Russie : Anna Politkovskaia (1958 - 2006), journaliste
2013-12-12

La journaliste russe Anna Politkovskaia, réputée pour sa couverture critique de la guerre en Tchétchénie, a été retrouvée morte samedi 7 octobre à Moscou, selon la police. Auteur de "Tchétchénie : le déshonneur de la Russie" et de "La Russie selon Poutine", elle était un "témoin gênant".

Son corps a été découvert dans l'ascenseur d'un immeuble, a expliqué à l'Associated Press l'officier de permanence au commissariat central de la capitale russe. Un revolver et quatre balles ont été retrouvés à ses côtés.

Grand reporter à "Novaia Gazeta", elle avait notamment écrit "Tchétchénie: le déshonneur russe". Depuis août 1999, Anna Politkovskaia s'était rendue plus d'une quarantaine de fois en Tchétchénie pour couvrir la guerre. Dans ce livre, elle décrit le calvaire de la population tchétchène, les exactions commises par les soldats russes et les règlements de compte.

En 2004, la journaliste était tombée gravement malade après avoir bu du thé sur un vol de Moscou vers le sud de la Russie, en pleine prise d'otages dans l'école de Beslan. A l'époque, ses collègues avaient soupçonné une tentative de meurtre.

Biographie



Anna Politkovskaïa, grand reporter du bihebdomadaire Novaïa Gazeta, était l'un des seuls journalistes à rendre compte de manière indépendante de ce qui se passe en Tchétchénie. À ce titre, elle a été plusieurs fois primée en Russie et par le Pen Club International en 2002. Elle a reçu en 2003 le prix du Journalisme et de la Démocratie, décerné par l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe.

Depuis août 1999, Anna Politkovskaïa s'était rendue plus d'une quarantaine de fois en Tchétchénie pour couvrir la guerre, la seconde qui frappe cette petite République. Pour elle, c'était l'avenir même de la Russie et ses chances d'accéder à une véritable démocratie qui étaient en jeu.

Dans ses articles et son livre « Tchétchénie, le déshonneur russe » (paru en France dans la collection Folio Poche - préface d'André Glucksmann), Anna Politkovskaïa décrit le calvaire de la population tchétchène et montre que la poursuite du conflit le rend de plus en plus incontrôlable. La violence absolue favorise la minorité tchétchène la plus extrême, au détriment de la majorité acquise aux idées occidentales, et déshumanise les combattants des deux camps. Les militaires russes pillent, violent et tuent en toute impunité, les combattants tchétchènes sombrent dans la délation et les règlements de comptes, dévorés par le désir de vengeance d'un côté, et les exigences cyniques de la survie de l'autre, basculant parfois dans la criminalité pure et simple. Pour elle, cette spirale infernale trouve son origine dans la tradition d'un pouvoir qui a besoin d'un ennemi - bouc émissaire - pour lui faire porter le poids des malheurs - réels - des Russes dans la difficile période du postcommunisme.

Résumé du livre « La russie selon Poutine »

(Buchet Chastel/2006)

« Pourquoi je n'aime pas Poutine ? » s'interroge Anna Politkovskaïa. La réponse est simple et nette : « Parce qu'il n'aime pas son peuple ! » Parce qu'il se comporte dans la plus pure tradition du KGB dont il est issu, avec un cynisme inégalable. À travers une succession de récits et de rencontres, en reprenant des dossiers tels que ceux des criminels de guerre, des « petits arrangements » qui lient mafia, police et justice, ou des tragédies des prises d'otages à Moscou ou à Breslan, la journaliste dresse un portrait douloureux de ses concitoyens et de son pays. Au fil des pages, c'est l'inhumanité du régime russe et de son premier dirigeant qui transpire. « Nous ne sommes rien, alors qu'il est tsar ou Dieu ».