Le système politique de l'Estonie
2007-02-10

La Constitution, adoptée par référendum le 28 juin 1992, crée un régime démocratique parlementaire dans lequel le Parlement occupe une place prépondérante.

Le Parlement (Riigikogu), Chambre unique, dispose de larges compétences en tant que détenteur du pouvoir législatif. C'est lui notamment qui peut adopter le budget de l'État, décider de l'organisation d'un référendum, ratifier les traités internationaux, autoriser le candidat au poste de Premier ministre à former son gouvernement et élire le Président de la République.

Les 101 membres du Riigikogu sont élus tous les 4 ans au scrutin proportionnel au sein de 12 circonscriptions plurinominales (de 6 à 13 sièges par circonscription). Toute formation politique doit obtenir un minimum de 5% des suffrages exprimés pour être représentée au Parlement.

Les candidats doivent être âgés d'au moins 21 ans. La condition d'une bonne maîtrise de la langue estonienne pour tout candidat aux élections législatives, qui avait été instituée par la loi en 1998, a finalement été supprimée en 2001. Les députés restent cependant astreints à cette condition linguistique dans la mesure où l'estonien est reconnu comme étant la seule langue de travail du Riigikogu, ce qui n'est pas sans importance dans un pays où vivent un grand nombre de russophones.

Le gouvernement, dirigé par Andrus Ansip (Parti de la réforme, RE) depuis le 13 avril 2005, comprend 13 membres sans compter le Premier ministre. Il est formé par une coalition conclue entre le Parti de la réforme, le Parti du centre (K) et l'Union du peuple (ERL).

Le système partisan est proche du système scandinave, se divisant en quatre courants d'à peu près égale importance: les conservateurs, les libéraux, les sociaux-démocrates et les agrairiens. Le pays ne possède pas de formation extrémiste ou véritablement populiste.

Six formations politiques sont actuellement représentées au Riigikogu :
- Le Parti du centre (K), principale formation politique, dirigé par le ministre de l'Économie et des Télécommunications, Edgar Savisaar. Situé à gauche sur l'échiquier politique, le parti, qui est membre de la coalition gouvernementale, compte 21 députés ;
- Res Publica (Res), formation de droite dirigée par Taavi Veskimägi. Vainqueur des dernières élections législatives du 2 mars 2003, le parti a gouverné le pays du 10 avril 2003 au 24 mars 2005 (coalition gouvernementale dirigée par Juhan Parts). Il possède 25 sièges;
- Le Parti de la réforme (ER), formation libérale du Premier ministre Andrus Ansip au pouvoir depuis avril 2005, compte 19 députés ;
- L'Union du peuple estonien (ERL), parti membre de la coalition gouvernementale et dirigé par Villu Reiljan (réélu à la tête du parti le 24 novembre dernier). Il possède 12 sièges ;
- L'Union pour la patrie (I), formation chrétienne-démocrate dirigée par Tõnis Lukas, compte 7 députés ;
- le Parti social-démocrate (SDE), ancien Parti populaire des modérés (M), formation du Président de la République Toomas Hendrik Ilves, est dirigé par Ivari Padar. Il compte 6 députés;

11 parlementaires ne sont affiliés à aucun groupe.

Le 4 juin 2006, Res Publica et l'Union pour la patrie ont fusionné en un seul parti dénommé Union pour la patrie-Res Publica (IRL). Tõnis Lukas (I) et Taavi Veskimägi (Res) sont les deux co-leaders de la nouvelle formation.

Deux mois plus tard, le 14 août dernier, le Parti du centre et l'Union du peuple estonien ont signé un accord de coopération stratégique, d'abord en vue de l'élection présidentielle du mois d'août (soutien au Président de la République sortant, Arnold Rüütel), ensuite dans la perspective des élections législatives. L'accord prévoit la formation d'une alliance électorale selon laquelle, en cas de victoire, le poste de Premier ministre reviendra au leader de la formation ayant recueilli le plus grand nombre de suffrages. Les deux partis souhaitent former un « bloc électoral » jusqu'en 2011. Parmi les dix-huit propositions inscrites dans l'accord, les deux partis préconisent un renforcement de l'Etat, une augmentation du seuil le plus bas de l'impôt sur le revenu, une hausse des pensions de retraite, la restauration d'un impôt sur le revenu plus progressif et une réforme du système de santé.

Corinne Deloy et Rodolphe Laffranque/Fondation Robert Schuman