections législatives du 9 avril 2006 en Hongrie



- Parti socialiste (MSZP) : 43,21 %, 34 sièges au scrutin majoritaire, 71 à la proportionnelle
- Alliance des jeunes démocrates - Union civique hongroise (FIDESZ-MPP) : 42,03 %, 28 sièges au scrutin majoritaire, 69 à la proportionnelle
- Alliance des démocrates libres (SZDSZ) : 6,50 %, 4 sièges au scrutin proportionnel
- Forum démocratique (MDF) : 5,04, 2 sièges au scrutin proportionnel
- Parti socialiste - Alliance des démocrates libres (MSZP-SZDSZ) : 4 sièges au scrutin majoritaire
- Parti pour la justice et la vie (MIEP) : 2 %
- Parti des travailleurs (Munkaspart) : 0,41 %
- Centre pour la solidarité (Centrum) : 0,32 %