Le Parti de la Réforme du premier ministre Andrus Ansip remporte les élections législatives en Estonie (2007)
2011-03-09

Recueillant 27,8 % des suffrages (+ 10 points par rapport au scrutin législatif du 2 mars 2003), le Parti de la réforme (RE) du Premier ministre sortant, Andrus Ansip, devance son partenaire au gouvernement, le Parti du centre (K) lors des élections législatives qui se sont déroulées le 4 mars.

La formation du ministre de l'Economie et des Télécommunications, Edgar Savisaar, obtient 26,1 % des voix. Le Parti de la réforme remporte 31 sièges au Parlement (+ 12 par rapport à la précédente législature) et le Parti du centre, 29 (+1). Le Parti de la réforme obtient ses meilleurs résultats dans les comtés du nord-ouest du pays : 38,7% des voix dans le comté de Harju et 35,7% dans celui de Rapla. La formation s'impose nettement dans la deuxième ville du pays, Tartu, cité du Premier ministre sortant Andrus Ansip, avec 34,5% des voix. Le Parti du centre confirme son implantation dans l'est de l'Estonie, région frontalière de la Russie, recueillant 55,2 % des suffrages dans le comté d'Ida-Viru et arrivant en tête dans celui de Valga avec 26,3 % des voix. La situation est plus partagée dans la capitale Tallinn : dans les deux premiers districts, le Parti du centre arrive en tête (respectivement 33,3 % et 39%), le Parti de la réforme s'arrogeant la victoire dans le troisième district (32,6 %).

Le vote des Estoniens a été conforme aux prévisions des enquêtes d'opinion. A la veille du scrutin, Tonis Saarts, politologue à l'université de Tallinn, a déclaré : « Il n'y a aucune raison de protester contre le gouvernement, on ne doit donc pas s'attendre à de grands changements. Pour la première fois depuis le retour à l'indépendance du pays il y a 16 ans, les élections n'ont pas donné lieu à de grands combats. Cela montre que l'Estonie s'est stabilisée et n'est plus aujourd'hui un pays en transition ». « Aucun gouvernement n'a été, dans ce pays, aussi populaire avant des élections législatives », a noté Rein Toomla, de l'Université de Tartu.

Les deux partis du gouvernement sortant devancent la principale formation d'opposition, l'Union pour la patrie-Res Publica (IRL), qui, avec 17,9 % des suffrages et 19 sièges (- 16 par rapport à 2003), est en net recul (- 14 points), tout comme l'Union pour le peuple estonien (ERL), qui perd 5 points et obtient 7,1 % des voix et 7 sièges (- 7). Petite consolation pour la troisième formation de la coalition gouvernementale sortante, elle arrive en tête dans le comté de Jogeva avec 30,2 % des suffrages. Dans ce comté, l'Union du peuple estonien et le Parti du centre recueillent ensemble 54,1 % des voix. Le Parti social-démocrate améliore son résultat d'il y a quatre ans de 4,6 points, recueillant 10,6 % des suffrages et remportant 10 sièges (+ 4). La formation obtient son meilleur résultat dans le comté de Voru (24,2 %). Enfin, les Verts d'Estonie (EEE) réussissent leur pari en obtenant 7,1 % des voix. Marek Strandberg, Toomas Trapido, Aleksei Lotman, Mart Jüssi, Valdur Lahtvee et Maret Merisaar, soit 6 députés, feront leur entrée au Riigikogu, Chambre unique du Parlement, dans la prochaine législature. Les Verts dépassent la barre des 10 % dans le comté de Lääne (10,1 %).

Les formations russophones sont en perte de vitesse. L'Estonie compte environ 400 000 russophones dont seulement 25 % étaient autorisés à voter, les autres étant des citoyens russes ou des « non-citoyens » qui ne peuvent participer aux élections nationales. Le Parti de la Constitution (KP) voit son résultat divisé par deux (1 % des voix), le Parti russe (VEE) se maintient à 0,2 % des suffrages. « Les partis russophones sont trop marginaux et n'apparaissent pas comme suffisamment crédibles, même auprès des Russes de souche », affirme Tonis Saarts.

