Slovaquie : la gauche emmenée par Robert Fico est arrivée en tête des élections législatives
2006-06-22

Direction-Démocratie sociale (SMER-SD) est arrivée en tête des élections législatives slovaques qui se sont déroulées, le 17 juin.

La formation de gauche, dirigée par Robert Fico (lire [URL : 2195]), a recueilli 29,14 % des suffrages et remporté 50 des 150 sièges du Conseil national de la République, Chambre monocamérale du Parlement. L'Union démocratique et chrétienne (SDKU), formation du Premier ministre Mikulas Dzurinda, obtient une fois de plus un meilleur résultat que celui que lui prédisaient les enquêtes d'opinion et, pour la troisième fois consécutive, après 1998 et 2002, arrive en deuxième position avec 18,35 % des voix (31 sièges), soit le meilleur résultat de son histoire. Elle est suivie du Parti national (SNS), formation dirigée par le maire de Zilina, Jan Slota, qui a créé la surprise en recueillant 11,73 % des suffrages, son meilleur résultat, et en remportant 20 sièges. Le Parti de la coalition hongroise (SMK), présidé par Bela Bugar, obtient 11,68 % des voix (20 sièges également), le Mouvement pour une Slovaquie démocratique (LU-HZDS) de Vladimir Meciar est en net recul par rapport aux précédentes élections des 20 et 21 septembre 2002 (- 10,70 points) et recueille 8,79 % des suffrages (15 sièges). Enfin, le Mouvement chrétien-démocrate (KDH) dirigé par Pavol Hrusovsky, qui s'était donné pour objectif d'atteindre les 10% de suffrages, obtient 8,31 % des voix (14 sièges), un résultat que son vice-président, Daniel Lipsic, a qualifié « d'échec ». Le Forum libre (SF), dirigé par Zuzana Martinakova, ne parvient pas à passer le seuil des 5 % nécessaires pour être représenté au Parlement.

Six formations siègeront donc dans le prochain Conseil national de la République, soit une de moins que lors de la dernière législature.
Comme les enquêtes d'opinion l'avaient annoncé, la participation a été particulièrement faible (54,67 %), soit le taux le plus bas jamais atteint pour des élections législatives. Le Président de la République, Ivan Gasparovic (Mouvement pour la démocratie, HZD), avait pourtant appelé ses concitoyens à se rendre aux urnes dans un discours diffusé le 15 juin dernier par plusieurs télévisions locales. « J'espère que vous allez être responsables et participer aux élections législatives. Et même si vous êtes déçus par la politique», avait-il déclaré. Seuls 532 Slovaques vivant à l'étranger ont accompli leur devoir civique le 17 juin.

Samedi soir, Robert Fico a mis en avant les excellents résultats de sa formation qu'il a qualifiés de « fantastiques », notant que celle-ci a plus que doublé son score d'il y a quatre ans (+ 15,64 points). « Nous avons besoin d'une Slovaquie avec plus de solidarité et de justice. J'espère que nous parviendrons à former une coalition gouvernementale qui fera passer un programme orienté à gauche. Notre programme a reçu un soutien substantiel en Slovaquie. Cela veut dire que, si nous formons le gouvernement, les bénéfices du développement de notre pays ne seront pas limités à un petit groupe » a-t-il ajouté. Le leader de Direction-démocratie sociale, qui a promis d'annuler la plupart des réformes mises en place par le gouvernement de Mikulas Dzurinda, a donc réussi son pari et devrait devenir le prochain Premier ministre et le premier Chef de gouvernement de gauche du pays. « Les pauvres l'ont soutenu car il dit qu'il les écoute, veut une société équitable et assure qu'il les aidera », analyse le politologue Martin Slosiarik.

Direction-Démocratie sociale n'est cependant pas en mesure de gouverner seule et devra donc trouver des partenaires pour former la prochaine coalition gouvernementale. Robert Fico pourrait demander au Mouvement pour une Slovaquie démocratique de Vladimir Meciar et au Parti national de Jan Slota de le rejoindre au gouvernement, mais cette coalition gouvernementale risque de déplaire fortement à la communauté internationale. La semaine dernière, le vice-président de Direction-Démocratie sociale, Robert Kalinak, avait déclaré que le prochain gouvernement, dirigé par sa formation, devrait être accepté par l'ensemble des Etats de la communauté internationale. Le Parti national a réaffirmé à l'issue des élections que sa priorité était « d'avoir un gouvernement slovaque », ce qui signifie un gouvernement dans lequel ne figurerait pas le Parti de la coalition hongroise. La formation d'extrême droite a également exclu de gouverner avec le Mouvement pour une Slovaquie démocratique. Les nationalistes ont exprimé le souhait de se voir confier dans un futur gouvernement les postes de l'Intérieur et des Transports.

