Le pacte Ribbentrop-Molotov scelle le destin des pays baltes pour 52 ans (23 août 1939)
2012-12-18

Dans la nuit du 23 au 24 Août 1939, les ministres des Affaires Etrangères de l'Allemagne nazie, Joachim von Ribbentrop, et de l'U.R.S.S, Viatcheslav Molotov, signaient un traité de non-agression par lequel les deux États totalitaires s'engageaient à renoncer à tout acte de violence, à tout acte d'agression et à toute attaque entre eux.

Mais ce traité comportait un protocole secret supplémentaire stipulant notamment: « Dans le cas d'un réarrangement territorial et politique dans les régions des États Baltes (Finlande, Estonie, Lettonie, Lituanie), la frontière nord de la Lituanie représentera la limite des zones d'influence de l'Allemagne et de l'URSS. À cet égard, chaque Partie reconnaitra l'intérêt de la Lituanie dans la région de Vilnius. » . Ce protocole secret du 23 août sera modifié par un protocole additionnel secret du 28 septembre qui stipulera que « ... le territoire de l'État lituanien est inclus dans la sphère d'influence de l'URSS... ». À noter qu'au procès de Nuremberg, l'URSS niera l'existence de ces protocoles secrets alors qu'ils seront lus en séance. Il faudra attendre 1989 pour qu'ils soient reconnus !

L'Allemagne nazie envahit la Pologne le 1er septembre, sans crainte de réaction soviétique. En réaction, la Grande-Bretagne et la France déclarent la guerre à l'Allemagne le 3 septembre. L'hagiographie officielle soviétique affirme que l'URSS n'est entrée en guerre que le 22 Juin 1941, en réaction à l'attaque allemande contre elle. En fait, elle débuta la seconde guerre mondiale dès le 17 septembre 1939, en tant qu'alliée de l'Allemagne nazie, par l'occupation de « sa » part de Pologne, accordée par le pacte Ribbentrop-Molotov. Elle la poursuivit par la guerre contre la Finlande, pour laquelle elle fut exclue de la Société des Nations, puis par les annexions des États Baltes. L'URSS participa à l'effort de guerre nazi pendant 2 ans, jusqu'au 22 Juin 1941.

La mainmise sur les Etats Baltes se fit en deux temps :
- Prétextant l'évasion d'un sous-marin polonais du port de Tallinn, Staline obligea les autorités estoniennes à signer le 28 septembre 1939 un pacte d'assistance mutuelle et à autoriser l'établissement de bases soviétiques. Puis ce fut le tour de la Lettonie (5 octobre) et de la Lituanie (10 octobre) de devoir signer de semblables traités. Les troupes soviétiques stationnées dans les États (par exemple 20.000 en Lituanie) étaient plus importantes que les armées nationales !
- Dans un deuxième temps, considérant qu'ils n'appliquaient pas les traités d'assistance mutuelle, Staline obligea les trois Etats à former des cabinets de coalition, surveillés par des commissaires politiques soviétiques. Ces derniers, ayant « contrôlé » les élections, auxquelles ne purent se présenter que les candidats choisis par les partis communistes, les listes uniques remportèrent bien évidemment tous les sièges (99,2 % des suffrages en Lituanie !). En Juillet 1940, les trois Parlements décidaient à l'unanimité de proclamer leur pay respectif République Socialiste Soviétique, et de solliciter auprès du Soviet Suprême leur admission au sein de l'URSS. Admission qui fut - ô surprise - accordée.

Aujourd'hui, la Russie de M. Poutine se permet toujours de dire que les trois Etats Baltes ont rejoint de leur plein gré l'URSS et entretient le mythe qu'il n'y a pas eu d'occupation. À vous de juger ! Mais on se rappellera que, dans la seule nuit du 13 au 14 Juin 1941, 15.500 Lettons (dont 2.400 enfants de moins de 10 ans), 11.000 Estoniens et environ 21.000 Lituaniens seront arrêtés et déportés vers les goulags. C'est donc que l'unanimité n'était pas si belle. Il n'est donc pas étonnant qu'une certaine partie des populations baltes aient accueilli les Allemands, en Juillet 1941, en libérateurs. Elles déchantèrent vite, comprenant qu'elles entraient dans une seconde occupation, aussi terrible que la première.

Le pacte Ribbentrop-Molotov a bel et bien scellé le destin des États Baltes pour 52 ans.

Gilles Dutertre, correspondant du COLISEE à Vilnius.

[URL : http://gillesenlituanie.hautetfort.com]