Une forte participation électorale



La participation a finalement été plus importante que celle prévue par les enquêtes d'opinion. 555 264 électeurs sur les 895 760 inscrits ont accompli leur devoir citoyen, d'où un taux de participation de 61,99 %, (+ 4 points par rapport aux élections législatives de 2003). Il est intéressant de remarquer que cette hausse de la participation est quasiment équivalente à la part du vote électronique dans l'ensemble des votes (3 %). À première vue, cela pourrait donc dire que le vote électronique est un moyen efficace de lutter contre l'abstention. Rein Toomla a tenu à relativiser la hausse de la participation soulignant que 61 % était un bon résultat mais pas un excellent résultat. Les circonscriptions de Lasnamäe, Piriti et du centre ville de Tallinn ont été les plus mobilisées (70,80 %,) tandis que le taux de participation le plus faible a été enregistré dans la circonscription d'Ida-Virumaa (53,73 %).

171 317 personnes, soit 19,1 % des électeurs, avaient rempli leur devoir de façon anticipée parmi lesquels 30 275 avaient choisi de voter par Internet, une première mondiale pour des élections législatives. Les cyberélecteurs pouvaient revenir sur leur vote autant de fois qu'ils le souhaitaient durant les trois jours suivants ou décider in fine de se rendre à leur bureau de vote le 4 mars ; dans ce cas, le bulletin qu'ils ont déposé dans l'urne a annulé leur précédent vote. Le vote électronique a été trois fois supérieur à celui des élections municipales du 16 octobre 2005. Le Premier ministre sortant, Andrus Ansip, et le candidat de l'Union pour la patrie-Res Publica au poste de Premier ministre, Mart Laar, avaient tous deux voté via Internet. Seuls 14,5 % des Estoniens avaient voté, de façon anticipée, lors du scrutin législatif de 2003, mais celui-ci n'avait été possible que durant trois jours, contre huit cette année.

Les cyberélecteurs ont voté différemment de l'ensemble des Estoniens, se prononçant majoritairement en faveur du Parti de la réforme (34,5 %) et plaçant l'Union pour la patrie-Res Publica en deuxième position (26,7 %). Ces deux formations étaient suivies du Parti social-démocrate (13,3 %), des Verts d'Estonie (10 %), du Parti du centre (9,1%) et enfin de l'Union du peuple estonien (3,6 %).

L'ensemble de la classe politique s'était mobilisé en faveur de la participation, traditionnellement faible en Estonie. « Nos ancêtres se sont battus pour obtenir le droit de vote. Ne pas se rendre aux urnes témoigne du mépris et d'un manque de respect pas seulement envers soi-même, mais aussi envers ses parents et ses ancêtres. Ne pas voter est un dommage personnel : celui qui ne vote pas sera sans voix pour quatre ans, sans aucun droit de juger la façon dont le pays se développe. Les gens ont oublié le luxe que représente la possibilité de voter lors d'élections libres. Une telle indifférence affaiblit l'Etat car ainsi seule aura de l'importance la volonté d'une moitié de gens ou dans le pire des cas celle d'une minorité » avait souligné le Président de la République, Toomas Henrik Ilves. « Tous les mauvais membres du Parlement et tous les mauvais gouvernements ont été désignés par ceux qui n'avaient pas voté », avait affirmé le Premier ministre Andrus Ansip.

