Les "non-citoyens" en Lettonie : le sort des russophones
2006-09-20

Enjeu politique majeur et permanent en Lettonie, le statut des 420.000 habitants du pays (représentant 18 % de la population) qui ne possèdent pas la nationalité lettone et, n'étant pas ressortissants d'un autre pays, se retrouvent sans nationalité.

La plupart d'entre eux possèdent un passeport de « non citoyens lettons ». Ce statut leur donne le droit de résider dans le pays et l'accès aux services sociaux au même titre que les citoyens lettons. Les non-citoyens ne sont cependant pas autorisés à voter aux élections nationales et locales et à travailler dans la police ou l'armée. En outre, certains Etats, qui ne demandent pas de visa aux Lettons, en exigent un pour les non-citoyens.

Lors de l'indépendance du 21 août 1991, seuls les habitants, ayant été citoyens lettons avant la Deuxième Guerre mondiale, et leurs descendants sont devenus Lettons. De nombreuses personnes, étant venues vivre en Lettonie durant l'occupation soviétique, se sont donc retrouvées sans nationalité. Il a fallu attendre 1994 pour qu'une première loi autorise ces personnes à demander la nationalité lettone par naturalisation. En 1998, après de longs débats, une nouvelle loi sur la citoyenneté a été adoptée et a remplacé celle votée quatre ans plus tôt. Mais obtenir la nationalité lettone reste chose difficile : un minimum de cinq années de résidence dans le pays est requis tout comme une bonne connaissance de la langue lettone ainsi que de l'histoire, de la culture et de la Constitution du pays. Enfin, les nouveaux citoyens doivent prêter serment et renoncer à leur ancienne nationalité. En novembre 2005, environ 109 000 personnes avaient demandé la nationalité lettone, désormais synonyme de citoyenneté européenne, 103 000 l'ont obtenue.
Rappelons que jusqu'au 1er juillet 1995, la Lettonie a accordé à toute personne ayant été contrainte de fuir le pays durant les occupations soviétique ou nazie la possibilité de conserver, en plus de la citoyenneté lettone, celle qu'elle avait obtenue auprès de son pays d'accueil.

La Lettonie possède la minorité russophone la plus nombreuse des trois Républiques baltes. Selon les chiffres officiels datant de juillet 2004, les « Lettons de souche » représentent 58,7 % de la population et les « Russes », 28,8 %. 58,2 % des habitants ont le letton pour langue maternelle, 37,5 % le russe. La minorité russophone est majoritaire dans sept des huit plus grandes villes du pays.

Corinne Deloy.Fondation Robert Schuman