La communauté internationale s'inquiète de la tension russo-géorgienne (2006)
2012-04-02

Les Nations Unies et l'Union Européenne s'expriment devant l'escalade verbale qui s'est développée entre la Russie et la Géorgie.

A) Résolution "balancée" du Conseil de Sécurité des Nations Unies, le 13 octobre 2006



Dans un contexte de forte tension entre Moscou et Tbilissi, après l'arrestation et la libération de quatre officiers de renseignements militaires russes oeuvrant sur le territoire géorgien, après le blocus économique de la Géorgie décidé par la Russie, la diplomatie russe a fait adopter par le Conseil de Sécurité des Nations Unies une résolution "balancée" concernant le conflit abkhazo - géorgien.

La résolution numéro 1716, adoptée à l'unanimité des membres (dont les Etats-Unis et la France),

- réaffirme l'attachement de tous les Etats membres à la souveraineté, à l'indépendance et à l'intégrité de la Géorgie à l'intérieur de ses frontières internationalement reconnues (1) et la volonté de promouvoir le règlement du conflit par des moyens pacifiques,

- note avec préoccupation les nouvelles tensions créees entre la partie abkhaze et la partie géorgienne suite au déploiement par cette dernière de troupes d'élite dans la haute vallée du Kodori (2),

- engage les dirigeants abkhazes à prendre véritablement en compte la nécessité de veiller au retour des personnes déplacées et réfugiées (3),

- reconnaît le rôle important de la force de maintien de la paix de la CEI (4) dans la zone du conflit,

- décide de proroger le mandat des observateurs des Nations Unies jusqu'au 15 avril 2007 (5).

Analyse

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Si la Géorgie voit sa souveraineté territoriale réaffirmée sur les régions sécessionnistes, elle est mise en demeure de respecter les accords de cessez-le-feu signé à Moscou le 14 mai 1994 après sa défaite militaire. Elle est priée d'éviter les tensions supplémentaires, comme celles générées en juillet 2006 par le déploiement de troupes dans la haute vallée du Kodori.

Si la Russie se fait reconnaître un rôle stabilisateur dans cette région du Caucase Sud et voit avec plaisir Tbilissi appelé à la retenue, elle ne peut échapper à la réaffirmation de la souveraineté territoriale géorgienne et de la nécessité du retour en Abkhazie des Géorgiens expulsés en 1993 / 1994, Géorgiens qui en constitueraient l'ethnie majoritaire.

Le pouvoir autoproclamé d'Abkhazie ne peut que regretter ces réaffirmations qui vont à l'encontre d'une reconnaissance internationale de son indépendance.

Paradoxalement, cette résolution à l'initiative de la Russie (et qui se voulait certainement "punitive" après l'arrestation de quatre officiers de renseignement russes quelques jours auparavant) et avec l'accord des Etats-Unis (savoir jusqu'où ne pas aller) dessert - elle vraiment les intérêts géorgiens à long terme ?

Sur le court terme en tout cas, la crise a certainement servi les intérêts du Mouvement National de Mikheïl Saakachvili qui a remporté les élections municipales du 5 octobre 2006 (6).

Notes :

(1) Abkhazie et Ossétie du Sud sécessionnistes comprises (NDLR),

(2) la haute vallée du Kodori est une petite partie du territoire abkhaze sous contrôle géorgien,

(3) de 2 à 300 000 Géorgiens furent expulsés d'Abkhazie en 1993 /1994,

(4) la force de maintien de la paix de la CEI est exclusivement russe,

(5) la présents MONUG est présente depuis août 1993. Son effectif pour 2006 est de 412 personnes (dont 121 militaires), sous la responsabilité du représentant spécial du Secrétaire Général des Nations Unies, le français Jean Arnault.

(6) Les élections municipales géorgiennes du 5 octobre ont donné 77,08% des voix au Mouvement national (majorité présidentielle), 8,57% aux Républicains et Conservateurs, 6,42% aux Travaillistes, 3,79% aux Industrialistes et 1% à la Voie de la Géorgie (tous dans l'opposition)
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B) Déclaration de l'Union Européenne sur les tensions avec la Russie, le 17 octobre 2006



Le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'Union Européenne, réuni à Luxembourg les 16 et 17 octobre 2006,

- exprime sa préoccupation devant la montée des tensions entre la Russie et la Géorgie,

- salue l'action des Représentants de l'Union Européenne et de l'OSCE pour la libération des quatre officiers russes arrêtés à Tbilissi,

-exprime sa profonde inquiétude devant les mesures adoptées par la Russie à l'encontre de la Géorgie (avec leurs conséquences économiques, politiques et humanitaires) et à l'encontre des Géorgiens vivants sur le territoire russe,

-rappelle le souhait de l'Union Européenne de développer une politique de partenariat stratégique avec la Russie et une politique de voisinage avec la Géorgie, dans l'esprit de participer à la stabilité et à la prospérité de cette région du monde,

- appelle les deux parties à progresser vers des solutions pacifiques aux conflits en Abkhazie et en Ossétie du Sud, dans le respect de la souveraineté et de l'intégrité de la Géorgie, en accord avec la récente résolution numéro 1716 des Nations Unies (1).

Analyse

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Pour rendre leur déclaration acceptable par la Russie, les ministres des Affaires étrangères de l'Union Européenne (à l'initiative de la France, selon certaines sources) se sont abrités derrière la résolution des Nations Unies initiée par la Russie : implicitement le retrait des forces militaires géorgiennes de la haute vallée du Kodori est demandé.

A contrario pour la rendre acceptable par Tbilissi, l'abrogation par la Russie des mesures qui frappent les Géorgiens émigrés en Russie est explicitement demandée.

Interrogé le même jour, le président Mikheïl Saakachvili déclare attendre de l'Union Européenne "une position forte", "rappelant au respect des droits de l'homme". Plus pragmatiquement il souhaite que les barrières douanières de l'Union Européenne s'ouvrent aux produits géorgiens, en compensation à l'embargo décrété par la Russie.

Par ailleurs, avec une pointe de provocation, il propose la citoyenneté géorgienne aux Russes résidant en Géorgie.

Note : (1) la résolution 1716 des Nations Unies demande expressément à la Géorgie de ne pas trangresser les accords de cessez-le-feu de 1994, ce qu'elle est sensé avoir effectué en juillet 2006 en envoyant des troupes d'élite dans la haute vallée de Kodori (partie de l'Abkhazie sous contrôle géorgien).





Voir aussi :

- [URL : 1446],

- [URL : 1664],

- 01.10.2005 [URL : 2012],

- 21.04.2006 [URL : 2165].

- 30.06.2006 [URL : 2211].