Les Roms de Lituanie : une intégration difficile
2007-02-18

Rapide historique



- C'est de 1501 que date la première mention connue des Roms dans un document officiel lituanien. Il s'agit d'un ordre émanant du Grand-Duc Alexandre, fils de Casimir, octroyant à un chef tribal du nom de Basil le droit de gérer un tribunal rom et de trancher les conflits parmi les siens sur les territoires du Grand Duché et de la Pologne.
- En 1586, la diète lituano-polonaise de Grodno (Gardinas) expulsait les Roms qui refusaient la sédentarisation.
- En 1780, Stanislas-Auguste Poniatovski, souverain de Pologne-Lituanie, autorisait un représentant de la petite noblesse, Jakob Zniemiarowski, à régner comme « souverain du peuple rom » dans l'ensemble de la Respublica. À la même époque, une Académie de dressage d'ours, à l'usage des Roms, fonctionnait à Smorgon. Au terme de six ans d'études, les diplômés pouvaient exhiber leur ours dans l'ensemble de l'Europe.
- Après l'annexion à la Russie, en 1800, le tzar Nicolas Ier promulgua un oukase exemptant les fermiers roms sédentarisés du recrutement dans l'armée (rapporté en 1856) et de taxes foncières pour quarante ans. En 1839, un autre texte stipulait que des Roms devaient être installés de force sur les terres inoccupées.
- Durant la seconde moitié du XX° siècle et le début du XX°, nombre de Roms sont musiciens et danseurs et leurs prestations sont appréciées de la société. Les mariages nobles-roms ne sont pas rares.
- Sous la République de Lituanie de Smetona, passant relativement inaperçus ils sont tolérés et sédentarisés.
- Sous le régime soviétique, ces communautés non- normalisées constituent une question embarrassante. L'idée dominante est qu'il faut les faire renter dans le rang. En 1956, un programme d'assimilations des Roms d'URSS a été lancé par le gouvernement soviétique.

Les Roms aujourd'hui



De nos jours, les auteurs qualifiés (1) parlent en général d'une langue Rom balte, parlée par 50.000 locuteurs. La majorité d'entre eux sont aujourd'hui citoyens de Biélorussie (encore une survivance du Grand Duché de Lituanie !). Fortement hiérarchisées, les différentes familijas s'articulent entre elles selon un ensemble de règles complexes.

Qu'ils se nomment Litovska Roma, Polska Roma, Belarus Roma, ou encore Kotlari, qu'ils parlent russe, lituanien ou sinti, les Roms de Lituanie (environ 3.000 personnes) ont une conception bien particulière de leurs relations avec l'État lituanien. Liés aux communautés des États voisins, ils acceptent difficilement ces nouvelles frontières (d'ailleurs, ils sont parfois dépourvus de passeport), qui déstructurent leurs réseaux de sociabilité. Ils manifestent en général un attachement très vif à la langue russe et affichent une certaine nostalgie de la période soviétique. Il faut d'ailleurs reconnaître que, le libéralisme économique ayant rompu leur précaire insertion dans le tissu économique ambiant, ils se retrouvent aujourd'hui le plus souvent dans une très grande pauvreté.

Les autorités lituaniennes font actuellement des efforts pour favoriser une meilleure insertion des Roms dans la communauté nationale. Depuis 2000, un Programme d'intégration des Roms a été mis en place par le Département des Minorités Nationales et des Lituaniens vivant à l'étranger avec le soutien d'ONG lituaniennes (Svitimo kaitos fonda, Gypsy Fire) étrangères et notamment françaises (Tenir un enfant par la main). Ce programme, s'étendant sur quatre ans, vise à la fois à améliorer les conditions socio-économiques, en matière d'éducation et de santé des Roms et à promouvoir leur identité et leur culture. Une maison communautaire a été inaugurée à Vilnius en 2000.

NOTE


- (1) Valdemar Kalinin. Les Roms des Pays Baltes. Interface, 36, hiver 1999, p.18 s.

Yves Plasseraud, président du Groupement des Minorités (GDM) et professeur à l'Université de Vilnius