Le parti du premier ministre Milo Djukanovic remporte les élections législatives au Monténégro (2006)
2012-12-27

La formation du Premier ministre, Milo Djukanovic, l'Union démocratique des socialistes (DPS), a remporté la majorité absolue aux élections législatives qui se déroulaient au Monténégro le 10 septembre. Il s'agissait du premier scrutin dans cet État récemment séparé de la Serbie et, tout nouvellement, indépendant (depuis le 3 juin dernier).

Le parti du Chef du gouvernement obtient 50 % des suffrages et 41 des 81 sièges du Parlement (résultats non encore officiels). Principale formation d'opposition, le Parti socialiste populaire (SNP), dirigé par Predrag Bulatovic et qui n'a toujours pas reconnu officiellement les résultats du référendum du 21 mai dernier, enregistre une sévère chute et remporte 15 % des voix (11 sièges). Le Mouvement pour le changement (GZP), formation créée le 15 juillet dernier à Cetinje par Nebojsa Medojevic, ancien président de l'organisation non gouvernementale Mouvement pour un changement, recueille 14 % des suffrages et obtient également 11 sièges. De son côté, la Liste serbe (composée du Parti populaire serbe (SNS) d'Andrija Mandic, du Parti radical serbe (SRS) de Tomislav Nikolic, du Parti démocratique de l'unité (DSJ), récemment fondé par Zoran Zizic, du Parti populaire socialiste (NSS) de Novo Vujosevic, du Conseil national serbe (SNV) dirigé par Momcilo Vuksanovic et de l'Alternative académique de Vojin Grubac) remporte douze mandats. Enfin, l'alliance unissant le Parti libéral (LP), dirigé par Miodrag Zivkovic et le Parti bosniaque (BS) d'Esef Husic obtient 3 sièges.

La participation s'est élevée à 70 %, soit 16,6 points de moins qu'au référendum sur l'indépendance du 21 mai dernier et 7,2 points de moins que lors des dernières élections législatives du 20 octobre 2002.

« Le mot de victoire n'est pas suffisant pour ce que nous avons réalisé aujourd'hui. Il s'agit d'un triomphe pour la politique européenne du Monténégro », a déclaré le Premier ministre Milo Djukanovic à l'annonce des premiers résultats. « Ces élections ont montré que le Monténégro était stable et fermement ancré sur la voie européenne », a t-il ajouté. Durant les derniers jours de la campagne électorale, le Chef du gouvernement s'était montré particulièrement confiant. « Je m'attends à une victoire absolue. Je veux dire que nous aurons assez d'élus pour former un gouvernement », avait-il affirmé. « J'attends de ces élections qu'elles soient démocratiques et qu'elles permettent de désigner un gouvernement qui réponde aux exigences auxquelles le Monténégro doit désormais faire face », avait encore déclaré Milo Djukanovic, juste après avoir voté.

Victimes de leurs divisions et incapables de rebondir après leur échec au référendum du 21 mai dernier, les formations d'opposition ne sont donc pas parvenues à écarter du pouvoir le Père de l'indépendance encore auréolé de son succès au référendum du 21 mai dernier. Le Parti socialiste populaire est mis à mal à la fois par la Liste serbe, qui a joué la carte de la surenchère après le référendum du 21 mai dernier, et par le Mouvement pour le changement. « La coalition au pouvoir doit passer à l'opposition pour permettre au processus démocratique de commencer enfin au Monténégro », avait déclaré Nebojsa Medojevic durant la campagne électorale. Si son souhait n'a pas été exaucé, la nouvelle formation a cependant réussi une percée lors de ces élections législatives et pourrait dans les quatre années à venir s'affirmer comme une véritable alternative.

Âgé de 44 ans, le Premier ministre, et ancien Président de la République (1997-2002), Milo Djukanovic, a déjà une longue carrière derrière lui. Entré en politique dans les années quatre-vingts, il devient Premier ministre à 29 ans en 1991. Après avoir longtemps soutenu Slobodan Milosevic, il rompt avec le dictateur serbe en 1997 puis, dans les années suivantes, avec l'idéologie communiste. En 1998, il accède à la fonction suprême de Président de la République. Le 14 mars 2002, Milo Djukanovic signe avec la Serbie les accords de Belgrade, qui unissent les deux entités serbe et monténégrine dans l'Etat de Serbie et Monténégro et l'obligent à patienter au moins 3 ans avant de pouvoir organiser la consultation populaire dont il rêve et qui permettrait à son pays de recouvrer son indépendance. Devenu Premier ministre en mai 2003, le référendum du 21 mai 2006 constituera l'apogée de sa carrière politique encore consacrée par son succès lors de ces élections législatives du 10 septembre.

