Les Biélorussiens de Lituanie : la discrétion pour signe distinctif
2007-02-17

Les Gudais, comme on les nomme communément sur place, sont la minorité invisible du pays. En dépit d'une présence multi-séculaire et d'une activité connue de tous (ce sont notamment des ouvriers biélorussiens qui ont construit les grands ensembles résidentiels qui entourent la capitale), ils paraissent peu perceptibles, comme s'ils se fondaient dans le paysage.

On sait que Vilnius (Vilnia pour les Biélorussiens) se trouve en terre ethniquement biélorusse et nombre d'habitants de sa région (1) sont en fait des Biélorussiens plus ou moins polonisés et leur parler, un mélange de biélorussien et de polonais. Avant-guerre, ne l'oublions pas - pour eux comme pour les Lituaniens de la région de Vilnius - l'ascension sociale passait par la polonisation.

La nouvelle indépendance représenta une chance pour les militants culturels biélorussiens. En 1988, une Fondation Culturelle Biélorussienne servit de creuset à la naissance d'une kyrielle de sociétés culturelles ou artistiques. Depuis 1996, des journées de la culture biélorussienne sont organisées tous les ans en Lituanie.

Bien que nombreux dans les provinces de l'Est, les Gudais occupent une place plutôt marginale dans le pays et rares sont ceux qui parviennent à des postes de premier plan. Discrets, ils s'intègrent silencieusement sans vraiment s'assimiler. Il faut dire que la Biélorussie de Loukachenka n'offre pas une référence très attractive ! Signalons que Vilnius héberge actuellement une partie de l'opposition démocratique à l'autocrate de Minsk et notamment, l'Université humaniste de Minsk et l'essentiel de la presse biélorussienne libre. L'ambassade de Biélorussie à Vilnius diffuse régulièrement des protestations auxquelles les autorités répondent qu'il s'agit là d'activités à caractère privé et qu'elles n'ont pas à s'en mêler.

NOTE


- (1) La plupart des Biélorussiens sont aujourd'hui concentrés dans les villes de Vilnius, Klaïpeda, Druskininkai et Visaginas et dans les districts ruraux de Ignalina, Trakai et Salcininkai.

Yves Plasseraud, président du Groupement des Minorités (GDM) et professeur à l'Université de Vilnius.