La difficile question de la formation d'un gouvernement



Le Président de la République, Toomas Hendrik Ilves, ayant déclaré qu'il confierait au leader de la formation arrivée en tête le soin de former le gouvernement, Andrus Ansip, qui obtient le plus grand nombre de suffrages, toutes circonscriptions confondues, avec 22 556 votes (soit 4 543 voix de plus qu'Edgar Savisaar), devrait être reconduit dans ses fonctions de Premier ministre. À l'issue de l'annonce des premiers résultats, le leader du Parti de la réforme a déclaré que ces élections législatives consacraient « la très nette victoire des partis de droite » et que « la victoire des deux principaux partis témoignait du fait que les Estoniens étaient satisfaits des politiques menées par le gouvernement sortant ». Il a affirmé que le projet du Parti du centre sur la réforme des salaires (la formation d'Edgar Savisaar propose d'augmenter les salaires du secteur public jusqu'à 25 000 couronnes en quatre ans) a fait peur aux Estoniens et apporté la victoire au Parti de la réforme. Né en 1956, Andrus Ansip a étudié la chimie à Tartu et a obtenu un diplôme de management à l'université de New-York. Maire de Tartu de 1998 à 2004, il devient en septembre 2004 ministre des Affaires étrangères et des Télécommunications dans le gouvernement dirigé par Juhan Parts (Res) avant de lui succéder au poste de Premier ministre le 12 avril 2005.

Andrus Ansip a déclaré sur la chaîne de télévision ETV que les pourparlers de coalition seraient « loin d'être simples et agréables mais au contraire compliqués » et annoncé que les négociations pourraient durer vraisemblablement un mois. Le Premier ministre semble en effet réticent à reconduire la coalition gouvernementale qu'il formait jusqu'alors avec le Parti du centre d'Edgar Savisaar. La principale divergence est d'ordre fiscal, le leader du Parti de la réforme souhaitant conserver la tranche d'imposition unique (dont il souhaite faire baisser le taux de 22 % à 18 %), tandis que le ministre de l'Economie et des Télécommunications du gouvernement sortant est favorable à la progressivité de l'impôt sur le revenu et à un Etat-providence plus généreux afin de réduire le fossé entre les plus riches et les plus pauvres. Selon le sociologue Juhan Kivirähk, il serait curieux que le Parti de la réforme ne cherche pas à former une coalition idéologique. « À coté de l'Union pour la patrie-Res Publica, il y a trois petits partenaires possibles qui chercheront certainement à accéder au gouvernement », a-t-il souligné. En guise de confirmation, le Premier ministre sortant Andrus Ansip a déclaré : « Les électeurs qui ont voté pour la principale formation d'opposition, l'Union pour la patrie-Res Publica, ont montré qu'ils craignaient que notre réussite économique soit mise à mal, ce que le Parti du centre s'apprête justement à faire ». Il a affirmé que son programme avait « plus de points communs avec l'Union pour la patrie-Res Publica qu'avec le Parti du Centre ». Le Premier ministre devra toutefois s'adjoindre le soutien d'une troisième formation pour obtenir la majorité absolue au Riigikogu. La tête de liste de l'Union pour la patrie-Res Publica, l'ancien Premier ministre (1995-1997) Mart Laar, considère comme parfaitement logique au regard des résultats du scrutin, la formation d'une coalition tripartite réunissant le Parti de la réforme, le Parti social-démocrate et sa propre formation. Andrus Ansip reconnaît que la coalition gouvernementale ne devrait pas se limiter aux seuls partis de droite, mais souhaite que des forces de gauche participent au prochain gouvernement. Il craint cependant qu'une coopération avec le Parti du centre soit difficile, étant donné que « le Parti de la réforme ne veut pour rien au monde ruiner l'économie de l'Estonie avec la réforme des salaires ». Le politologue Tõnis Saarts considère, qu'au moins dans les premiers temps, une coalition d'idéologie pourrait voir le jour, ce qui serait plus légitime aux yeux des électeurs. Il ajoute qu'une coopération du Parti de la réforme avec le Parti du centre ne serait pas sans créer une certaine confusion parmi les électeurs. Le politologue souligne qu'au cours de cette législature, le Parti du centre devrait vraisemblablement entrer au gouvernement, mais pas forcément dans la première coalition. Enfin, Rein Toomla se montre pessimiste, estimant que le Riigikogu reste fragmenté si bien qu'aucune coalition ne pourra tenir plus de 2,5 ans.