Robert Fico pourrait aussi se tourner vers les deux formations politiques membres du précédent gouvernement, soit le Parti de la coalition hongroise et le Mouvement chrétien-démocrate, mais ces deux partis risquent de ne pas accepter les critiques de Robert Fico vis-à-vis de la politique du Premier ministre Mikulas Dzurinda. Une grande coalition rassemblant Direction-Démocratie sociale et l'Union démocratique et chrétienne, si elle n'est pas impossible, reste toutefois peu probable. Le leader de Direction-Démocratie sociale s'est dit prêt à « discuter avec tout le monde » à l'exception de l'Union démocratique et chrétienne, considérant que « cela serait une grande déception pour ses électeurs ».

Le Premier ministre sortant, Mikulas Dzurinda, a reconnu sa défaite et plaidé pour la poursuite des réformes qu'il a jugées « irréversibles ». « Nous ne savons pas si la Slovaquie aura le gouvernement capable de préserver et d'achever les réformes et de travailler dans un environnement européen » s'est-il alarmé. « Notre position est très forte et j'espère que notre coopération sera efficace et productive parce que dans ce cas, notre chance d'une continuité politique s'accroîtra », a déclaré Mikulas Dzurinda. Toute pièce de monnaie a deux faces, il reste encore un espoir de ne pas tomber du mauvais côté », a-t-il également souligné. « Pour moi, c'est important que la Slovaquie aille vers l'avant et non en arrière », a-t-il déclaré alors qu'il se rendait à son bureau de vote, réaffirmant que « le plus difficile est passé ». Sous son mandat, la Slovaquie est, en effet, entré dans l'OTAN et, le 1er mai 2004, dans l'Union européenne. Le pays a également connu une accélération de sa croissance économique (+ 6,1 % en 2005) et un afflux d'investissements étrangers parvenant en quelques années à rattraper le niveau de vie des pays les plus prospères de l'Union européenne. Le chômage reste cependant élevé, touchant 12 % de la population active, et les écarts entre les classes sociales comme entre les régions, notamment entre la capitale Bratislava et l'Est du pays, se sont creusés. « Les réformes ont apporté un mieux mais pas pour tout le monde et pas immédiatement », souligne Olga Gyarfasova, analyste politique à l'institut des affaires publiques de Bratislava (IVO).

Le politologue Pavel Haulik analyse ainsi la chute de Vladimir Meciar : « La raison principale est le changement d'orientation politique du parti : le Mouvement pour une Slovaquie démocratique a glissé doucement mais sûrement vers le centre-droit ». « Si Vladimir Meciar n'était pas toujours aussi charismatique aux yeux de nombreux sympathisants, ce parti aurait même eu peu de chances de gagner suffisamment de voix pour siéger au Parlement ». Il avait également anticipé la percée du Parti national : « S'il est un parti qui pourrait surprendre, c'est bien le Parti national slovaque. Tout au long de la campagne électorale, la formation a ressorti de ses tiroirs ses thèmes favoris, notamment « La Slovaquie aux Slovaques » et cela a fonctionné ». Si l'on peut se réjouir du recul du Parti communiste (KSS), qui avec 3,9 % des suffrages ne sera pas représenté dans le prochain Conseil national de la République, la percée de l'extrême droite reste inquiétante.

Si les réformes mises en œuvre par le gouvernement du Premier ministre sortant, Mikulas Dzurinda, ne sont pas populaires, une majorité de Slovaques (70 %) les jugent cependant nécessaires, selon une enquête d'opinion publiée en mai dernier par l'institut Median VK. Une grande partie de la population aimerait que le processus de transformation de la société soit ralenti, mais ne souhaite toutefois pas l'inverser. Les changements qui interviendront à la suite de ces élections législatives ne devraient donc pas remettre en cause le travail accompli ces dernières années. « Il est peu probable que Robert Fico parvienne à appliquer son programme. Son parti social-démocrate devra former une coalition pour gouverner et donc se résoudre à des compromis », affirme le politologue Radovan Geist.

Le Président de la République, Ivan Gasparovic, devrait maintenant demander à Robert Fico, leader de la formation ayant obtenu le plus grand nombre de suffrages, de former le futur gouvernement. La nouvelle coalition gouvernementale devra ensuite obtenir la confiance du Parlement dans les trente jours suivant sa nomination.

Corinne Deloy/Fondation Robert Schuman

Résultats des élections législatives du 17 juin 2006



Participation : 54,67 %

- Direction-Démocratie sociale (SMER-SD) : 29,14 %, 50 sièges
- Union démocratique et chrétienne (SDKU) : 18,35 %, 31 sièges
- Parti national (SNS) : 11,73 %, 20 sièges
- Parti de la coalition hongroise (SMK) : 11,68 %, 20 sièges
- Mouvement pour une Slovaquie démocratique (LU-HZDS) : 8,79 %, 15 sièges
- Mouvement chrétien-démocrate (KDH) : 8,31 %, 14 sièges
- Parti communiste (KSS) : 3,9 %, pas de sièges