Macédoine : le point sur la situation politique des collectivités locales
2006-06-17

Le 24 août 2004, le Parlement a voté la loi sur le nouveau découpage des municipalités, faisant passer les communes de 123 à 84. Cette loi a suscité de nombreuses réprobations et notamment une contestation par un grand nombre de Macédoniens du rattachement de deux municipalités albanophones, Saraj et Kondovo à la capitale Skopje. Avec ce nouveau découpage, la proportion d'albanophones vivant dans la capitale est devenue supérieure à 20 %, faisant de l'Albanais la deuxième langue officielle. Le rejet de cette nouvelle loi par l'opposition, qui estimait qu'elle favorisait trop la minorité albanophone, a conduit le gouvernement à organiser un référendum le 7 novembre 2004 après qu'une organisation non gouvernementale, le Congrès mondial macédonien dirigé par Todor Petrov, fût parvenue à rassembler 180 545 signatures, soit plus que les 150 000 exigées par l'article 73 de la Constitution pour convoquer un référendum (dans les six mois suivant le début de la collecte des signatures). Les formations gouvernementales et albanophones avaient appelé au boycott de cette consultation populaire et sont donc sorties victorieuses puisque le référendum a été invalidé faute d'une participation suffisante. Celle-ci s'est en effet élevée à 26,58 % alors qu'elle doit obligatoirement dépasser les 50 % d'inscrits pour que le scrutin soit déclaré valide. La reconnaissance par les Etats-Unis, le 4 novembre 2004, du pays sous le nom de Macédoine a sans doute joué en faveur de l'échec du référendum, une majorité de Macédoniens ayant probablement estimé qu'une nouvelle division, toujours potentiellement dangereuse dans le pays, pouvait remettre en cause le succès qu'ils venaient d'obtenir au niveau international.

Les 13 et 27 mars 2005 ont eu lieu les élections municipales, reportées à cause du référendum. Elles ont vu la victoire de l'Union social-démocrate qui a remporté 37 des 84 villes (contre 21 pour l'Organisation révolutionnaire-Parti démocratique pour l'unité nationale) et, dans les régions albanophones, la domination de l'Union démocratique pour l'intégration (14 municipalités, contre 2 pour le Parti démocratique albanais qui se présentait allié au Parti de la prospérité démocratique). Skopje, qui regroupe environ le quart de la population macédonienne, a élu à sa tête, Trifun Kostovski, homme d'affaires indépendant qui a décidé de se lancer en politique.

Le scrutin a été marqué par de nombreuses irrégularités (intimidation des électeurs, bourrage des urnes, etc.), notamment dans les régions à population albanaise, ce qui a obligé 20 municipalités et 885 bureaux de vote à organiser un troisième tour le 10 avril 2005.

Corinne Deloy/Fondation Robert Schuman