Serbie : élections législatives le 21 janvier 2007
2012-05-12

Environ 6,6 millions de Serbes sont appelés aux urnes le 21 janvier prochain pour élire les 250 membres du Parlement. Le Parlement serbe a adopté le 10 novembre dernier une loi constitutionnelle permettant l'organisation d'élections législatives (initialement prévues fin 2007) anticipées.

Cette décision s'explique par la volonté des formations démocratiques de ne pas laisser le débat sur l'avenir du Kosovo occuper une place centrale dans la campagne électorale. Ces dernières espèrent qu'en organisant le scrutin avant la décision de l'ONU elles parviendront à contenir les ultranationalistes du Parti radical (SRS) et du Parti socialiste (SPS). En 2007, les Serbes seront aussi appelés à élire leurs représentants provinciaux et locaux ainsi que, le 31 mai, leur Président de la République.

Le système électoral



L'Assemblée nationale est la Chambre unique du Parlement serbe. Elle compte 250 membres élus pour 4 ans au scrutin proportionnel au sein d'une circonscription unique. Chaque liste électorale doit obtenir au moins 10 000 signatures de citoyens pour concourir, 3 000 pour les formations représentant des minorités.

La loi électorale a été réformée en 2006 et le seuil obligatoire de 5 % des suffrages exprimés pour être représenté au Parlement a été aboli, une réforme qui devrait permettre aux minorités (rom, hongroise, croate, roumaine, bosniaque, etc.) d'obtenir entre 1 et 3 sièges. La communauté internationale a insisté pour que les minorités soient mieux représentées dans l'Assemblée nationale. Par ailleurs, le nombre de signatures indispensable pour participer aux élections législatives a été réduit à 3.000 (contre 10.000 auparavant) pour les listes de formations représentant des minorités.

La campagne électorale



Si le futur statut du Kosovo sera décidé après les élections législatives, la question de l'avenir de la province occupe cependant le devant de la scène à un mois du scrutin. Cette problématique ainsi que la crise socioéconomique qui frappe la Serbie sont les deux grands enjeux des élections législatives du 21 janvier prochain.

Le programme du

Parti démocrate

met l'accent sur l'adhésion du pays à l'Union européenne et la lutte contre la pauvreté. La tête de liste du Parti démocrate est

Ruzica Djindjic

, veuve de l'ancien Premier ministre Zoran Djindjic (DS) assassiné le 12 mars 2003, un crime pour lequel 13 suspects sont en attente de jugement à Belgrade. Ruzica Djindjic a déclaré se sentir « une obligation morale » par rapport au Parti démocrate. Après avoir refusé au début de l'année, « pour raisons familiales » de prendre la tête du Parti démocrate, Ruzica Djindjic a accepté d'être la tête de liste de la formation pour les élections législatives. « Je me dois de contribuer à la transformation démocratique de la Serbie. Je veux que les démocrates terminent le travail commencé par mon époux », a t-elle affirmé. Elle a déclaré avoir été influencée par les récents événements et se dit convaincue que les prochaines élections seront déterminantes : « Ou bien la Serbie continue son chemin vers la démocratie dessiné par son époux ou bien elle choisit la régression ». Elle a refusé de répondre à toute question portant sur le nom d'un futur Premier ministre, affirmant qu'elle ne se voyait pas occuper de telles fonctions mais déclarant néanmoins qu'elle se tenait « prête » au cas où le parti le lui demanderait. « Une femme Premier ministre renforcerait la position de la femme en Serbie », a t-elle souligné. La liste du Parti démocrate comprend des représentants des minorités hongroise et roumaine et un tiers des sièges sont réservés à des candidates.

Le

Parti démocratique de Serbie

s'appuie sur le bilan de

Vojislav Kostunica

à la tête du gouvernement depuis le 4 mars 2004. Le Premier ministre, qui est candidat à sa propre succession, peut effectivement afficher parmi la liste de ses réalisations une normalisation de la vie politique qui a obligé le Parti radical et le Parti socialiste à des compromis. Vojislav Kostunica peut également mettre en avant les réformes mises en œuvre par son gouvernement comme l'introduction de la TVA, les privatisations et les réformes de la justice et des médias. Le gouvernement sortant se voit toutefois reprocher la perte du Monténégro, devenu indépendant le 21 mai, et son échec à réformer les services de sécurité. Le Parti démocratique de Serbie a fait alliance pour les élections législatives avec Nouvelle Serbie, Serbie unie et le Mouvement du renouveau serbe.

G17 Plus

met l'accent sur la crise socio-économique que traverse le pays et promet de réduire le chômage de moitié. La formation a également promis pour 2008 l'abolition des visas pour les citoyens serbes se rendant dans l'Union européenne.

