L'arrestation à Tbilissi de militaires russes accusés d'espionnage cristallise la crise politique entre la Russie et la Géorgie (septembre 2006)
2013-12-11

Cinq militaires russes accusés d'espionnage, dont quatre officiers, ont été arrêtés mercredi 27 septembre en Géorgie et placés en garde à vue dans la maison d'arrêt du département de contre-espionnage du ministère géorgien de l'Intérieur. Par ailleurs les forces de l'ordre géorgiennes ont encerclé le bâtiment du Groupe de troupes russes en Transcaucasie (GTRT) dans la capitale géorgienne.

Le ministre géorgien de la Défense, Irakli Okrouachvili, a déclaré que l'encerclement ne serait pas levé tant que le lieutenant-colonel du GRU (renseignement militaire) Konstantin Pitchouguine, soupçonné d'espionnage, ne serait pas remis aux autorités géorgiennes.

Le ministre géorgien de l'Intérieur, Vano Merabichvili, a annoncé le lendemain, lors d'un point de presse, avoir mis à la disposition des médias les enregistrements vidéo et audio témoignant des activités d'espionnage auxquelles se seraient livrés les officiers russes arrêtés : "Les matériaux mentionnés contiennent des preuves suffisantes que des officiers de la Direction principale du renseignement (GRU) de la Fédération de Russie (sic) se livraient à des activités d'espionnage, recrutaient personnellement des citoyens géorgiens et commettaient d'autres délits".

Vive réaction des autorités russes



Les autorités russes n'ont pas tardé à réagir avec vivacité.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a exprimé sa préoccupation suscitée par l'arrestation des militaires russes qu'il a qualifiée de nouvelle provocation et d'acte politique dirigé contre la Russie. "Nous sommes vivement préoccupés par la nouvelle provocation montée par la partie géorgienne qui a arrêté quatre militaires russes qui accomplissent leur service en Géorgie", a-t-il déclaré dans un entretien avec les journalistes jeudi à Ioujno-Sakhalinsk.

Le ministre russe de la défense a qualifié ce geste des autorités géorgiennes d'acte "arbitraire" et de manifestation d'"hystérie".

Le ministère russe des Affaires étrangères (MID) a rappelé l'ambassadeur de Fédération de Russie à Tbilissi Viatcheslav Kovalenko et a organisé l'évacuation des employés des établissements russes en Géorgie et des membres de leurs familles, à partir du vendredi 29. "La décision a été prise de rappeler l'ambassadeur de la Fédération de Russie en Géorgie (Viatcheslav Kovalenko) pour consultations", a annoncé jeudi le département de l'Information et de la presse du MID dans un communiqué (…) « Suite à la menace accrue à la sécurité des personnels des établissements russes en Géorgie et des membres de leurs familles, leur évacuation partielle a été ordonnée. Les premiers vols sont prévus pour le vendredi 29 septembre ». Tous les diplomates russes sauf deux ont été évacués samedi 30 de Tbilissi. Le MID a également recommandé aux citoyens russes de s'abstenir de se rendre en Géorgie.

Les nationalistes russes montent au créneau



Les populistes russes, de leur côté, n'ont pas manqué de surenchérir.

Alexeï Mitrofanov, député du groupe LDPR (Parti libéral-démocrate de Russie) a estimé jeudi devant les journalistes que les représentants de la diaspora géorgienne en Russie pourraient avoir des problèmes en raison des actions des dirigeants géorgiens à l'égard des officiers russes, "Notre ambassade a déjà cessé de délivrer des visas. À mon avis, d'éminents représentants de la diaspora géorgienne en Russie pourraient avoir des ennuis. Ce sera une forme de pression sur Tbilissi", a-t-il déclaré. Les représentants de la diaspora géorgienne font des affaires importantes à Moscou et dans d'autres villes de Russie. "Ces affaires sont bien plus importantes que tout ce qui se passe à Tbilissi. Moscou pourrait s'en servir en vue de régler la crise", a poursuivi Alexeï Mitrofanov.

La possibilité de sanctions économiques contre la Géorgie a également été suggérée par la première vice-présidente de la Douma, chambre basse du parlement russe, Lioubov Sliska, vendredi.

De son côté, Vladimir Jirinovski, vice-président de la Douma pour le groupe du Parti libéral démocrate (populiste), a avancé l'idée selon laquelle la Russie devrait arrêter les livraisons d'énergie en riposte à toute démarche hostile de la part de Tbilissi. "Il faut déclarer carrément aux Géorgiens que toute démarche hostile, toute offense à l'adresse d'un soldat russe et de la Russie entraîneront immédiatement l'arrêt de nos livraisons". Il a également estimé que des mesures économiques devaient être appliquées contre la Géorgie. "Des mesures économiques devraient être appliquées depuis longtemps, par exemple, les prix du gaz fourni à la Géorgie doivent être relevés jusqu'à la moyenne européenne". M. Jirinovski affirme également que la Russie pourrait expulser les migrants clandestins géorgiens. "En Russie, il y a beaucoup de ressortissants géorgiens en situation irrégulière. Qu'est-ce qui nous empêche de les reconduire à la frontière ? Voilà qui serait à même de refroidir les esprits échauffés à Tbilissi". Et d'ajouter qu'à son avis, les événements de Géorgie sont un signe précurseur de l'effondrement du régime : les dirigeants géorgiens ont peur d'un coup d'Etat, d'un soulèvement populaire et c'est pour cette raison qu'ils luttent contre l'opposition et attaquent les militaires russes. La Russie doit agir avec fermeté, ne pas admettre que ses militaires soient offensés. "Nos militaires passés à tabac, c'est une agression contre notre pays, voilà pourquoi nos hommes en uniforme doivent avoir l'ordre de tirer pour se protéger. Personne n'est même habilité à les approcher et à vérifier leurs papiers".

Les provocations des autorités géorgiennes ont pour but de préparer une opération militaire qui pourrait commencer à tout moment en Ossétie du Sud et en Abkhazie, a estimé vendredi le directeur de l'Institut d'études politiques et membre de la Chambre civile, Sergueï Markov. "Je pense que tous ces événements ont pour objectif final la préparation d'une opération militaire, d'abord en Ossétie du Sud et puis en Abkhazie," a-t-il affirmé. "Tout est déjà préparé et l'explosion peut survenir à tout moment (…) Les arrestations et toutes ses provocations ont pour but de renforcer le soutien financier (au président géorgien Mikhaïl Saakachvili). L'objectif final est une opération militaire".

Prudence diplomatique



Cependant, consciente des risques d'escalade et de retombées négatives sur le plan international que cette affaire peut déclancher, la diplomatie russe semble faire preuve de prudence.

Le président du Conseil de la Fédération, chambre haute du parlement russe, Sergueï Mironov, juge des sanctions économiques contre la Géorgie prématurées. "Il faut d'abord tenter de résoudre le conflit au niveau politique", a-t-il déclaré vendredi à Novgorod où il effectue un déplacement.

La Russie n'a pas l'intention d'annexer des territoires géorgiens, a déclaré vendredi le ministre russe de la Défense Sergueï Ivanov lors d'une conférence de presse en Slovénie, où il se trouve en visite de travail. "Nous expliquons constamment à nos partenaires qu'on essaie d'accuser la Russie de vouloir annexer des territoires géorgiens. Nous n'avons aucune intention d'annexer quoi que ce soit. Nous souhaitons que les conflits gelés, ceux du Caucase, comme des Balkans et de Chypre, soient résolus d'après les règles et les normes universelles", a indiqué Sergueï Ivanov.

Synthèse de dépêches de Ria Novosti, établie par Hervé Collet.