Le gouvernement kirghiz au bord de la démission (juin 2006)
2011-12-18

L'imbroglio politique se corse au Kirghizistan. Le gouvernement a annoncé mardi 2 mai qu'il démissionait. Le président Kourmanbek Bakiev a refusé cette démission collective et les ministres se sont rétractés. Mais l'instabilité règne au sein d'un pouvoir de plus en plus critiqué.

La quasi-totalité des membres du gouvernement kirghiz ont menacé de démissionner, alors que la crise politique s'aggrave et que la rue gronde. Les ministres ont finalement accepté de rester au gouvernement après des discussions avec le président Kourmanbek Bakiev, et en respect de la Constitution, mais leur menace a souligné l'instabilité du pays un an après la « Révolution des tulipes », qui avait renversé l'autocrate Askar Akaïev et augurait alors l'avènement d'une démocratie.

« Le président n'a pas accepté les démissions. Il a ordonné à chaque ministre de travailler plus dur qu'avant », a déclaré à la presse le vice-Premier ministre Adakhan Madoumarov. « La démarche (du gouvernement et du président) montre que le pays est au bord d'une crise politique sérieuse », considère pour sa part le politologue indépendant, Nour Omarov.

Ces ministres avaient menacé de démissionner parce que les députés avaient critiqué leur travail, la semaine dernière. Et la rue n'est pas en reste. Quelque 10000 personnes, dont la majorité des meneurs de la « Révolution », ont manifesté samedi à Bichkek pour réclamer une lutte plus efficace contre la corruption et le crime organisé, ainsi qu'une mise en oeuvre rapide des promesses électorales de M. Bakiev, élu triomphalement en juillet 2005. Il s'agissait du plus gros rassemblement dans le pays depuis la chute de l'ancien régime. La trentaine de partis politiques et d'ONG ayant organisé la manifestation ont demandé au pouvoir de satisfaire leurs revendications d'ici le 27 mai, promettant dans le cas contraire un nouveau rassemblement pour réclamer la démission de l'ensemble de l'exécutif.

Depuis le soulèvement de mars 2005, trois députés ont été assassinés, des prisons du pays se sont rebellées, les manifestations se sont multipliées et les luttes intestines minent le pouvoir, les responsables kirghizes s'accusant mutuellement de liens avec des groupes mafieux ou de corruption.

D'autre part, la réforme de la Constitution promise par M. Bakiev pour réduire les pouvoirs présidentiels n'a toujours pas eu lieu, alors que la communauté internationale s'inquiète de la montée du crime organisé et des violences politiques.

L'Union européenne, dans un communiqué diffusé mardi, a estimé que ces facteurs pouvaient « miner les efforts entrepris par le Kirghizstan pour construire une démocratie stable».

Au centre de ces inquiétudes se trouve l'élection au Parlement, début avril, du chef mafieux présumé, Ryspek Akmatbayev, en remplacement de son frère tué lors d'une prise d'otages.

La Commission électorale n'a pas validé ce scrutin, dans l'attente du verdict d'un procès pour le meurtre d'un responsable de la police, dans lequel M. Akmatbayev est le principal suspect.

Mathilde Goanec et Camille Magnard.

Avec Reuters et AFP.