Avec l'entrée de la Roumanie et de la Bulgarie, l'Union Européenne passe à 27 pays membres (2007)
2012-06-14

Depuis le 1er janvier, deux États riverains de la mer Noire, jadis communistes, la Roumanie et la Bulgarie, ont rejoint l'Union Européenne, qui passe désormais à 27 pays membres. Ce nouvel élargissement fait suite à celui de 2004, quand dix pays - huit de l'ancien bloc de l'Est, plus Malte et Chypre - avaient rejoint l'Union européenne.

Ces deux pays avaient raté le rendez-vous de 2004, mais une accélération des réformes, notamment dans la lutte contre la corruption, assortie d'une forte volonté politique de la Commission et des États membres, leur a finalement permis d'obtenir leur carte d'entrée. L'adhésion des deux pays a été validée en septembre, même si certains dossiers comme celui de la corruption persistante, de la réforme de la justice ou de l'agriculture n'ont pas suffisamment avancé.

L'arrivée de la Roumanie - le plus grand des deux nouveaux entrants - et de la Bulgarie, fait passer la population de l'Union Européenne de 460 à 490 millions d'habitants, même si la puissance économique de l'UE croît seulement de 1 %. Leurs produits intérieurs bruts par habitant, en effet, représentaient en 2005, 34 % et 33 % de la moyenne européenne (en parité de pouvoir d'achat), selon les chiffres de l'office statistique européen Eurostat. Soit 14 à 15 points au-dessous de l'actuel pays le plus pauvre de l'UE, la Lettonie, dont la richesse par habitant atteint 48 % de la moyenne. Néanmoins, ils devraient connaître un rattrapage économique rapide à l'image des États membres entrés lors du précédent élargissement en 2004. Les investissements étrangers, attirés par une main d'œuvre bon marché et la proximité des marchés d'Europe de l'Ouest, sont déjà importants en Bulgarie et en Roumanie et devraient être renforcés avec leur entrée dans l'UE. Ces pays ont déjà vu le retour de la croissance ces dernières années, après la récession qui avait suivi la chute des régimes communistes. Pour 2006, la Bulgarie devrait connaître 5,5 % de croissance et la Roumanie 7 %.

Le défi s'annonce de taille pour l'Union européenne, d'autant qu'elle devra gérer dans le même temps une situation politique compliquée. Le projet de Constitution européenne, rejeté par les français et les néerlandais en 2005, est désormais au point mort au moins jusqu'à l'élection présidentielle française. Ce nouvel élargissement pourrait relancer la question des frontières de l'Europe et plus largement du projet européen, à l'heure où des négociations d'adhésion ont été lancées avec la Croatie et la Turquie, et que la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine, la Serbie, le Monténégro ainsi que l'Albanie frappent à la porte.

Un élargissement officiellement salué…



Le commissaire européen à l'élargissement Olli Rehn a souhaité dimanche 31 décembre, à Sibiu (ville au centre de la Roumanie, désignée capitale culturelle européenne pour 2007) la bienvenue à la Roumanie et à la Roumanue dans l'Union européenne : « Le Nouvel An constitue le commencement d'une nouvelle ère pour la Roumanie et la Bulgarie ». « C'est encore un peu du Mur de Berlin qui s'effondre".
De son côté, Jacques Chirac a souhaité le même jour la bienvenue aux nouveaux « concitoyens européens », dans un message télévisé adressé aux Bulgares et aux Roumains. Il a déclaré que ce moment était historique tant pour eux que pour l'Europe, avec laquelle ils vont partager à partir de demain « la même histoire et le même destin ». Il leur a souhaité, « au nom de la France et de tous les Français » la bienvenue dans l'Union européenne. Selon le président français, les anciens désaccords qui ont blessé le continent ont enfin disparu. « Sofia et Bucarest sont de nouveau des capitales de l'Europe' », « Votre succès est aussi celui de l'Union, qui réussit aujourd'hui son cinquième élargissement ».

… qui laisse planer un certain nombre de doutes dans les domaines politiques et sociaux



Certains, en Europe de l'Ouest, voient cette entrée d'un mauvais oeil, craignant notamment une hausse de la criminalité - trafics de drogue et d'êtres humains sont en effet répandus tant en Roumanie qu'en Bulgarie - et l'arrivée d'une main d'oeuvre bon marché. Le rapport 2006 de l'organisation Transparency International (TI) épingle la Roumanie, classée au 84e rang derrière des pays comme la Mauritanie ou le Sénégal.

Sofia et Bucarest devront prouver tous les six mois qu'ils continuent leurs progrès en matière de justice, d'alimentation, de sécurité aérienne et de gestion des aides européennes. En cas de manquement, les fonds qui leur sont alloués pourraient être réduits : les 25 pourraient ne plus reconnaître les décisions de la justice roumaine ou bulgare et Bruxelles pourrait suspendre une partie des aides agricoles.