Invités à participer à un débat en direct sur la radio Vikerraadio à la veille des élections législatives, les candidats des principales formations au post de Premier ministre - Andrus Ansip (RE), Edgar Savisaar (K), Mart Laar (IRL), Ivari Padar (SDE), Marek Strandberg (ER), Villu Reiljan (RL) et Aldo Vinkel (KD) - ne s'étaient pas risqués à dire avec quel(s) parti(s) politique(s) ils envisageaient de coopérer après le scrutin. N'excluant personne, ils ont cependant mentionné les sujets sur lesquels ils ne transigeraient pas. Andrus Ansip a indiqué que le partenaire qui conviendrait à sa formation serait celui qui l'aiderait à réaliser ses promesses électorales. Edgar Savisaar n'a pas souhaité faire de pronostic, « Mais cela n'est pas un secret, que deux partis politiques tentent de faire de nous des monstres et de nous opposer » avait-il cependant affirmé. Mart Laar a souligné que la politique économique était pour sa formation le point plus important. Ivari Padar a mis en avant l'éducation et la vie rurale, Marek Strandberg, la sécurité énergétique et environnementale ainsi que la démocratie directe et Aldo Vinkel la question des valeurs familiales. Enfin, Villu Reiljan a déclaré que l'Union du peuple estonien n'avait pas l'intention de concéder quoi que ce soit.

Peu de changements sont à attendre en Estonie après ces élections qui ont donc conforté les deux principales formations au pouvoir. Le prochain gouvernement devra trouver les moyens de lutter contre la surchauffe menaçant le pays qui a connu, en 2006, une croissance exceptionnelle de 11,5 % et combattre l'inflation, qui a contraint l'Estonie à repousser de 2007 à 2010, au plus tôt, son entrée dans la zone euro. En reconduisant la coalition gouvernementale au pouvoir, les Estoniens ont, comme les Lettons en octobre dernier, réalisé une première historique et fait preuve de sagesse et de maturité démocratique. Leur vote peut aider la stabilisation de la scène politique qui, depuis l'indépendance en 1991, a connu douze gouvernements différents, aucun d'entre eux n'étant parvenu à durer le temps d'une législature. « Je pense que le pays est aujourd'hui mûr pour cela » avait déclaré Andrus Ansip au sujet de la durabilité du gouvernement durant la campagne électorale. Le Premier ministre a toutes les cartes en main pour le prouver.


Corinne Deloy et Rodolphe Laffranque/Fondation Robert Schuman



Résultats des élections législatives du 4 mars 2007 en Estonie

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Participation : 61,99%


- Parti de la réforme (RE) : 153 037 voix, 27,8 %,
31 sièges (+ 12)
- Parti du centre (K) : 143 524, 26,1 %, 29 sièges (+ 1)
- Union pour la patrie-Res Publica (IRL) : 98 203, 17,9 %,19 sièges (- 16)
- Parti social-démocrate (SDE) : 58 346, 10,6 %, 10 sièges (+ 4)
- Verts d'Estonie (EEE) : 39 304, 7,1 %, 6 sièges
- Union du peuple estonien (ERL) : 39 216, 7,1 %, 6 sièges (- 7)
- Parti du peuple chrétien (KR) : 9 444, 1,7 %, 0
- Parti de la Constitution (KP) : 5 466, 1 %, 0
- Parti de l'indépendance (EIP) : 1 275, 0,2 %, 0
- Parti russe d'Estonie (VEE) : 1 085, 0,2 %, 0
- Parti de la gauche estonienne (VP) : 608, 0,1 %, 0
- Indépendants : 564, 0,1 %, 0

Source : Commission électorale de la République d'Estonie (www.vvk.ee).