Durant la campagne électorale, des rumeurs ont circulé sur un éventuel retrait du Premier ministre de la scène politique. « Jusqu'à présent je n'y ai pas pensé ni n'en ai parlé à personne », a cependant souligné le Chef du gouvernement, ajoutant toutefois : « Une campagne électorale n'est pas le meilleur moment pour des plans personnels. Je me sens très fatigué. Ce fut très difficile d'être, au cours des quinze dernières années, responsable de la conduite du pays. Si je m'étais laissé conduire par des intérêts personnels je me serais sans doute interrogé sur ma carrière car personnellement j'aurais pu faire des choix plus agréables », a-t-il poursuivi. Dans le passé, Milo Djukanovic a déjà évoqué l'éventualité d'une « carrière dans les affaires, le tourisme en particulier ».

Milo Djukanovic avait également, durant la campagne électorale, évoqué à demi-mots, la possibilité d'une alliance gouvernementale avec certaines formations de l'opposition. « L'Europe attend le Monténégro. Le gouvernement et l'opposition sont focalisés sur l'appartenance à l'Union. Ceci peut-il faire que gouvernement et opposition coopèrent au Parlement ? Peut-on aller jusqu'à envisager une coopération au niveau gouvernemental ? Pourquoi pas ? Nous avons démontré notre volonté d'élargir le front de la coalition post-électorale avec tous ceux qui partagent les valeurs européennes que nous prônons », s'était-il interrogé fin juillet. Cette proposition avait été, à l'époque, fermement rejetée par la principale formation d'opposition, le Parti socialiste populaire. « Une grande coalition stabiliserait la société monténégrine. Le Monténégro est un cas unique parce que 30 % environ de la population est toujours aux prises avec le dilemme de savoir si le pays a bien fait de devenir un Etat à part entière. Ce serait une bonne chose que ces gens soient représentés au gouvernement », affirme le directeur de l'Institut d'études stratégiques Borut Grgic. Selon un autre analyste politique, Svetozar Jovicevic, le Parti socialiste populaire ne devrait pas entrer au gouvernement sans obtenir certaines choses. « Le SNP va probablement exiger que Milo Djukanovic soit écarté des fonctions exécutives. Mais il reste à voir à quel point une telle demande est réaliste », a t-il déclaré.

Le Premier ministre souhaite que le Monténégro signe, avant la fin de cette année, un accord de stabilisation et d'association avec Bruxelles, premier pas vers une éventuelle intégration à l'Union européenne. « Il va être nécessaire de mener d'importantes réformes pour adapter nos critères à ceux de l'Union européenne. Il faudra continuer à attirer les investisseurs étrangers, sans lesquels la croissance économique se ralentirait. Nous avons besoin de stabilité pour assurer l'européanisation du Monténégro » ; a souligné Milo Djukanovic le jour du scrutin.

Ces élections législatives, surveillées par plus de 2000 observateurs (dont 200 étrangers), se sont déroulées sans incident notable. La veille du scrutin néanmoins, quatorze personnes, membres de la communauté albanaise (dont trois de nationalité américaine), ont été arrêtées dans la municipalité de Tuzi par les forces de police, qui les suspectaient de préparer des actions terroristes.

Corinne Deloy/Fondation Robert Schuman

Résultats des élections législatives du 10 septembre 2006 au Monténégro



Participation : 70 %

- Union démocratique des socialistes (DPS) : 41 sièges
- Parti socialiste populaire (SNP) : 11
- Mouvement pour le changement (GZP) : 11
- Liste serbe (SNS-SRS-DSJ-NSS-SNV) : 12
- Parti libéral-Parti bosniaque (LP-BS) : 3
- Autres : 3

Source : Reuters