Macédoine : quel horizon pour l'adhésion à l'Union Européenne ?
2006-06-17

La Macédoine a obtenu, en décembre 2005, le statut de pays candidat à l'Union européenne.

« Ce n'est pas un cadeau mais la reconnaissance du rôle joué par la Macédoine dans la stabilisation des Balkans, de ses progrès sur le chemin vers la démocratie et un Etat multiethnique et multiculturel » soulignait alors le président du Parlement européen, Josep Borrell. « Vous avez accueilli plus de 360 000 réfugiés qui ont fui le nettoyage ethnique à l'œuvre dans les Etats voisins et le dévouement dont vous avez fait preuve dans la mise en oeuvre des accords d'Ohrid vous ont donné droit à être candidat » ajoutait-il.

Indépendante depuis 1991, la Macédoine est la seule des Républiques fédérées à ne pas avoir pris part aux conflits qui, ces dernières années, ont ensanglanté l'ex-Yougoslavie. L'adhésion à l'Union européenne figure parmi les priorités de l'ensemble des formations politiques, elle est également plébiscitée par tous les Macédoniens. Selon une enquête d'opinion réalisée en décembre 2005, en cas de référendum, 92 % de la population voteraient en faveur de l'adhésion du pays à l'Union européenne. En outre, 57,2 % des personnes interrogées déclarent que l'entrée du pays dans l'UE est de la plus haute importante pour elles. Mais les obstacles à surmonter sont encore nombreux et le chemin devrait être long. Rappelons que le statut de candidat ne se traduit pas automatiquement par une ouverture de négociations d'adhésion, celle-ci restant conditionnée aux capacités du pays à poursuivre les réformes comme à celles de l'Union européenne d'accueillir de nouveaux membres. En décembre dernier, le Danemark, la France et les Pays-Bas avaient d'ailleurs exprimé des réserves à l'octroi du statut de pays candidat à la Macédoine. « L'élargissement de l'Union européenne est notre objectif et personne ne peut empêcher les pays des Balkans d'avoir une perspective européenne » a cependant déclaré Javier Solana, Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de l'Union européenne.

Les négociations de la Macédoine avec l'Union européenne ne devraient pas commencer avant le début de l'année 2008 même si le Premier ministre Vlado Buckovski a récemment déclaré « être optimiste » et croire « que les négociations démarreront en 2007 5 (…) Les choses ne dépendent que de nous. Nous avons une liste de projets prioritaires que nous allons mener à bien. À la fin de cette liste figure la tenue d'élections législatives justes et démocratiques ». Le Commissaire européen à l'élargissement, Olli Rehn, a souligné que la Macédoine n'était pas prête à débuter des négociations, ajoutant que les élections législatives constitueront un test pour la maturité démocratique du pays tout comme le sont l'état de l'économie ou encore celui des télécommunications, considérés comme des priorités dans le cadre du partenariat avec l'Union européenne.

En outre, la Macédoine doit impérativement achever la mise en place des réformes prévues par les accords d'Ohrid (13 août 2001) signées entre les deux communautés, macédonienne et albanophone, du pays pour mettre un terme aux affrontements. Ces accords portaient sur quatre points : la reconnaissance de l'albanais (langue maternelle d'environ un quart de la population macédonienne) comme langue officielle dans les zones où la population albanophone représente au moins 20 % de la population ainsi que l'autorisation de l'albanais au Parlement comme dans l'enseignement supérieur et la rédaction des lois en macédonien et en albanais ; le renforcement des pouvoirs locaux de la minorité albanophone et l'augmentation de 23 % du nombre de policiers albanophones au sein des forces de l'ordre ; l'amendement de la Constitution en vue d'une reconnaissance de droits élargis à la population albanophone ; le désarmement de la guérilla de l'UCK et l'amnistie des rebelles n'ayant pas commis de crimes susceptibles de relever du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie.

A ce jour, la population albanophone reste sous-représentée au sein des institutions, la réforme de la police est inachevée et le projet de loi sur la langue, très impopulaire auprès des Macédoniens, a été retardé. Le Premier ministre Vlado Buckovski a affirmé, en réponse aux demandes de Javier Solana, que la loi sur la police serait votée en octobre prochain. Les Albanophones représentent 25,17 % de la population du pays qui se compose également de 66,6 % de Macédoniens, 4 % de Turcophones, 2,2 % de Roms et 2,1% de Serbes (chiffres du dernier recensement effectué en 2002).

Corinne Deloy/Fondation Robert Schuman