Slovaquie : le bilan du deuxième gouvernement de Mikulas Dzurinda (2002-2006)
2006-05-20

Durant ses deux mandats à la tête du gouvernement, le Premier ministre a fait de la Slovaquie, contrée isolée après la législature (1993-1998) de Vladimir Meciar et accusant un large retard sur le plan du développement économique, un pays moderne et dynamique. Depuis 2002, l'activité économique nationale a augmenté de 17 % et le taux de chômage a reculé de huit points passant de 20 % à 12 % de la population active (l'Est du pays reste cependant la partie la plus touchée). Pour la première fois, le déficit public s'est situé, en 2005, au-dessous des 3 % du PIB. Le ministre des Finances et vice-président de l'Union démocratique et chrétienne, Ivan Miklos, a attribué cette baisse du déficit à la rapidité de la croissance de l'économie et à l'accroissement des revenus de l'impôt. « Mon unique but est la continuité de la politique mise en place par le gouvernement pour la Slovaquie » affirme le Premier ministre qui souhaite poursuivre sa politique de réformes. « Je sais ce que dont je ne veux pas : un retour au socialisme »répète-il, estimant que tel est le danger que court le pays en cas de victoire de Direction (SMER-SD) aux élections législatives du 17 juin prochain.

Durant quatre ans, Mikulas Dzurinda a dû faire face à de nombreuses tensions entre les partenaires de sa coalition gouvernementale. Depuis l'automne 2003, son gouvernement est d'ailleurs minoritaire au Parlement et doit négocier chacun de ses projets avec les députés non-inscrits ou des membres de l'opposition. Les membres des formations de la coalition gouvernementale ont signé un pacte de bonne conduite qui rend leur présence obligatoire lors des votes au Conseil national de la République. En juillet 2005, le gouvernement a résisté à une motion de défiance, finalement votée par seulement 60 parlementaires, soit 16 de moins que le chiffre nécessaire pour faire chuter le Premier ministre. Le 24 août 2005, le ministre de l'Economie, Pavel Rusko, président de l'Alliance du nouveau citoyen, a dû démissionner de son poste après que la presse a divulgué qu'il avait, à titre privé, emprunté plus de 2.5 millions d'euro à un homme d'affaires.

Le Premier ministre a également surmonté plusieurs épreuves électorales. Le 3 avril 2004, lors du premier tour de l'élection présidentielle, les Slovaques avaient été appelés aux urnes pour se prononcer par référendum sur la tenue d'éventuelles élections législatives anticipées. Cette consultation populaire résultait d'une pétition émanant de la Confédération des syndicats (KOZ) qui protestait contre les réformes économiques et sociales mises en place depuis un an par le gouvernement de Mikulas Dzurinda. Le référendum avait échoué, faute d'une participation suffisante : seuls 35,86 % des Slovaques avaient accompli leur devoir de citoyen alors que la loi électorale exige la participation de la moitié des inscrits pour valider la consultation populaire. Parmi les électeurs qui s'étaient prononcés, une large majorité, 86,78 %, s'étaient déclarés favorables à des élections législatives anticipées, contre 11,93 % qui avaient voté contre. Ce même jour, le candidat de la coalition gouvernementale au poste présidentiel, le ministre des Affaires étrangères Eduard Kukan, donné favori par l'ensemble des enquêtes d'opinion, avait été éliminé dès le premier tour de scrutin, recueillant 22,10 % des suffrages et arrivant en troisième position.

En revanche, les formations de l'actuelle coalition gouvernementale sont sorties victorieuses du premier tour des élections régionales qui s'est déroulé le 26 novembre 2005. La coalition formée par l'Union démocratique et chrétienne, le Mouvement chrétien démocrate et le Parti de la coalition hongroise a multiplié son nombre de conseillers régionaux par deux par rapport au précédent scrutin des 2 et 15 décembre 2001 et obtenu la majorité dans cinq des huit Parlements régionaux du pays. Les forces d'opposition ont toutefois remporté le deuxième tour de scrutin qui a eu lieu le 10 décembre, remportant les présidences des huit régions (cinq pour Direction dont la région de Bratislava, et celle de la deuxième ville du pays, Kosice, et trois pour le Mouvement pour une Slovaquie démocratique).

« Ces dernières années ont été une réussite pour la Slovaquie, notamment en matière de croissance et de compétition économique. La Slovaquie, qui n'est plus économiquement contrôlée par l'Etat, est un pays qui a réussi » a déclaré le Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Appelant à la poursuite des réformes, il s'est positionné dans la ligne de l'actuelle coalition gouvernementale et à revers de la principale formation de l'opposition, Direction (Smer), qui se prononce en faveur d'une pause dans les réformes. Son leader, Robert Fico, a qualifié le discours de José Manuel Barroso « d'incroyable faux pas », expliquant que de tels propos étaient incorrects.

L'Organisation de la coopération et du développement économiques (OCDE) a qualifié la législature de Mikulas Dzurinda de « parcours sans faute ». « La Slovaquie a mis en œuvre simultanément une politique macroéconomique saine, une réforme complète de la fiscalité et de la protection sociale et de nouvelles réglementations visant les marchés des produits, des capitaux et du travail qui ont eu pour résultat d'accélérer la croissance au cours des cinq dernières années écoulées et d'amplifier le rythme de rattrapage du niveau de vie des pays les plus prospères » indique une étude publiée le 26 septembre 2005.

La Slovaquie est le seul pays en Europe à avoir mis en place, depuis le 1er janvier 2004, un impôt à taux unique de 19 % pour la TVA, l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés. Conséquence : les investissements directs étrangers ont afflué vers ce pays d'Europe centrale dont l'attractivité auprès des entreprises internationales s'est renforcée. S'implantant dans le pays, ces dernières ont apporté nouvelles technologies et pratiques commerciales plus performantes qui ont permis d'importants gains de productivité.

Corinne Deloy/Fondation Schuman