La remise des propositions de l'émissaire de l'ONU sur le statut du Kosovo a été reportée de quelques semaines pour ne pas interférer avec les élections serbes du 21 janvier 2007
2013-02-06

Afin de ne pas interférer avec les élections législatives du 21 janvier, la remise au Groupe de contact (qui réunit l'Allemagne, les États-Unis, la France, l'Italie, la Russie et le Royaume-Uni), du rapport sur le futur statut du Kosovo, préparé par Martti Ahtisaari, émissaire de l'ONU, initialement prévue pour la fin 2006, a été reportée de quelques semaines.

Dans la perspective du nouveau statut, la Minuk a commencé à planifier son retrait et le transfert de compétences aux institutions locales et internationales qui doivent lui succéder. En outre, quelle que soit la décision que prendra la communauté internationale, 16.000 hommes de l'OTAN resteront au Kosovo. C'est l'Union européenne qui prendra le relais de la Minuk. La future mission européenne sera dotée d'un budget annuel de fonctionnement de 145 à 150 millions d'euros, soit le plus important pour une mission de gestion civile européenne. L'Allemagne a fait du Kosovo l'une des priorités de sa présidence de l'Union européenne qui a débuté le 1er janvier dernier. « La décision sur le statut du Kosovo doit satisfaire la demande d'une plus grande autonomie émanant des albanophones sans affaiblir la démocratie en Serbie », a déclaré la chancelière Angela Merkel le 7 janvier dernier. Début janvier, le chef de la Minuk, Joachim Rücker, a déclaré être confiant dans le fait que « Martti Ahtisaari présentera une solution acceptable par les deux parties ». Le Président du Kosovo, Fatmir Sedju, a demandé à la population de participer aux élections législatives du 21 janvier prochain : « Vous devez participer à tout ce qui contribue à la démocratisation de la Serbie », a-t-il souligné.

Du côté serbe, les propos sont d'une autre teneur. Si les Albanais du Kosovo réclament l'indépendance de la province, les Serbes refusent de renoncer à une terre qu'ils considèrent comme le berceau de leur histoire et ne semblent disposer à accepter qu'une plus ou moins large autonomie. Bien que la grande majorité des hommes politiques sachent que l'avenir du Kosovo se jouera très probablement en dehors de la Serbie, aucun ne prend le risque de l'admettre publiquement. Les Serbes peuvent néanmoins encore compter sur la Russie de Vladimir Poutine pour opposer son veto au Conseil de sécurité des Nations Unies si la solution proposée pour le futur statut de la province ne convient pas à Belgrade. Cependant, les vues de Moscou vont au-delà du Kosovo et la Russie peut également voir dans une modification des frontières de la Serbie un précédent permettant à l'Ossétie du Nord, l'Abkhazie et à la Transnistrie, trois Républiques sécessionnistes qu'elle soutient, d'user du même droit. La crainte de la communauté internationale est de voir le Kosovo déclarer unilatéralement son indépendance, ce que le Premier ministre kosovar Agim Ceku a déjà menacé de faire. « Ce n'est pas une menace, mais nous considérons cela comme une possibilité. Le Kosovo va certainement devenir un pays indépendant. Bien sûr, nous préfèrerions que cela passe par une résolution du Conseil de sécurité qui obtiendrait un large soutien », a-t-il déclaré.

« Il ne fait pas de doute que la redéfinition de la frontière serbe et la création d'un nouvel Etat albanais indépendant sur 15 % du territoire serbe est inacceptable et impossible. La Charte des Nations unies garantit l'inviolabilité des frontières, la souveraineté et l'intégrité territoriale à chaque Etat » a réaffirmé le Premier ministre Vojislav Kostunica le 3 janvier dernier dans une lettre adressée au nouveau secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon. « Le Kosovo est la plus précieuse part de la Serbie. Conserver le Kosovo au sein de la Serbie est vital pour l'avenir de la Serbie », a-t-il déclaré le 1er janvier au Kosovo même où il a passé la fin de l'année 2006. Vojislav Seselj, le leader du Parti radical inculpé de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) de La Haye et emprisonné depuis sa reddition en février 2003, est intervenu dans le débat pour signifier que la Serbie devait rompre ses relations diplomatiques avec tout pays qui reconnaîtrait un Kosovo souverain et défendre son idée de Grande Serbie qu'il étend jusqu'aux régions de Croatie et de Bosnie-Herzégovine où vivent des Serbes. Le nouveau leader du Parti socialiste de Serbie, Ivica Dacic, a affirmé que « le Kosovo est le berceau de la Serbie et personne n'a le droit de dire qu'il refuse de se battre pour défendre un Kosovo serbe ». Le ministre des Affaires étrangères, Vuk Draskovic (Mouvement du renouveau serbe, SPO), plaide pour un compromis respectant l'intégrité territoriale de la Serbie ; « Pourquoi pas une Serbie, deux systèmes ? », suggère-t-il, citant en exemple la solution adoptée par la Chine après le rattachement de Hong-Kong à la Chine en 1997 (en intégrant la Chine, Hong-Kong a conservé ses institutions héritées du système britannique). Vuk Draskovic met en avant le fait que « l'indépendance a été garantie aux dirigeants kosovars depuis le début, ce qui ne les a pas incités au compromis ». « La Serbie n'acceptera pas qu'une partie de son territoire souverain devienne un autre Etat albanais dans les Balkans », conclut-il.

« L'indépendance du Kosovo déstabiliserait pour longtemps non seulement la Serbie mais la région toute entière. Il ne s'agit pas seulement du Kosovo, mais des perspectives régionales de l'Union européenne. Ce résultat doit déboucher sur la stabilité régionale. Sans stabilité, il n'y a pas de développement ni de perspective pour nos pays et nos peuples » souligne le Président de la République, Boris Tadic, qui ajoute « Il est très difficile de savoir ce qui va advenir mais soyez sûrs que la Serbie a une réponse prête pour chacune des possibilités et que cette réponse n'est certainement pas la guerre ».

Corinne Deloy/Fondation Robert Schuman