Des symboles aryens, d'origine persane et mis à l'honneur au Tadjikistan, font l'objet de controverses
2006-05-10

Nous publions un article publié par Radio Free Europe en 2005, sous la signature de Gulnoza Saidazimova.

« La renaissance de la culture aryenne est maintenant la politique officielle au Tadjikistan ainsi que l'usage généralisé du svastika. »

Comme d'autres pays post-soviétiques, le Tadjikistan a jeté un regard neuf sur son histoire après l'indépendance en 1991. Le résultat est une campagne d'État pour promouvoir l'idée que les Tadjiks sont une nation aryenne - et l'usage généralisé du svastika.

Le svastika est peut-être connu dans le monde entier comme le symbole de l'Allemagne nazie et il est peut-être interdit dans certains Etats pour cette raison, mais au Tadjikistan il apparaît sur les affiches, les drapeaux, et les panneaux d'affichage avec la bénédiction de l'État.

Pour les officiels de Duschanbe, le svastika est avant tout un symbole de l'identité nationale. La plupart des historiens tadjiks soutiennent maintenant que les Tadjiks sont d'origine aryenne, et disent que la civilisation aryenne ou indo-européenne doit donc être étudiée et promue. C'est un argument à présent accepté par l'Etat. En effet, la renaissance de la culture aryenne est maintenant la politique officielle de Doushanbé : l'année 2006 sera célébrée au Tadjikistan comme l'année de la civilisation aryenne.

Les autorités disent que l'adoption maintenant généralisée du svastika n'a rien à voir avec le nazisme et le fascisme. « À travers l'histoire, les interprétations de ce symbole ont changé », remarque Abduhakim Sharipov, directeur d'un département dans l'administration régionale de Soghd. Comme d'autres officiels, il souligne que le svastika est un symbole de la culture aryenne qui existe depuis de nombreux siècles. « Nous savons tous que le fascisme a utilisé ce symbole pour ses fins. Ce symbole porte donc des connotations négatives pour beaucoup de gens… [mais] nous ne devons pas nous limiter à une seule interprétation ».

Quand le svastika apparut pour la première fois en Inde, c'était un signe d'éternité et de mouvement éternel. Les nouvelles connotations positives que les autorités tadjiks veulent donner au svastika ont été exposées il y a deux ans par le président Imomali Rakhmonov lorsqu'il déclara que l'année 2006 serait l'année de la culture aryenne : le but de l'année est, a-t-il dit, d'« étudier et de populariser les contributions aryennes à l'histoire de la civilisation mondiale ; d'élever une nouvelle génération [de Tadjiks] dans l'esprit de l'autodétermination nationale, et de développer des liens plus profonds avec les autres ethnicités et cultures ».

Sur le plan linguistique, les Tadjiks sont étroitement liés aux Persans, qui depuis les temps anciens utilisent le terme « Aryen » pour se décrire ainsi que leur langue.

L'historien et ethnographe tadjik Usto Jahonov soutient à la fois le désir de l'Etat d'élever la conscience de l'héritage aryen du Tadjikistan et l'utilisation du svastika. Utilisant un argument employé par les officiels tadjiks dans de nombreux discours, Jahonov affirme que c'est une partie intégrante de la culture aryenne et une clé pour construire l'identité nationale. Une identité nationale plus forte est elle-même « nécessaire maintenant parce que nous vivons parmi des nations turcophones [non-aryennes] » qui, dit-il, réécrivent « leur histoire en affirmant qu'ils sont apparus dans cette région [l'Asie Centrale]. Nous devons donc revenir à l'histoire aryenne, démontrer et prouver aux autres où se trouve notre place. Chaque nation doit connaître sa place. »

Un ancien symbole dans l'ombre d'un tabou moderne



Mais il est difficile de débarrasser le svastika de ses associations négatives. Pour beaucoup de gens en Occident, le svastika est tabou, étant synonyme de nazisme, de fascisme, et de suprématie blanche en général. L'Allemagne d'après-guerre mit hors la loi l'utilisation du svastika et d'autres symboles nazis à des fins autres qu'érudites.

