Géorgie : Gocha Lordkipanidze, conseiller du premier ministre, présente sa vision de la place stratégique de son pays (2006)
2013-12-08

Après avoir oeuvré pour la Géorgie dans le domaine des affaires étrangères, notamment aux Nations Unies et à l'OSCE, Gocha Lordkipanidze (dont le prénom et le nom pourraient s'orthographier Gotcha Lordkipanidzé) est devenu conseiller du Premier ministre géorgien Zourab Nogaïdéli. Il a tenu le 30 juin 2006 une conférence sur le thème "La Géorgie, un enjeu stratégique pour la politique de bon voisinage" en présence de son Excellence Natia Djaparidzé, Ambassadrice de Géorgie en France, et de Thorniké Gordadzé, chercheur au CERI.

Les thèses essentielles de l'intervention de Gocha Lordkipanidze peuvent se résumer en une phrase "L'objectif stratégique de la Géorgie est la construction d'un Etat démocratique membre de la communauté euro-atlantique" :

- atteindre cet objectif nécessite tout d'abord la continuation des réformes qui permettrait au pays d'évoluer d'une démocratie électotrale à une démocratie institutionnelle,

- institutionnaliser la démocratie demande les réformes intégrales des systèmes juridiques et de l'éducation, ainsi que de l'administration locale,

- intégrer la Géorgie dans la communauté euro-atlantique se décline en approfondissant les relations avec l'OTAN et l'Union Européenne.

OTAN



Après la mise en place réussie du Plan d'Action de Partenariat Individuel (IPAP - Individuel Partnership Action Plan), la Géorgie espère passer à une étape plus élevée de coopération avec l'OTAN et intensifier les dialogues préalables à l'adhésion.

Union Européenne



Les efforts de la Géorgie sont concentrés sur l'aboutissement des négociations avec la Commission Européenne autour du Plan d'Action de la Nouvelle Politique de Voisinage (NVP) et sur sa mise en place effective.

Il est d'une importance capitale pour la Géorgie que le plan d'action de la NVP prévoit le développement des liens avec l'Union Européenne et que cette dernière ait une implication plus active dans le processus de réglement des conflits sur le territoire géorgien.

Place géostratégique de la Géorgie



L'intégration de la Géorgie dans l'espace euro-atlantique n'est pas un mouvement à sens unique. La Géorgie peut être non seulement un consommateur de sécurité, mais également son fournisseur. La Géorgie apporte déjà une contribution importante à la sécurité européenne et mondiale par l'envoi de troupes au Kosovo, en Afghanistan et en Irak.

Le développement de la coopération dans le cadre de la "Communauté du choix Démocratique"entre les pays baltes, l'Europe de l'Est, les Balkans, la mer Noire et le Caucase Sud est important pour les pays concernés (promotion de la démocratie, défense des droits de l'homme) mais aussi pour la sécurité de l'Europe.

La mer Caspienne dispose de vastes ressources en gaz et en pétrole. La Géorgie est un pays clé dans leur transit. La sécurité énergétique de l'Europe pourrait en être accrue.


Débat avec les participants



Un majorité de questions a concerné les relations de la Géorgie avec la Russie :

- "impérialismes" blanc au XIXème siècle, rouge au XXème siècle et noir (politique du gaz, embargo sur les vins géorgiens) au XXIème siècle, de la Russie vis-à-vis de la Géorgie,

- soutien russe aux sécessions en Abkhazie et en Ossétie du Sud,

- retrait de la Géorgie de la Communauté des Etats Indépendants,

- missions du GUAM (historiquement conçu en contrepoids à la CEI),

- adhésion éventuelle de la Géorgie au groupe de Shangaï (Chine, Russie et certains Etat d'Asie centrale)

Gocha Lordkipanidze estime à titre personnel que

- si la Géorgie souhaite se tourner vers l'espace euro-atlantique, elle devra normaliser ses relations avec la Russie lorsque ce sera possible : la rencontre récente Poutine - Saakachvili à Saint-Petersbourg va dans le bon sens,

- elle essaie de trouver des alternatives à l'approvisionnement en gaz russe et à l'exportation de vins géorgiens en Russie,

- un retrait de la CEI serait contreproductif car il "irriterait" encore plus la Russie et couperait les derniers liens que la Géorgie maintient encore avec d'autres pays de l'ex-URSS,

- le GUAM n'a pas vocation militaire,

- les hypothèses d'adhésion de la Géorgie au groupe de Shangaï ne sont pas dans l'ère du temps.

Les mots "Etats-Unis" ont été peu prononcés par le conférencier, parfois en réponse à des questions.

En introduction, le conseiller aux affaires étrangères du Premier ministre géorgien, Zourab Nogaïdéli, avait rappelé que la France était la patrie de la liberté et des droits de l'homme et qu'à ce titre elle avait accueilli en 1922 le gouvernement en exil de la Ière République de Géorgie (après l'invasion par l'Armée rouge).

Mirian Méloua.

PS 1. Conférence organisée par l'IPSE (Institut Prospective et Sécurité de l'Europe) et l'AA.CEDS (Association des Anciens Auditeurs du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques).

PS 2. Voir aussi [URL : 2136]