Élections présidentielle et législatives en Bosnie-Herzégovine (octobre 2006)
2013-01-15

Le 4 mai dernier, la Commission électorale nationale a annoncé que les 48 % de Musulmans, 37 % de Serbes et 14,3 % de Croates (chiffres de l'année 2000), qui constituent la population, seraient appelés aux urnes le 1er octobre prochain pour élire les 3 membres de la Présidence collégiale et les 42 députés de la Chambre des Représentants, Chambre basse du Parlement central de la République de Bosnie-Herzégovine.

Les habitants de la Fédération de Bosnie-Herzégovine renouvelleront également les 98 membres de leur Chambre des Représentants et ceux de leurs dix assemblées cantonales. Les habitants de la République serbe éliront les 83 membres de leur Assemblée nationale, mais également leur Président et leurs vice-Présidents.

48 formations politiques et plus de 9.000 candidats, dont 12 indépendants, seront en lice pour les scrutins du 1er octobre prochain. Une centaine d'organisations non gouvernementales ont adopté une plateforme citoyenne définissant douze priorités pour les formations politiques, parmi lesquelles figurent le chômage, la pauvreté, les retraites, la sécurité sociale et les problèmes des jeunes. La plateforme met également l'accent sur la nécessité des investissements dans le secteur public, la lutte contre la corruption et l'accélération du processus d'intégration européenne.

La campagne électorale



À la Présidence collégiale, le Président en exercice, Sulejman Tihic, et le Croate Ivo Miro Jovic (HDZ-BH) sont candidats à leur réélection.

Le Croate Zeljko Komsic (SDP), les Musulmans Haris Silajdzic, Mirnes Ajanovic (Parti bosniaque, BOSS) et les Serbes Mladen Bosic (SDS) et Nebojsa Radmanovic (SNSD) ont également fait acte de candidature.

Haris Silajdzic, Zeljko Komsic et Nebojsa Radmanovic sont donnés gagnants par les dernières enquêtes d'opinion.

Le Parti d'action démocratique (SDA) est en tête des intentions de vote, mais la différence avec son principal adversaire, le Parti social-démocrate (SDP) va s'amenuisant au fil de semaines. Le SDA est en tête à Zenica-Doboj et Bihac, alors que le SDP mène la course dans à Sarajevo et Tuzla. Le Parti pour la Bosnie-Herzégovine(SBH) arrive en troisième position, à l'exception de la ville de Zenica-Doboj où le Parti patriotique bosniaque le devance.

Principale formation croate, la Communauté démocratique croate (HDZ-BH) est en perte de vitesse. Son leader, Dragan Covic, a renoncé à se présenter aux prochaines élections et son porte-parole, Miso Relota, a mis en garde les autorités contre le risque de voir les Croates du pays devenir une minorité nationale. « Après les élections, les formations politiques majoritaires modifieront la Constitution. Sans représentant croate, cela sera fatal pour la communauté et nous nous battrons contre ces modifications », a-t-il déclaré. « Le Parti pour la Bosnie-Herzégovine a récemment adopté une résolution parlant de discrimination, entre autres contre les Croates, mais la nouvelle Constitution de la Bosnie-Herzégovine doit résulter d'un consensus et être acceptable pour les trois communautés », a ajouté Miso Relota.

Les leaders de quatre formations croates - la Communauté Démocratique Croate-1990 de Bozo Ljubic, le Parti croate des paysans (HSS) de Marko Tadic, l'Union chrétienne-démocrate croate (HKDU) de Marin Topic et l'Union démocratique croate (HDU) - ont signé un accord en vue des prochaines élections. La coalition sera dirigée par Bozo Ljubic, fondateur de l'Union démocratique croate après son départ de la Communauté démocratique croate à la suite d'un désaccord avec son leader Dragan Covic. Il a récemment déclaré qu'il souhaitait offrir une véritable alternative aux Croates de Bosnie-Herzégovine et qu'il ne ferait aucune alliance avec le HDZ, la formation s'étant prononcée en faveur des amendements constitutionnels lors du vote, fin avril, au Parlement. Selon Bozo Ljubic, ces amendements étaient préjudiciables à la population croate.

L'échec du vote, fin avril, sur les amendements constitutionnels a contribué à radicaliser la scène politique. Deux blocs s'affrontent au sein de la Fédération de Bosnie-Herzégovine : le Parti d'action démocratique et le Parti social-démocrate ; le Parti pour la Bosnie-Herzégovine, l'Union sociale-démocrate et le Parti bosniaque. En République serbe, le Parti des sociaux-démocrates indépendants, le Parti socialiste et l'Union démocratique nationale s'opposent au Parti démocratique serbe et à d'autres « petites » formations radicales.

L'actuel Président de la République serbe et président du Parti démocrate serbe, Dragan Cavic, est candidat à sa réélection à la tête de l'entité serbe.

Les analystes politiques prévoient une campagne électorale difficile. Ils anticipent le fait que les formations vont s'appuyer sur l'appartenance identitaire des électeurs pour les pousser à se prononcer sur des enjeux principalement ethniques. Les problèmes socio-économiques devraient une nouvelle fois être relayés au second plan. « Nous sommes aujourd'hui au milieu d'une campagne périlleuse. Toutes les formations politiques utilisent les institutions nationales à leur profit », souligne l'analyste politique Tanja Topic, qui ajoute : « Une fois encore, les gens ne vont pas se prononcer sur des programmes mais voter sur des noms alors même que ces noms sont les mêmes depuis des années et des années ». Une enquête a récemment montré que 80 % des candidats aux prochaines élections occupent le pouvoir depuis plusieurs années.

La campagne électorale a débuté officiellement le 1er septembre.

Corinne Deloy/Fondation Robert Schuman