Les sensibilités persistantes furent soulignées au début de cette année quand le prince Harry de Grande-Bretagne fut critiqué pour avoir porté un brassard à svastika nazi et un uniforme nazi à l'occasion d'un bal masqué. L'incident poussa des politiciens allemands à appeler à l'interdiction de tous les symboles nazis dans l'Union Européenne, ce qui fut suivi par un débat à la Commission Européenne à Bruxelles.

Pour des raisons similaires, la nouvelle importance du svastika touche des sensibilités au Tadjikistan, ce qui conduisit récemment un groupe de vétérans tadjiks de la Seconde Guerre Mondiale à écrire une lettre à Rakhmonov pour lui demander de mettre fin à l'usage du svastika.

Le président tadjik n'a jusqu'ici pas répondu.

« Je suis un vétéran de la Seconde Guerre Mondiale », dit un ancien membre tadjik de l'armée soviétique. « Nous vétérans demandons que cette croix fasciste, le svastika, soit enlevée des affiches. Nous avons combattu contre les nazis, qui avaient le svastika. Pourquoi devrions-nous le répandre maintenant ? ».

L'utilisation du svastika par les skinheads a rendu le symbole encore plus controversé dans les dernières années.

À cause d'un haut taux de chômage et de pauvreté, beaucoup de Tadjiks ont dû travailler comme travailleurs migrants illégaux à l'étranger, principalement en Russie. Beaucoup ont été soumis à du harcèlement et à de l'intimidation. Plusieurs ont été tués par des groupes racistes dans les dernières années.

Le cas le plus connu fut le meurtre en février 2004 d'une fillette tadjike de 9 ans à Saint-Pétersbourg par un groupe de teenagers armés de chaînes, de barres de métal et de couteaux. Le père de Khursheda Sultanova et son cousin de 11 ans furent aussi sauvagement battus.

Ce cas et d'autres ont provoqué l'indignation publique au Tadjikistan.
Pour une femme interviewée, les deux objections au svastika sont proches de chez elle. « Mon grand-père est mort dans une bataille contre l'Allemagne nazie », a-t-elle dit à RFE/RL, et « l'année dernière, le fils de mon voisin a été tué par un groupe de skinheads en Russie ».

« Je suis étonnée de le voir [le svastika]. Pourquoi notre gouvernement récupère-t-il et répand-t-il la croix [gammée] maintenant ? ». Cette femme tadjike dit qu'elle accepte volontiers une redécouverte de l'histoire de la nation tadjike. Mais, dit-elle, les historiens ne devraient pas oublier le passé récent de la nation juste pour faire revivre son ancien héritage.

Gulnoza Saidazimova
(le correspondant du Service Uzbek de RFE/RL au Tadjikistan, Alisher Akhmedov, a contribué à ce reportage)

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Note de la rédaction :

L'origine du mot Svastika




Le svastika (parfois appelé par abus de langage la svastika au lieu de la croix en forme de svastika), tel qu'on le représente la plupart du temps, est un symbole religieux d'origine Aryenne et indo-européenne. On peut le décrire comme une croix composée de quatre potences prenant la forme d'un gamma grec en capitale, d'où son autre appellation de « croix gammée ».

Le nom svastika est un terme sanskrit apparaissant pour la première fois dans les épopées de Ramayana et Mahabharata.

On peut l'analyser comme un mot composé de svasti et du suffixe diminutif -ka. Le sens de svasti est « bonne santé, bonne fortune » (c'est aussi une interjection équivalent au français « vive... ! »). Il est lui-même formé de su, « bon » et de asti, « existence » (radical indo-européen du verbe être, soit que l'on retrouve tel quel en français tu es). Svastika peut donc se traduire comme « ce qui apporte la bonne fortune, ce qui porte chance ». Une autre décomposition possible est su "bon", suivi du suffixe -tika "signe", soit :" bon signe", lecture reprise par un homonyme indien moderne shubhtika.

En tout état de cause, le symbole s'annonce directement comme un signe de bon augure.

Source : encyclopédie Wikipedia.