Le

Parti radical

a annoncé par la voix de son président par intérim,

Tomislav Nikolic

, qu'il ne participerait pas à un gouvernement dans lequel siègeraient le Parti démocrate ou le Parti démocratique de Serbie. « Les citoyens serbes savent que la communauté internationale est favorable à l'indépendance du Kosovo et ils vont punir les comportements anti-nationaux de Boris Tadic et de Vojislav Kostunica », a déclaré Tomislav Nikolic.

Vojislav Seselj

est la tête de liste du Parti radical. Il a fait 28 jours de grève de la faim entre le 10 novembre et le 7 décembre pour protester contre le traitement qui lui est réservé au Tribunal pénal international de La Haye. Cette action avait pour but de mobiliser l'électorat de la formation, majoritaire au Parlement, dans la perspective des élections législatives. Le Parti radical fait campagne contre l'indépendance du Kosovo et la suspension des négociations de la Serbie avec l'Union européenne. La formation s'appuie sur le mécontentement d'une partie de la population, sur les difficultés des plus défavorisés et sur le nationalisme des Serbes.

Le 5 décembre,

Ivica Dacic

a été élu à la tête du

Parti socialiste

par 1 287 voix, contre 792 à son rival Milorad Vucelic. Le nouveau président, qui succède à ce poste à Slobodan Milosevic, est opposé à l'appartenance de la Serbie à l'OTAN, organisation qui a bombardé le pays en 1999, mais favorable à l'adhésion de son pays à l'Union européenne. Lors de son congrès, le Parti socialiste a voté une résolution à l'honneur des « efforts héroïques de Slobodan Milosevic pour défendre le peuple serbe ». Le Parti socialiste et le Parti radical ont essuyé en octobre dernier un échec aux élections locales qui se déroulaient dans plusieurs municipalités du Sud du pays. Les deux formations ont notamment perdu la ville de Leskovac au profit du Parti démocrate et de G17 Plus.

Les

formations albanaises de la vallée de Presevo

(Sud) participeront aux élections législatives, une première depuis 1990. Ces partis, qui ont boycotté tous les scrutins depuis 16 ans, ont décidé de s'impliquer après la modification de la loi électorale par le Parlement. Ensemble, les trois formations - le Parti pour l'action démocratique (PDD) de Riza Halimi, le Mouvement pour un progrès démocratique (PDP) de Jonuz Musliu et l'Union démocratique de la vallée (DUD) de Skender Destani - qui se présentent sous le nom de Coalition des Albanais de la vallée de Presevo, pourraient obtenir entre 1 et 3 sièges dans le prochain Parlement. Le Parti démocratique albanais (DPA-PDSh) de Ragmi Mustafa a décidé de boycotter le scrutin. Les formations albanaises se battent pour la reconnaissance officielle de la langue albanaise dans l'éducation, la sauvegarde de l'identité albanaise, l'intégration de la population albanophone dans la société serbe et une plus grande décentralisation.

Derniers sondages



Un mois avant les élections, les enquêtes d'opinion diffèrent beaucoup d'un institut à l'autre. Selon un sondage réalisé par l'agence Medium Gallup, le Parti radical recueillerait 30 % des suffrages, le Parti démocrate 19 % et le Parti démocratique de Serbie 15 %. Ces trois formations seraient suivies de G17 Plus avec 10 % et du Parti libéral-démocrate (LDP) de Cedomir Jovanovic avec 5 %.

Selon une autre enquête d'opinion, le Parti démocrate recueillerait 21,8 % des suffrages, le Parti radical 17,2 % et le Parti démocratique de Serbie-Nouvelle Serbie 12,8 %. Cependant, les électeurs du Parti radical semblent les plus motivés : 30 % d'entre eux se déclarent sûrs de se rendre aux urnes le 21 janvier prochain, contre 28 % pour le Parti démocratique et 16 % pour le Parti démocratique de Serbie. Selon ce même sondage, le Parti socialiste recueillerait 6 % des voix tout comme le Parti libéral-démocrate et G17 Plus. Le Mouvement Force pour la Serbie (PSS) de Bogoljub Karic est crédité de 4,5 % et le Mouvement du renouveau serbe de 3,5 %.
Selon le politologue Jovo Bakic, « Le Parti radical serbe possède une solide base électorale et ne devrait pas descendre sous les 25 %. Le Parti démocrate et le Parti démocratique de Serbie peuvent réaliser un bon résultat mais personne ne s'attend à ce qu'ils arrivent en tête. La question est quel nombre de voix les séparera ces deux formations du vainqueur ». Il considère également que G17 Plus et le Mouvement du renouveau serbe de Vuk Draskovic ne devraient pas atteindre 5 % des suffrages.

Corinne Deloy/Fondation Schuman


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