Slovaquie : élections législatives, le 17 juin
2006-05-20

Le 17 juin prochain, deux semaines après leurs voisins tchèques, près de 4,5 millions de Slovaques sont appelés à renouveler leur Parlement.

Le 6 février dernier, la coalition gouvernementale a volé en éclats après que le Parti chrétien-démocrate (KDH) eut décidé de la quitter à la suite du refus du Premier ministre Mikulas Dzurinda (Union démocratique et chrétienne, SDKU) d'adopter la clause de conscience, prévue dans un traité signé en 2002 avec l'État du Vatican, et qui permet aux personnes d'obédience catholique de refuser d'exécuter certaines actions au nom de leur conscience. Avec cette clause, un salarié aurait ainsi pu refuser de travailler le dimanche, un médecin de pratiquer une interruption de grossesse, un professeur d'enseigner la théorie de l'évolution, etc. Cette disposition, unique en son genre, avait été critiquée par le réseau d'experts en droits fondamentaux de Bruxelles.

Pour le politologue Grigorij Meseznikov, la Slovaquie, par cette polémique, s'est trouvée face à une alternative n'engageant rien moins que l'avenir du pays puisqu'il s'agissait pour Bratislava de choisir entre son « ancrage dans une Europe libérale » ou bien au sein « d'un pôle conservateur et traditionaliste en Europe ». La Slovaquie, qui compte 70 % de personnes de confession catholique, est, après la Pologne, le deuxième pays le plus religieux d'Europe centrale.

Après la démission des trois ministres appartenant au Mouvement chrétien-démocrate - le ministre de l'Intérieur, Vladimir Palko, celui de la Justice, Daniel Lipsic, et le ministre de l'Education, Martin Fronc - le Chef du gouvernement Mikulas Dzurinda a proposé la tenue d'élections législatives anticipées.
« Nous voulons tout faire pour que la Slovaquie ne perde pas sa renommée, son image et sa stabilité économique » déclare Mikulas Dzurinda qui, après 8 ans passés à la tête du gouvernement, est candidat à sa propre succession. Le Premier ministre n'a exclu de collaborer avec aucune formation politique à l'exception du Parti communiste. Il a précisé que le Mouvement chrétien-démocrate et le Parti de la coalition hongroise constituaient les partenaires les plus probables de l'Union démocratique et chrétienne. « Le pays doit avoir un gouvernement et nous devons respecter la volonté des électeurs » a t-il déclaré.

21 formations politiques sont candidates aux élections législatives du 17 juin prochain. Environ 2,5 millions de Slovaques vivent à l'étranger dont 400 000 possèdent la nationalité et peuvent donc voter. Pour la première fois dans l'histoire du pays, les Slovaques résidant en République tchèque (environ 200 000 personnes) seront autorisés à voter par courrier et n'auront donc pas à se déplacer pour remplir leur devoir de citoyen. À ce jour, seuls 300 expatriés se sont inscrits sur les listes électorales de Petralka, la ville choisie pour recevoir leurs votes. Ce faible nombre s'explique, selon Vilma Privarova, responsable du bureau des Slovaques vivant à l'étranger, par le peu de publicité faite.

Les enjeux des élections et la campagne électorale



Les problèmes sociaux figurent au cœur de la campagne électorale, notamment celui de la santé publique depuis que les personnels des hôpitaux se sont mis en grève en avril dernier pour réclamer une augmentation de 25% de leur salaire, ainsi qu'un accroissement des dépenses de l'Etat en faveur du secteur de la santé et un abandon du plan de privatisation des hôpitaux. Les salaires des personnels médicaux n'ont pas été augmentés depuis cinq ans et les professionnels de santé avaient déjà manifesté en septembre dernier à Bratislava pour demander des hausses de salaires et une amélioration de leurs conditions de travail. Mikulas Dzurinda et Robert Fico ont appelé à la fin du mouvement de grève, mais alors que le Premier ministre a renvoyé la responsabilité du montant des salaires sur les directeurs d'hôpitaux arguant du fait que l'Etat n'était pas décisionnaire sur cette question, le leader de la principale formation d'opposition a demandé aux personnels grévistes d'être patients, promettant, en cas de victoire de sa formation aux élections législatives du 17 juin prochain, un accroissement des dépenses de l'Etat en faveur de la santé. La coalition gouvernementale a reproché aux partis de l'opposition d'utiliser la mobilisation sociale pour leur propre campagne électorale.

Direction-Démocratie sociale (SMER-SD) a pris un nouveau nom après sa fusion en 2004 avec de plus petites formations se situant à gauche sur l'échiquier politique. Son leader, Robert Fico, se veut le porte-parole du peuple et notamment des plus pauvres (la moitié des familles du pays vivent avec moins de 9000 couronnes - 242 euros mensuels, chiffres du Bureau des statistiques d'avril 2006) et critique sans relâche les réformes mises en place par le gouvernement, notamment dans les secteurs de la santé et des impôts. Le parti dénonce la corruption et le clientélisme de la société. Il se prononce en faveur de profonds changements et d'une plus grande solidarité, notamment dans les secteurs de la santé, des retraites. « Retour à la dignité humaine, les premiers pas vers un Etat social ».

Corinne Deloy/Fondation Schuman


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